Un peuple ou des tribus ?

Un peuple ou des tribus ?
15 mai 2020 Dorothée Paliard

Un peuple ou des tribus ?

Mon quasi-voisin Frantz Toussaint1 a de bonnes idées et de l’énergie à revendre. Il a lancé un cycle de conférences diffusées en direct sur internet, avec l’ambition d’user de la trop méconnue Doctrine Sociale de l’Église pour nous préparer aux incertitudes de demain. Le feuilleton a pour titre « Panser aujourd’hui pour penser demain », et l’épisode 1 de la saison 1 mettait en vedette Guillaume de Prémare2 sur le thème « Ce qui fait le peuple ? Des gilets jaunes au coronavirus ».

La crise des gilets jaunes a été un révélateur de l’existence d’une France oubliée, niée, sacrifiée sur l’autel de la mondialisation. Le peuple profond, qui pèse 60 % de la population existe malgré sa faible exposition à la lumière. Un peuple enraciné dans des terroirs, laborieux et courageux. Confronté au « darwinisme social », les élites pensent d’eux qu’ils devront être assistés s’ils ne s’adaptent pas aux diktats de cette vie des mégapoles. Ce constat rejoint celui de Raphaël Glucksmann qui se sent chez lui à New-York, Berlin ou Londres, mais étranger en Picardie, et qui reconnaît que ce n’est pas normal.

Bien sûr, définir le peuple n’est pas chose aisée, même si les étymologies gréco-latines (demos – ethnos – plebs – populus) nous aident. Saint Augustin offre la définition la plus séduisante : « Le peuple est un ensemble d’êtres rationnels associés pour la concorde dans la communauté des objets aimés ». C’est donc en aimant ensemble de mêmes choses que l’on devient un peuple. Des digressions en forme de questions pointent ici le bout de leur nez. Peut-on encore parler de concorde en France ? Un peuple bagarreur qui n’aime rien tant que se diviser, voire se disputer sans fin sur le simple choix d’un vin à table peut-il être assez homogène pour devenir un peuple ? Enfin, aimer ensemble, n’est-ce pas se condamner à d’inéluctables prochaines crises mimétiques ? La mémoire partagée, la culture bâtie et héritée, l’histoire (grande ou petite) : le peuple est l’acteur de sa propre construction. Il est à ce titre le seul capable de réduire ses fractures multiples : l’éclatement de sa culture, sa crise sociale, sa déchirure identitaire, sa confrontation aux territoires – les siens – qui sont en sécession.

Alors que faire ? D’abord la réponse est spirituelle, parce que la religion est (aussi) le ciment d’un peuple. La crise que nous vivons et subissons met en évidence nos dépendances et l’importance de nos appartenances. Si nous sommes trop timorés, nous viseront des communautés de petites taille, des tribus dont nous penserons qu’elles sauront mieux nous protéger. Si nous refusons de laisser nos ambitions se rabougrir à une échelle trop mesquine, nous viserons la France elle-même, ce royaume que nos anciens rois tenaient de Dieu lui-même.

Vous pouvez bien sûr accéder à l’intégralité de la conférence à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=GVSIJSNeIW4. L’épisode 2 sera diffusé en direct le mercredi 20 Mai à 18:30, et Bruno de Saint Chamas y abordera le sujet « Qu’est ce que l’homme ? Regards sur l’anthropologie chrétienne ». Merci à Frantz pour cette initiative et à Guillaume de s’être exposé au risque du premier épisode.

Rémy Mahoudeaux

1Marié et père de famille nombreuse, salarié d’une entreprise du tertiaire, patron des AFC du Morbihan et initiateur de ce projet : https://panseraujourdhuipourpenserdemain.com

2Marié et père de famille nombreuse, délégué général d’Ichtus, consultant en communication et brassensophile inconditionnel. C’est important.

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