Un confinement pas toujours facile pour les Français

Un confinement pas toujours facile pour les Français
22 avril 2020 Dorothée Paliard

Un confinement pas toujours facile pour les Français

La sentence est tombée lundi 13 avril. « Le confinement le plus strict doit se poursuivre jusqu’au lundi 11 mai”, a décrété le président de la république alors qu’il s’adressait aux Français en direct sur France 2.  A partir de cette date, Emmanuel Macron envisage de rouvrir les crèches, les écoles, les collèges et les lycées progressivement. « Trop d’enfants, dans les quartiers populaires, sont privés d’écoles et ne peuvent être aidés de la même manière. Les inégalités de logement sont encore plus marquées », a-t-il justifié.

En revanche pas de reprise en vue pour les universités, ni pour les lieux rassemblant du public, comme les restaurants, les cafés, les hôtels, les cinémas, les théâtres, ou encore les salles de spectacle. Les festivals ou concerts seront aussi annulés jusqu’à mi-juillet au moins. « La situation sera collectivement évaluée à partir de mi-mai, chaque semaine », a garanti le président.

Un choc pour certains, un soulagement pour les autres, comment les Français perçoivent-ils la prolongation du confinement ?

« Je trouve que la crise est mal gérée. Est-ce que le Covid justifie les drames causés par l’arrêt du pays ? Je pense aux professions de la restauration, au tourisme etc…Plusieurs centaines de milliers de Français n’ont plus de salaires. Ne serait-il pas plus judicieux d’atteindre une immunité de groupe et de limiter l’impact économique », s’interroge Agnès* confinée avec son mari et ses enfants en Provence et qui réside habituellement en banlieue parisienne dans 60 m2. Contrainte par la place et l’absence de crèche pour ses deux enfants de moins de trois ans, elle a préféré profiter de l’espace de la maison de ses parents.

« Comment vont faire tous les petits entrepreneurs ? Même si l’Etat va les aider, est-ce que cela sera suffisant pour rémunérer des salariés, payer son loyer, ses charges fixes. Cela me paraît catastrophique. C’est un énorme trou d’air dans l’économie qui ne sera jamais comblé. Sans parler des entreprises qui ne peuvent pas être en télétravail. Je pense à toutes les sociétés de service : coiffeur, restauration », renchérit Ana*, dans la publicité.

Quant à Céline*, la jeune professeur de Français, elle estime que « pour une fois Macron sert les intérêts des citoyens et non les intérêts de l’Etat et de l’économie. J’ai l’impression qu’il privilégie notre santé. Après est- ce que c’est vraiment bon pour l’économie de reporter encore le confinement, je ne sais pas ». « Mais ce qui est clair, embraye-t-elle, c’est que dans le milieu de l’enseignement c’est une bêtise de faire reprendre les élèves en mai. Les écoles, les collèges et les lycées brassent, comme les bars et restaurants, beaucoup de monde donc c’est là que, potentiellement, on peut contracter le virus. Je crains la rechute. Mon lycée accueille 2000 élèves par exemple. Après d’autres raisons motivent probablement cette décision. Il faut que les parents puissent reprendre le chemin du travail ».

Ambiance vacances et télétravail

Dans le quotidien, les Français commencent à trouver le confinement difficile. « Autour de moi beaucoup en ont marre et pourtant, ils sont dans des conditions de confinement très agréables dans des maisons avec jardin, au vert. Mais le confinement implique de prendre sur soit dans le quotidien que l’on partage parfois à nouveau avec ses parents ou ses frères et sœurs. On ne peut plus sortir comme on veut », explique Ana.

« Il faut réussir à trouver un équilibre familial et de couple. Nous cohabitons en famille chez mes parents et avec mes frères et sœurs. Cela fait un mois et demi et il reste encore trois semaines au moins. Le plus dur est de réussir à trouver un équilibre familial et de couple tout en prenant conscience de notre chance d’être privilégiés, en demeurant à la campagne, d’avoir un jardin, de l’espace, des salaires qui continuent de tomber. Avoir la foi nous permet de donner du sens à ce que nous vivons avec un chapelet quotidien qui nous réunit chaque soir”, poursuit Agnès.

Quant à Ana, elle a choisi de vivre le confinement avec ses parents mais émotionnellement ce n’est pas facile. « Cela fait un an qu’on est ensemble tout le temps avec mon copain, et tout d’un coup plus rien. Ce n’est pas évident à gérer. Même si on a fait ce choix de vivre le confinement séparément”.

Un mois en plus cela signifie aussi un mois supplémentaire en télétravail. Travailler avec un enfant à côté de soi ou être seul à travailler quand toute la famille est « en vacances », ce n’est pas toujours facile. « Chez moi, on est dix. Mon père est en travail partiel et il n’y a que ma sœur qui travaille à un rythme intense et ce n’est pas motivant pour elle. On a une ambiance « détente » qui jure avec le travail à faire pour ma sœur” raconte Ana.

Sans compter l’inconfort et l’intrusion du télétravail. On se retrouve en conférence téléphonique dans sa chambre avec ses collègues ou ses clients, on ne dispose plus que d’un écran quand on a l’habitude de travailler sur trois écrans simultanément, on passe du 22 pouces au 13 pouces et sans parler des sauts de connexion pour ceux qui sont à la campagne en bout de ligne.

Incertitudes

Combien de temps durera encore le confinement ? Quels départements seront dé-confinés en priorité ? De nombreuses questions sans réponse subsistent, et, avec elles, leur lot d’incertitude.

« Notre déménagement à l’étranger sera-t-il maintenu ? Nous devions être mutés cet été à l’étranger. Les frontières seront-elles rouvertes ? Notre aîné n’est pas inscrit à l’école puisque nous devions déménager. Trouverons-nous une solution qui nous convienne si nous devons rester en banlieue parisienne » ?, s’interroge Agnès.

Pour l’instant, même si le dé-confinement est prévu à partir du 11 mai, Edouard Philippe l’a précisé lors de son allocution du 19 avril : « notre vie, à partir du 11 mai, ce ne sera pas la vie d’avant le confinement (…)Pas tout de suite, et probablement pas avant longtemps ». A bon entendeur.

*Les prénoms ont été changés

Marie Théobald

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