Qu’avons nous fait de cette culture commune ?

Qu’avons nous fait de cette culture commune ?
13 juillet 2020 Dorothée Paliard

Qu’avons nous fait de cette culture commune ?

Marc Guidoni1 était la vedette de l’épisode VIII du cycle de conférences lancé par Frantz Toussaint Panser aujourd’hui pour penser demain. Le titre était un brin provocateur « La République veut-elle la mort des religions ?».

Élaguons2 d’abord les idées reçues (et fausses) sur la laïcité : les textes légaux de la République n’imposent pas un choix mutuellement exclusif entre république et foi, et ne promeuvent pas l’athéisme. La laïcité n’est pas une 4° « valeur » à accoler à la liberté, l’égalité et la fraternité. Il n’existe pas d’interdiction d’exprimer sa foi en public dès lors que l’ordre social / public n’est pas troublé. Le débat sur la laïcité est effectivement confisqué par le voile islamique en France.

C’est dans l’évangile de Luc (Lc 20, 25) que se trouve la définition de la laïcité : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». mais c’est un peu court pour Marc Guidoni : la laïcité est d’abord la liberté de conscience et de manifester ses opinions publiquement. C’est aussi la neutralité de l’état qui oblige ses fonctionnaires à agir sans faire de différence. C’est enfin l’obligation faite à chacun d’appliquer la loi sans considération pour ses éventuelles appartenances.

Bien sûr les rapports entre les catholiques et la République laïque sont compliqués, et l’histoire témoigne d’une opposition, d’une lutte de la République pour contrer l’influence de l’Église. Le divorce en 1792, l’école en 1880, la séparation de l’église et de l’état en 1905. Il existe des laïques dogmatiques qui se sentent investis de la mission de détacher l’homme de Dieu. Et puis la société se sécularise, le père Noël remplace Saint Nicolas. Et encore, les catholiques en France font de parfaites cibles consentantes, des variables d’ajustements, brocardés comme des crétins arriérés, nazillons ou bourgeois.

Marc Guidoni pense qu’il n’était pas nécessaire d’inscrire dans le préambule du traité constitutionnel européen les « racines chrétiennes de l’Europe », parce que c’est évident. La première unité de l’Europe s’est faite avec le monachisme, l’UE a choisis la couronne de 12 étoiles sur fond bleu et l’Europe offre une catéchèse géographique, culturelle et monumentale permanente. Mais qu’avons nous fait de cette culture commune ?

Bien sûr, la laïcité est instrumentalisée par tous, brandie comme un chiffon rouge pour exciter le débat. La sécularisation n’est pas (encore?) dans toutes les consciences. Jeanne d’Arc reste une héroïne nationale et en même temps une sainte. Une crèche est dans un lieu public une décoration de Noël et dans une église, c’est un symbole religieux.

Marc Guidoni nous conseille de lire ou relire l’épître à Diognète3 qui donne une feuille de route aux chrétiens dans un monde qui ne l’est pas et où ils doivent se monter des citoyens parfaits. Sans sacraliser les « valeurs de la République », ils doivent lui réclamer raison et dignité.

Je livre mon grain de sel, pour la réponse à la question posée. et quoi qu’en pense Marc Guidoni. Si la République ne veut pas la mort des religions, certains dans la République travaillent parfois à la mort d’une religion. Ils veulent notre apostasie, mais – merci au correspondant de Diognète – leur donnons-nous l’exemple qu’il faut pour les convertir, ou sommes nous devenus trop fades ?

La rediffusion asynchrone est au bout du lien. Le mercredi 8 juillet, Pascale Morinière , présidente des AFC, sur un sujet inspirant : la famille une mission prophétique, politique et de service public !

Rémy Mahoudeaux

1Professeur de droit public. Secrétaire général d’Afocal.

2Le terme à la mode de débunkage n’est pas satisfaisant, il faudrait trouver mieux …

3« Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l’étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s’attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu’il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu’ils trouvent établis ; mais ils placent sous les yeux de tous l’étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable. »
Texte complet au bout du lien

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