Passer par le beau pour aller vers le vrai

Passer par le beau pour aller vers le vrai
29 juin 2020 Dorothée Paliard

Passer par le beau pour aller vers le vrai

Valérie d’Aubigny a plusieurs fers au feu : elle est critique littéraire jeunesse, animatrice radio et investie dans la politique locale. Elle était l’invité de Frantz Toussaint pour le sixième épisode des conférences à distance du cycle « Panser aujourd’hui pour penser demain » sur le thème « Transmettre à la jeunesse de France la force de sa culture ».

Valérie d’Aubigny constate que depuis la fin du XVIII° siècle ont eu lieu des tentatives de briser les chaînes de transmission de la culture, que ce soit avec la loi de Chapelier, la réforme conciliaire ou plus récemment la volonté d’un ex-ministre de l’éducation nationale (Vincent Peillon) « d‘arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix ». Mais le désir de transmettre résiste, la famille joue ce rôle d’ancrage, et des transmissions sont effectives. En témoigne l’émotion profonde et largement partagée par tous ou presque lors de l’incendie de la toiture de Notre-Dame, ou plus récemment les réactions de parents qui, lors du confinement et obligés par les circonstances de se plonger dans les programmes édictés par la rue de Grenelle, en ont constaté l’indigence. La population reste enracinée et transmet cette culture d’une génération à l’autre.

La réaction doit d’inspirer de la permaculture : plutôt que de labourer profond pour éradiquer ce qui prospérait avant et de semer, mieux vaut laisser les espèces proliférer et cohabiter entre elles.

Saint Jean-Paul II montrait la voie : profondément enraciné dans sa culture, sa mémoire et son identité polonaise, il pouvait s’ouvrir à tous les autres peuples avec respect et humilité.

Le mot d’ordre du confinement « sauvez des vies, restez chez vous » n’est pas compatible avec un idéal et un mode d’action chrétien : il nous faut aller vers l’autre. Mais pour cela, il faut être de quelque part : de France pour ce qui nous concerne. Il se dit qu’un français à l’étranger n’est jamais un touriste, mais un ambassadeur qui n’est jamais seul. Mais est-ce en train de devenir un vœux pieux ?

Face à un mondialisme culturel alimenté par des études « déracinantes », il nous faut transmettre, comme un simple maillon d’une chaîne qui transmet les tensions qu’elle reçoit. La culture passe bien sûr par le roman, cher à Jean Raspail. Jean Ousset nous a aussi appris à voir, non avec de l’intellect, mais avec les yeux. Les ateliers de rue où les Gavroches invitent le passant à réagir face à une œuvre procèdent de cette intuition. Il y a aussi l’histoire, et il est bon de la nourrir et de l’incarner, quand c’est possible, avec l’histoire et l’anecdote familiale. Et puis il faut aimer la France comme nous le dit Bernanos :

Il n’y a qu’un moyen de servir réellement la France, c’est de l’aimer. Et il n’y a qu’un moyen de l’aimer, c’est de la comprendre, je veux dire de chercher à la comprendre, car c’est en vertu de cette volonté et de l’effort qu’elle exige que vous vous trouverez associés à son aventure millénaire, à l’immense déroulement de son histoire, l’histoire d’un peuple dont le génie tendre, lucide et douloureux est le génie de la sympathie.

Cet amour se nourrit de contemplation, cette discipline si étrangère à notre époque qui nous en refuse les moyens : le désintéressement, le recul, le silence et le temps. Il nous faut faire preuve de volonté pour nous extraire du monde et contempler.

La rediffusion asynchrone est disponible ici, et mercredi 24 juin, Benoît Dumoulin parlera de la nation à l’heure du Covid.

Rémy Mahoudeaux

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