Monseigneur Rey : “On peut trouver une manière intelligente, au cœur des dispositions, de faire vivre les chrétiens”

Monseigneur Rey : “On peut trouver une manière intelligente, au cœur des dispositions, de faire vivre les chrétiens”
12 mai 2020 Dorothée Paliard

Monseigneur Rey : “On peut trouver une manière intelligente, au cœur des dispositions, de faire vivre les chrétiens”

Monseigneur Rey

L’évêque de Fréjus-Toulon donne des clés de conduite aux chrétiens par rapport à l’interdiction de l’exercice du culte qui se poursuit au-delà du 11 mai alors que les commerces et centres commerciaux de plus de 40.000m2 pourront, eux, accueillir le public.


Comment réagissez-vous aux exhortations de pasteurs ici ou là, à désobéir aux consignes de confinement ?


L’Eglise ne peut pas se concevoir sans l’Etat. Saint Paul nous dit : « Soyez soumis aux autorités ». Cela suppose évidemment que les lois soient justes. Dans le cas d’un Etat qui produirait des lois iniques, c’est différent. Cela se joue concrètement par rapport au confinement. Je serais incapable de dire que telle disposition sanitaire est meilleure ou pas. N’ayant pas les compétences pour juger de la dangerosité du virus, je respecte les consignes.

En tant que chrétiens nous sommes dans le monde sans être du monde. Nous ne sommes pas hors sol, nous sommes dans un monde avec une culture. Nous ne sommes pas déconnectés de la société dans laquelle nous vivons. Il en va du bien commun. Les chrétiens doivent avoir un témoignage vis-à-vis des autres. Dans la vie publique, nous devons être exemplaires. Mais, encore une fois, cela suppose qu’on laisse la liberté de culte s’exprimer.

Lorsque l’on voit qu’il y a un traitement discriminatoire et que l’on ne nous traite même pas comme un commerce, ce n’est pas juste. On peut aller dans les supermarchés, et on ne peut pas célébrer dans les églises. C’est une offense faite aux centaines de milliers de fidèles qui ne pourront pas se rendre à la messe. Nous avions bien compris jusqu’au 11 mai que l’interdiction du culte était liée aux rassemblements, source de diffusion du virus, pour éviter toute propagation de la maladie. Cela ne nous a pas empêché de développer la prière. Mais à partir du 11 mai il y a une différence de traitement qui n’est pas justifiée. L’Eglise était prête et elle reste prête à mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires d’hygiène et de sécurité, de distanciation physique au sein des lieux de culte, elle est prête à démultiplier les offices pour éviter les regroupements excessifs. Nous ne comprenons pas cette décision.

Comment en est-on arrivé là ?

Quand l’Etat traite la messe comme une activité secondaire, voire ludique, cela révèle que l’Etat n’a pas la culture nécessaire pour comprendre que c’est dans le rassemblement autour du Seigneur que se lie notre foi. C’est la structure de notre vie chrétienne.

Au vu des rapports houleux que notre pays a entretenu avec l’Eglise, celle-ci ne développe-t-elle pas le syndrome de Stockholm? Les chrétiens ne devraient-ils pas se lever et protester contre cette interdiction de célébrer des messes dans les églises en présence des fidèles qui s’étend au-delà du 11 mai ?

C’est réducteur de parler du syndrome de Stockholm. Je dis souvent que, comme chrétiens, on est amenés à rejoindre le monde. Cela ne veut pas dire se dissoudre dans le monde. Envisager de contourner cette interdiction comme une forme de lutte concourt à cette culture de monde à part. On se retranche en ghetto. Ce n’est pas évangélique. Je ne veux pas d’un christianisme hors sol. Par ailleurs, on ne doit appliquer une logique militaire à une réalité qui est d’ordre surnaturelle.

Est-ce donc un devoir pour les chrétiens de respecter cette interdiction du 11 mai ?

Il y a un discernement à faire, dans ce qui est édicté, entre ce qui porte gravement atteinte à notre foi et à son essence d’une part, et les dispositions qui touchent à l’expression de notre foi, laissant une marge de manœuvre, qui ne sont pas discriminatoire d’autre part. Par rapport à cette interdiction, compte tenu des possibilités de se rassembler dans la limite de dix personnes à partir du 11 mai, on peut trouver une possibilité de développer les initiatives personnelles tout en respectant strictement le cadre de la loi. On peut trouver une manière intelligente, au cœur des dispositions qui sont proposées, de faire vivre les chrétiens et les communautés.

Regrettez-vous que les catholiques n’aient pas obtenu plus de faveur qu’une autre religion pour célébrer le culte ?

Il y a une réalité statistique. Lorsqu’on compare ceux qui vont à la messe dimanche et ceux qui vont à la mosquée il y a une très forte proportion de musulmans. Le déclin des catholiques est statistique. L’affaissement du christianisme tient bien sûr à la sécularisation, mais aussi à la perte de substance des chrétiens qui se laissent broyer par une culture qui expulse Dieu. La solution n’est pas seulement institutionnelle parce que « l’Etat nous brime ». Nous avons aussi été contaminé par un virus qui s’appelle le relativisme et le matérialisme.

Propos recueillis par Marie Théobald

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