Les réflexions de frère Adrien sur le fanatisme

Les réflexions de frère Adrien sur le fanatisme
17 janvier 2020 Dorothée Paliard

Les réflexions de frère Adrien sur le fanatisme

frère Adrien Candiard op.

Il y a des conférences qui décapent, par exemple celle de frère Adrien Candiard, o.p. tenue le 7 janvier 2020 à Lyon et dont le sujet était « Quand la religion est malade. Réflexion sur le fanatisme ». Elle est disponible au bout du lien https://soundcloud.com/marc-antoine-b-ch-toille/adrien-candiard-quand-la-religion-est-malade-reflexions-sur-le-fanatisme.

Frère Adrien est ancien de Normale Sup’ et Science Po. Il est l’auteur d’un remarquable petit livre dont la lecture semble essentielle : « Comprendre l’islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien) », paru en 2016. Il a en outre écrit dans un registre spirituel quelques perles : « Veilleur, où en est la nuit » ; « Quand tu étais sous le figuier » ; « A Philémon ». Outre qu’il est prêtre dominicain au couvent du Caire, il est islamologue et doctorant.

L’humilité commanderait de laisser chacun écouter cette conférence au lieu d’en faire une mauvaise présentation, mais il convient malgré tout de donner envie d’y consacrer cette heure …

Le fanatisme musulman fait trop souvent la une des journaux du fait des victimes qu’il occasionne. Frère Adrien prend l’exemple de Asad Shah, un commerçant de Glasgow d’origine pakistanaise et musulman, assassiné en 2016 par un coreligionnaire pour avoir sur Facebook souhaité une joyeuse Pâque à sa nation chrétienne et aimée. Ibn Taymyya, l’inspirateur médiéval du salafisme, avait en son temps écrit une fatwa sur les musulmans qui participeraient aux réjouissances festives des chrétiens au moment de Pâques. Ils méritent d’être mis à mort comme apostats.

Tenter de comprendre le terrorisme par la psychologie ou la sociologie est essentiel, mais c’est insuffisant : il faut aussi tenter de sortir de l’irrationalité en usant de la théologie.

Le hanbalisme, école théologique d’Ibn Taymyya, enseigne qu’il ne sera jamais possible de connaître Dieu dont la nature est inaccessible. Le Coran ne révèle pas Dieu, mais ses commandements. C’est un agnosticisme pieux qui oblige à un amour zélé de la loi. La distinction paulinienne entre foi et œuvres n’existe pas pour le hanbalisme. Faire comme les chrétiens (fêter Pâques, même sans croire à la résurrection du Christ) c’est donc apostasier.

Pour Frère Adrien, le fanatisme est le fruit d’une théologie qui a mis Dieu à l’écart. C’est l’Islam qui ne voit que les commandements, mais c’est tout autant une église évangélique qui aura une lecture littérale de la bible ou les chrétiens qui idolâtrent la liturgie ou la religion elle-même, comprise comme une identité. Ces idoles qui se substituent à Dieu enferment l’homme au lieu de libérer.

Frère Adrien cite aussi Blaise Pascal, lumineux :

On se fait une idole de la vérité même, car la vérité hors de la charité n’est pas Dieu, et est son image et une idole qu’il ne faut point aimer ni adorer [, et encore moins faut‑il aimer ou adorer son contraire, qui est le mensonge].

Deux conclusions du frère dominicain : la vie spirituelle de chacun est le remède au fanatisme, et dans le dialogue inter-religieux, l’essentiel est de parler de Dieu, pas de qui nous sommes qui est sans intérêt. Ma conclusion : écoutez la conférence, elle est bien plus intéressante que ma modeste recension, vous y trouverez la finesse, les nuances et l’humour que je n’ai pas pu mettre.

Rémy Mahoudeauxfrère Adrien Candiard op.

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