Laver les pieds (d’un autre) ou se laver les mains ?

Laver les pieds (d’un autre) ou se laver les mains ?
25 mai 2020 Dorothée Paliard

Laver les pieds (d’un autre) ou se laver les mains ?

Suivre en 2015-2016 le parcours de formation « Anthropologie et Politique à l’école de saint Jean-Paul II » organisé par Ichtus et animé par Bruno de Saint Chamas1 a été l’occasion pour moi de faire (si j’ose dire) un grand bond en avant dans ma compréhension de l’anthropologie vue sous un angle chrétien. Mais déjà, la frustration était grande : concentrer en six fois trois heures de formation un contenu aussi riche laissait un goût d’inachevé, une sensation de n’avoir assisté qu’à une introduction, de n’avoir qu’effleuré un contenu d’une prodigieuse richesse. Je n’ose imaginer les affres de Bruno de Saint Chamas quand Frantz Toussaint2 lui a demandé de synthétiser dix huit heures de formation denses en une heure à peine pour une conférence sur internet, l’épisode de 2 de « Panser aujourd’hui pour penser demain ». Alors pour ce qui me concerne, je me refuse d’en faire en trois à cinq mille signes une recension qui serait la synthèse d’une conférence, elle même condensé d’un enseignement qui est une introduction à l’anthropologie chrétienne vue au travers du prisme magistral de Saint Jean-Paul II3.

Mon ambition sera plus limitée : présenter le tableau où Bruno de Saint Chamas oppose l’idéologie du camp du bien, ce que veut le monde « bien pensant » et relativiste d’aujourd’hui à la réalité, à ce dont ce monde que nous habitons tous ensemble à besoin. Voici ce tableau, brut de fonderie et sans commentaires :

Inégalité – différence

Complémentarité

Lutte et dû

Amour et don

Loi de crainte arbitraire

Loi d’amour intelligible

Pouvoir = domination

Pouvoir = service

Revendication de droits

Responsabilité

Darwinisme – sélection

Protéger le plus fragile

Se laver les mains

Laver les pieds

Autonomie et revendication

Gratitude

Sans père

Enfants de Dieu

La posture du camp du bien

Demander miséricorde

Chacune de ces ligne mériterait un article à elle seule ! Cela vous lasserait sans doute, et je préfère rebondir sur quelques lignes avec des digressions plus personnelles.

La lutte et le dû vs. l’amour et le don

Confronté à l’indélicatesse d’un dirigeant d’une filiale exotique de notre groupe, le Directeur Général me faisait part de sa vision : un voleur, ça n’existe pas, n’existent que des personnes qui se font justice elle-même en s’appropriant ce qu’elles estiment leur être dû. Sur le coup, j’ai eu du mal encaisser le paradoxe, et cela n’a pas empêché le groupe de se battre pour récupérer ce qui pouvait l’être. Mais n’est-il pas commun de penser, dans un monde qui serait gouverné par l’intérêt égoïste des parties mis en évidence par Adam Smith, que la rémunération que je perçois pour ce que je vends ou produit n’est pas suffisante, ou que ce que j’achète est d’un prix excessif par rapport à sa valeur intrinsèque ? Bien des transactions induisent ces frustrations, et les luttes pour minimiser ces frustrations peuvent être homériques. Au contraire, je peux donner de mon argent, ou mieux, de mon temps pour une association qui prendra soin de gueux sous le visage desquels se cache le Christ. Cette rencontre peut m’aider à comprendre que la perception qui me fait évaluer mon propre dû n’est pas si ajustée. Je peux aussi constater que le don de mon argent ou de mon temps, c’est aussi quelque part le refus de donner ma personne entière.

Le darwinisme et la sélection vs. protéger les plus fragiles

Ici, j’ai envie de laisser les mots d’un beaucoup plus fin et talentueux que moi : Fabrice Hadjadj. Lors de la déplorable censure du court film « Dear future mom », il avait écrit un superbe plaidoyer pour les plus fragiles, qui se trouve ici. Que pourrais-je ajouter ?

Se laver les mains ou laver les pieds (d’un autre)

La pirouette est évangélique, elle oppose un Pilate qui, bien que conscient de l’innocence du Christ et en capacité de le sauver, refuse d’agir en responsabilité, à Jésus lui même qui lave les pieds de ses apôtres lors de la Cène pour montrer que le devoir du maître est de servir. La formule est belle et donne envie de se mettre au service de nos frères, gratuitement. En ces temps de pandémie de Covid19, les autorités recommandent surtout de se laver les mains. N’auraient-elles rien compris ?

-o-O-o-

Le troisième épisode sera diffusé mercredi 27 à 18:30 et Henri Hude en sera la vedette pour nous parler de « Démocratie et liberté à l’épreuve de la crise ».

Rémy Mahoudeaux

1Bruno de Saint Chamas : ingénieur, consultant et chef d’entreprise. Président d’Ichtus

2Frantz Toussaint : Salarié d’une entreprise du tertiaire, patron des AFC du Morbihan et initiateur du projet panser aujourd’hui pour penser demain

3Vous pouvez accéder à la rediffusion asynchrone de la conférence ici ou vous inscrire sur www.ichtus.fr au prochain cycle de formation, ou encore faire l’acquisition et lire « Personne et Société : Anthropologie et Politique 1 & 2 » et « Civiliser : Anthropologie et Politique à l’école de saint Jean-Paul II – Volume 3 » par Bruno de Saint Chamas, Florence Simon. Aucune option n’est exclusive des autres.

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