Jean Ousset et Ichtus

Jean Ousset et Ichtus
11 août 2020 Dorothée Paliard

Jean Ousset et Ichtus

Nouvel épisode, le dixième, de la saga « Panser aujourd’hui pour Penser demain » lancée par mon ami Frantz Toussaint : Bruno de Saint-Chamas (déjà à l’honneur lors de l’épisode 2) et Benoît Dumoulin (la vedette de l’épisode 7) dialoguent, se répondent et se complètent sur Jean Ousset, un maître pour l’action.

Jean Ousset (1914 – 1994) est un penseur autodidacte catholique du XX° siècle, le créateur de la Cité catholique qui est devenu par la suite Ichtus. Il est présenté comme proche de Maurras. Il aspire à la restauration d’un ordre social chrétien. Avec Péguy, il est convaincu que le beau est l’éclat du vrai.

Marqué par l’efficacité de la dialectique communiste, il s’inscrit dans une école contre-révolutionnaire qui ne conçoit pas de société sans Dieu ou contre Dieu. Son constat est que les catholiques peuvent être pieux et généreux, mais qu’ils sont incapables d’argumenter face aux communistes rompus à la dialectique. Insuffisamment formés, maîtrisant peu la doctrine qu’ils défendent, ils deviennent des candidats au relativisme.

L’engagement des catholiques dans l’après-guerre est largement subverti par la pensée marxiste. Son œuvre, la Cité catholique était l’un des seuls mouvements qui réagit, et il est contesté et marginalisé parmi les catholiques. Son intuition est qu’il faut d’abord penser l’action pour restaurer l’ordre social chrétien. Mais agir, pour un chrétien, c’est se soucier du comment, se refuser d’user de tous les moyens possibles.

La société doit influencer les gens pour qu’ils puissent faire le bien. L’engagement politique doit donc viser le bien commun qui est l’essence du catholicisme. L’écueil de l’activisme est la perte du sens général du combat. Tout est lié, et il faut privilégier l’engagement métapolitique. Jean Ousset nous invite à faire aimer le plan de Dieu pour les hommes, à faire aimer la loi naturelle. La morale faite d’obligations héritée de Kant nous égare, il nous faut nous adresser à la raison et au cœur.

Pour qu’il règne, l’ouvrage majeur de Jean Ousset, nous questionne : fonder la vie sociale sur les Évangiles, est-ce une bonne nouvelle ? Le relativisme renvoie chaque loi à une communauté et la religion à une simple opinion. On sent bien que ça manque de cohérence. Pourtant, il existe une loi qui est bonne pour tous les hommes, universelle et qui repose sur la loi naturelle : le joug de la loi de Dieu est léger …

Il faut ici acter des divergences entre Jean Ousset et Charles Maurras. Ce dernier s’inspire du positivisme d’Auguste Comte, privilégie le politique comme pour restaurer un ordre moral catholique et voit une opposition (et non un accomplissement) entre l’ancien et le nouveau testament, d’où son antisémitisme. Jean Ousset s’oppose à la vision technocratique maurrassienne et pense que la culture permet de choisir en fonction des buts poursuivis.

Pour agir, Jean Ousset se livre à l’inventaire de ce dont nous disposons, ou pas : des hommes, de l’argent et des méthodes. Il insiste sur le besoin de réalisme et sur la nécessaire adéquation des moyens et des buts. Enfin, il convient d’admirer et faire admirer la cohérence de la doctrine sociale de l’Église. Mais les cathos doivent retrousser leurs manches : dans leurs bibliothèques, à l’inverse des marxistes, la majeure partie des rayons est dévolue à la doctrine et la portion congrue à l’action. Il faut du concret ! Enfin les catholiques doivent cesser de se contenter d’une obligation de moyens : il faut des résultats !

Point besoin d’être une armée pour agir efficacement : c’est une poignée de rescapés des persécutions de Dioclétien qui ont fini par arracher l’édit de Milan 50 ans plus tard. C’est aussi une poignée de francs-maçons résolus qui a fait basculer la III° république dans l’anticléricalisme que l’on sait. L’important est donc d’agir en réseau, de s’aider les uns les autres et de ne pas perdre le sens du combat général.

C’est ce que s’efforce de faire Ichtus aujourd’hui, qui poursuit fidèlement l’œuvre de Jean Ousset avec l’ambition de former et relier pour agir. Les contraintes sanitaires conduisent Ichtus à adapter l’organisation de son travail : bonne nouvelle pour les provinciaux, les formations se feront en présentiel à Paris et en même temps (relativisme, quand tu nous tiens !) en ligne. Pour la présentation des cycles, veuillez consulter le site d’Ichtus.

Pour la dernière conférence avant la pause estivale, le Frère Paul Adrien d’Hardémare o.p. nous parlera de l’évangélisation du continent numérique.

Rémy Mahoudeaux

 

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