Évangélisation sur internet : soyez créatifs !

Évangélisation sur internet : soyez créatifs !
10 septembre 2020 Dorothée Paliard

Évangélisation sur internet : soyez créatifs !

Le 22 juillet, c’était le onzième et dernier épisode de la première saison de « Panser aujourd’hui pour penser demain », la série de conférence diffusées via internet de mon ami Frantz Toussaint. Frère Paul Adrien d’Hardemare op1 en était l’invité pour parler de l’évangélisation du continent numérique. La crise sanitaire a vu effectivement s’amplifier le rôle d’internet dans la façon de vivre la foi.

Le confinement a chamboulé le travail de frère Paul Adrien. Cependant, il a transformé cette situation en opportunité, une chance pour la prédication. Des catholiques pratiquants ont plutôt bien vécu cette situation, en découvrant la communion de désir. D’autres ont subi. Un certain renouveau spirituel est constaté. La distance sociale imposée et les masques gênent la reprise. Cependant, pour les catholiques qui ne viennent qu’à Noël et à Pâques, il n’y a aucune information.

Aucun sacrement ne se digitalise. Dans une messe, il y a la présence du Christ, la communion, et le sacrifice. Ces trois choses impliquent de se retrouver physiquement à la messe. La communion spirituelle lors d’une messe sur internet y supplée partiellement, mais elle suppose le désir que l’on a d’aller à la messe, et d’y retourner effectivement dès que c’est possible.

Sur YouTube, tout ce qui pouvait être tenté l’a été. Le confinement a permis à frère Paul Adrien, frère Marc et frère Raphaël de concevoir des nouveaux produits en usant d’une rhétorique adaptée au média utilisé : sur internet, les effets spéciaux, les jingles, les phrase en aparté, l’humour, etc … La concurrence est rude, votre chaîne vidéo, c’est un onglet parmi d’autres et le zapping est rapide si le contenu n’est pas assez accrocheur.

Les messes télévisées existaient avant avec le Jour du Seigneur ou chez KTO, avec une qualité professionnelle. Là, le confinement a vu éclore des messes et prédications au standard amateur : c’est un niveau d’exigence différent. Un débat entre frères sur l’eschatologie et l’Apocalypse, s’il y a une qualité minimale avec un son et un cadrage corrects, trouve son public. La personnalité, le charisme transparaissent dans une vidéo amateur. C’est l’humain qui génère l’adhésion de l’internaute à un youtubeur et à sa chaîne dans un rapport affectif.

Frère Paul Adrien et son équipe ont préparé des vidéos d’enseignement : partant du principe que les gens s’ennuient lors des sermons, il faut compenser par des effets spéciaux, au moins un toutes les 15 secondes, avec de l’humour, dans des vidéos courtes. Ainsi, l’on peut rajeunir l’audience. Il y a eu aussi des formats plus long et des directs (des « live »).

L’idée géniale du confinement a été de faire des veillées scoutes sur internet (2 occurrences), avec plus de 15 000 vues : des défis étaient lancés la semaine précédent, et chaque scout, guide, louveteau, louvette filmait sa réponse au défi, postait sur Facebook la vidéo montée en famille pour qu’elle soit ensuite diffusée lors de la veillée. Tout le monde s’est étonné d’être si créatif, et s’est prouvé qu’avec des moyens techniques moins bons, ils ont fait mieux. Ce genre d’évènement sur YouTube relève de la mission et il montre que les catholiques sont une communauté vivante, créative et soudée. Il rend fier d’être catholique.

L’évangélisation numérique est le job de tous, sauf des curés de paroisse qui ont trop de travail par ailleurs. L’église existe mais est transparente sur YouTube parce que les codes ne sont pas respectés : des conférences du magistère magistrales sur la forme. Pour durer, il faut que le youtubeur s’éclate à faire sa vidéo et qu’il soit authentique, et qu’il accepte de surjouer. Des communautés pourraient aussi avoir une place, mais si personne n’incarne la chaîne, cela devient vite de la communication institutionnelle.

Le premier enjeu du prédicateur est de dire des choses vraies, exactes, intelligentes. Mais ce n’est pas ce que recherche l’audience a priori. Il faut faire rêver les gens tout en respectant ce message. Cela passe par un cheminement émotionnel suscité par la vidéo qui permet d’intéresser même des non-catholiques.

La possibilité d’un reconfinement existe, il faut s’y préparer. Comment faire des soirées pizza-catéchisme avec des ados et des masques ? L’enseignement peut se passer de présentiel. L’improvisation constatée lors du confinement doit céder la place à une situation maîtrisée des points de vue liturgique, canonique et pastoral : Dieu a le droit de recevoir un culte. Mais l’exercice concret de la charité serait plus compliqué.

La vidéo de la conférence est au bout du lien. Les vacances de Frantz serviront à maturer les idées pour la saison 2. Bonne chance à lui, et merci pour le travail déjà accompli !

Rémy Mahoudeaux

1Frère dominicain de 38 ans au couvent de Nancy, ordonné prêtre depuis 5 ans. En charge d’organiser la prédication en ligne. Le lien vers sa chaîne YouTube, s’abonner est impératif : https://www.youtube.com/channel/UCWsPptxhLaTv8ATmceTOTog

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