Des nations

Des nations
1 juillet 2020 Dorothée Paliard

Des nations

Benoît Dumoulin1 était l’invité de Frantz Toussaint dans le cadre de son cycle de conférences en ligne « Panser aujourd’hui pour Penser demain » et le sujet était « les nations à l’épreuve du Covid. »

Une remarque préliminaire : un repli sur elles-mêmes des nations a été constaté lors de la crise sanitaire.

L’étymologie donne une source commune à naître et à nation. La nation serait un ensemble de natifs. A l’origine, les nations sont nées lors de la dislocation de l’Empire Romain. Les cités-états qui avaient été fédérées par les conquêtes de la République, puis de l’Empire sont dépassées : la communauté politique pertinente dépasse la seule cité, mais agrège ceux qui partagent une langue, une histoire et une culture. De fait les nations ont des bornes, des limites, elles discriminent : on y est ou on y est pas. Elles préexistent et s’imposent à l’histoire et ne sont pas construite par la seule volonté. La vocation d’universalité incarnée par l’Empire est reprise en occident par l’Église qui joue le rôle de contre-pouvoir au sein des nations.

La Réforme vient déranger cet équilibre : sans hiérarchie religieuse, l’état au sein des nations devenues protestantes n’a plus d’obstacle, de contre-pouvoir et invente la monarchie absolue. La France s’en saisit et y greffe une tentation d’universalité temporelle avec entre autre la fin des tyrannies, les droits de l’homme et la philosophie des Lumières exportées dans les bains de sang des guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Le colonialisme n’est que la prolongation de cette idéologie « civilisatrice » à imposer à tous.

L’écueil est que l’universalisme temporel, sans une anthropologie et une théologie chrétienne, conduit à la négation des particularismes qui font les nations. Le nationalisme devient guerrier, avec les conséquences que l’on sait.

Accéder à l’universel est piégeux : il est indispensable de bien connaître préalablement une culture nationale pour pouvoir le comprendre. Il convient en outre de louvoyer entre deux écueils : nier l’universel, c’est idolâtrer l’identité, et nier la singularité d’une nation conduit à un universalisme désincarné.

Le contrat social fonde-t-il la nation, comme des anglo-saxons voudraient nous le faire croire ? C’est plus compliqué : En France, la nation est faite par la volonté de l’état. En Allemagne, c’est la culture. En Europe, on reste sur un socle gréco-romain, chrétien et humaniste quant aux États-Unis, on croit en un messianisme propre d’inspiration protestante et tout à fait matérialiste sur une terre d’immigration. Mais à la fin, c’est bien un « plébiscite de tous les jours » cher à Renan qui donne corps à cette nation2.

Le bilan des nations du XX° siècle est assez rapidement réduit à celui des nationalismes des deux guerres mondiales et aux idéologies totalitaires. On justifie ainsi la promotion du multiculturalisme dépassant les frontières par la gauche et l’Amérique qui en a fait son modèle fondateur. Or, tout sentiment national finit par se heurter aux particularismes des communautés qui se bâtissent en opposition à une culture nationale. En outre, les nations sont confrontées à toujours plus d’individualisme. La nation dans un monde déchristianisé et laïc est-elle vouée à l’échec ? Une nation doit être une communauté de destin fondée sur la recherche du bien commun.

Mes remarques personnelles : si cette approche des nations convient à l’Europe et l’Amérique, est-elle pertinente pour les pays d’Asie et d’Afrique, et l’Oumma n’est-elle pas une conception radicalement différente qui rend ce concept occidental de nation bien peu universel, en plus d’être menacé d’obsolescence ?

La conférence est toujours disponible au bout du lien et vous pourrez assister mercredi 1er juillet à l’intervention de Marc Guidoni qui tentera de répondre à la question «  la République veut-elle la mort des religions ? »

Rémy Mahoudeaux

1Directeur du développement d’Ichtus, Rédacteur en chef adjoint à l’Incorrect

2“La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. […] Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.” Ernest Renan, 1882

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