Des hommes cultivés, pas des techniciens !

Des hommes cultivés, pas des techniciens !
2 juin 2020 Dorothée Paliard

Des hommes cultivés, pas des techniciens !

« La Démocratie et les libertés à l’épreuve de la crise » était le titre du troisième épisode de la série de conférences organisées par Frantz Toussaint1, « Panser aujourd’hui pour penser demain », avec comme intervenant Henri Hude 2.

Sommes-nous encore dans un état de droit ? Henri Hude pense que oui, que la crise sanitaire que nous traversons et les restrictions des libertés ne nous en font pas sortir. Il note cependant une tendance plus structurelle et insidieuse à l’affaiblissement de cet état de droit, parce que le droit perd ses fondements : Dieu, la raison, la nature. Cette crise de la culture, antérieure à cette épidémie, c’est le relativisme. Il n’y a plus de vérité objective, dès lors la raison n’a plus lieu d’être, le dialogue n’a plus de sens et la hiérarchie des normes non plus. La raison affaiblie ne repose que sur deux piliers insuffisants, le technoscientisme et un subjectivisme complet. Une opinion devient un dogme. Pourtant, la science demande un esprit critique aiguisé mu par un idéal de vérité. L’homme doit retrouver la raison, (se) poser des questions, dont la plus fondamentale : « Ceci est-il vrai ? » Henri Hude rappelle Descartes « L’homme n’aurait pas l’idée de l’absolu si l’absolu n’existait pas. »

L’état aujourd’hui est conscient de ses faiblesses. Sa réaction lors de cette crise montre de l’impréparation, de l’improvisation et de la panique. En carence culturelle, il fait le constat qu’il n’y a plus de commun.

Le complotisme n’est pas l’apanage des réseaux sociaux. La presse américaine s’y livre elle aussi, cf. les tentatives de déstabilisation de Donald Trump par le Washington Post et consorts. S’il y a des complots, tout n’est pas complot. La seule certitude est que le pouvoir (quel qu’il soit) souhaite accroître et conserver son pouvoir. Les antagonismes de la concurrence autour de ce pouvoir font que l’on use de ruses, de violences, de secrets. Mais le manque de culture (classique) fait que ce ne sont plus que des techniciens.

La démocratie doit être protégée de l’arbitraire par un pouvoir qui garantit la sécurité, la tranquillité et la paix. Le pouvoir doit être régulé et situé à la bonne distance. Cela respecte la raison et la nature. Mais les techniciens à qui il est confié ne savent pas qui est l’Homme, capable de décider, doué de langage et en recherche de vérité, et nous exposent au risque du chaos, ou du totalitarisme. La culture est essentielle.

La filia est une notion essentielle et naturelle d’amitié, de bonne sociabilité des structures sociales. Elle implique d’être juste avec ses amis. La culture consiste à cultiver ensemble cette filia.

Dans notre société où chacun est trop centré sur son individualité, le bien n’a pas bonne presse. La culture dominante ne considère ni le bien, ni le commun comme de bonnes notions, alors le bien commun, c’est très mal. Le juste n’est d’ailleurs pas substituable au bien, puisqu’il est le bien dans les relations sociales. Il ne faut pas se laisser impressionner par ces bêtises, le bien reste universel.

Henri Hude travaille à ce besoin qu’identifiait Benoît XVI pour le monde, une nouvelle synthèse humaniste. Mon ami Frantz le provoque ; l’humanisme chrétien dans un monde qui ne l’est plus, est-ce bien utile ? Le philosophe répond que le monde n’est pas si peu chrétien que ça, parce que le Christ est inoubliable. Mais l’humanisme est inséparable du progrès de l’homme sur le monde, qui peut être malfaisant. La perspective d’auto-divination de l’homme conduit à une coexistence catastrophique de ces hommes qui se croient dieux ? Dieu est la limite de l’Homme.

Les chrétiens n’ont certes pas gardé l’initiative dans le monde et l’ont laissée à l’Antéchrist, mais trop de prétendues « vérités » et de « valeurs » conduisent à la tyrannie (du relativisme). Le christianisme reste la religion de tous les humanismes et les sécularisation de l’humanisme ont plus ou moins réussi. Si notre culture est finissante, il nous faut faire place à l’Espérance et revisiter notre rapport au Christ.

Mes trois grains de sel :

La « bonne distance » du pouvoir en démocratie doit nous renvoyer à cette subsidiarité si malmenée en ces temps où l’obésité des structures intermédiaires est vue comme le Deus ex machina de tout.

« La véritable école du commandement est donc la culture générale ». Cette phrase de Charles de Gaulle inscrite sur la passerelle du Coldo résonne dans ma mémoire.

Oui, Dieu est la limite de tout, mais encore faudrait-il qu’il (l’Homme) en soit conscient. En ces temps où le transhumanisme voudrait supplanter l’humanisme tout court, il conviendrait de ne pas occulter cette vérité.

Vous pouvez accéder à la rediffusion en ligne de cette conférence. La prochaine aura lieu mercredi 3 Juin et S.E. Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, nous parlera de « Vision eschatologique de la crise ».

Rémy Mahoudeaux

1 Frantz Toussaint : Salarié d’une entreprise du tertiaire, patron des AFC du Morbihan et initiateur de ce projet : panser aujourd’hui pour penser demain

2 Normalien, philosophe, essayiste et enseignant à Saint-Cyr Coëtquidan

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