De la crise sanitaire à la crise économique

De la crise sanitaire à la crise économique
15 juin 2020 Dorothée Paliard

De la crise sanitaire à la crise économique

L’épisode 5 de « Panser aujourd’hui pour Penser demain », la série de conférence sur internet organisée par Frantz Toussaint1, abordait l’économie et la mondialisation avec Pierre de Lauzun2.

Avant d’entrer en confinement, nous étions déjà en situation de crise : un niveau de dette publique élevée, fruit de décennies de déficits budgétaires et depuis 2008, assouplissement quantitatif3 laissait craindre une crise imminente et probable. Cette crise sanitaire ne se substitue en rien à cette crise financière qui pourra éclater, d’autant que les remèdes employés, ce « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron, va aggraver ces fondamentaux. L’argent magique, qui paraît-il n’existait pas avant, se déverse généreusement. Il sera compliqué de remettre la France sur les rails, de mettre le sumotori à la diète.

Si l’afflux de liquidités est bon du point de vue économique, il ne l’est pas du point de vue moral : les générations futures auront à rembourser cet argent. Comme ce qui concerne l’écologie, nous vivons à leur crédit et nous décidons de bien vivre à leurs dépens.

Le besoin de réforme de la société n’a pas changé : il faut dépenser mieux, de façon plus efficace et cesser nos arbitrage en fonction de leur coût politique. Les stocks de masques ne défilant pas dans la rue, il était simple de les supprimer, avec le bonheur que l’on sait. Ne pas toucher à la dernière institution soviétique du monde, l’éducation nationale, c’est s’attacher à un mauvais mode de fonctionnement. Le recentrage de l’état sur les seules fonctions régaliennes est nécessaire, mais en usant de subsidiarité. Si la santé et l’éducation font partie du bien commun que l’état doit servir et dont chacun doit bénéficier, il n’est pas nécessaire qu’il en assume tout le coût et la responsabilité.

S’il était une erreur d’entrer dans l’Euro, malgré les avantages des taux d’intérêts bas et de l’absence de taux de changes internes, il est compliqué d’en sortir et aussi d’y rester en restaurant notre compétitivité.

Sur la mondialisation, Pierre de Lauzun pense que les décideurs des multinationales, au vu des dépendances de leurs entreprises constatées lors de la crise sanitaire, tenteront de se couvrir contre les risques à long terme et devraient se montrer plus responsables. Même si du bio local (tous les produits  bio ne sont paradoxalement pas fabriqués localement NDLR) coûte plus cher que du sous-traité au loin augmenté du coût de transport. Mais ce choix a une dimension politique.

L’église, avec sa doctrine sociale, peut aller plus loin pour guider les acteurs de l’économie, mais ne va pas se substituer à eux. Elle n’a pas de formule toute faite, elle ne prend pas les décisions. Plaquer des a priori moraux sur une situation donnée n’est pas utile. Le décideur – qu’il soit investisseur ou dirigeant – doit se poser la question de l’ordonnancement de ses décisions par rapport au bien commun. C’est ainsi que doit être comprise la destination universelle des biens. Les marchés savent ou apprennent à décrypter ces signaux, comme avec les investissements verts ou la consommation bio ou équitable.

Vous pouvez accéder à la rediffusion asynchrone de cette conférence en bout de lien. Mercredi 17 juin, Valérie d’Aubigny nous parlera de « Transmettre à la jeunesse de France la force de sa culture »

Rémy Mahoudeaux

1Cadre marketing d’une grande entreprise de services, marié, père de famille nombreuse et actifs dans certaines associations catholiques (AFC ; Ichtus)

2Polytechnicien, énarque, ancien haut fonctionnaire et banquier, spécialiste de la finance et auteur de nombreux essais dont « Finance, un regard chrétien »

3Plus connu en anglais comme « quantitative easing ». Politique monétaire de rachat massif de titres de dettes par une banque centrale afin d’injecter une grande quantité de liquidité dans l’économie.

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