Vademecum de l’électeur catholique

Vademecum de l’électeur catholique
28 avril 2017 Dorothée Paliard

Vademecum de l’électeur catholique

Par le père Louis-Marie Guitton, responsable de l’Observatoire SocioPolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, 28 avril 2017.

Face à la multiplication de commentaires, conseils, avertissements ou sommations dont les catholiques sont l’objet en cette veille de deuxième tour d’une élection cruciale pour notre pays, un grand nombre d’entre eux se dit perplexe et désorienté. Quelques rappels pour éviter la « foire d’empoigne » …

                  Un devoir d’électeur

Les chrétiens sont invités comme citoyens dans les sociétés démocratiques à participer à la gestion des affaires publiques. Par l’exercice de leur droit de vote notamment, ils sont appelés à contribuer à l’élection des responsables de gouvernement et à l’élaboration des orientations politiques qui servent le mieux le bien commun.

A la lumière des principes de la Doctrine sociale de l’Eglise, tirés de l’Evangile, ils se forment un jugement de conscience, guidés par la vertu de prudence, sur le discours des candidats qu’ils doivent élire. Le système actuel des partis conduit en réalité à examiner de véritables programmes, qui sont autant de propositions et de mesures, dont il est bien difficile d’évaluer la pertinence. Il faut reconnaître que nous n’avons pas les compétences sur tous les domaines, même si en France on a facilement un avis sur tout.

L’Eglise nous encourage à former nos consciences pour élire ceux qui seront les plus aptes à servir le bien commun et diriger notre pays. C’est aussi sa mission que nous aider en cela. La vision chrétienne de la politique repose sur la centralité de la personne humaine et le sens du bien commun, conçu comme le « bien de tout homme et de tout l’homme. » On parle souvent de « principes non-négociables », qui sont comme autant de repères pour les élections et l’action politique. A condition de ne pas les réduire à trois (la vie, la famille, l’éducation), ils restent des éléments valides pour nous orienter. En effet, il convient de rajouter : option préférentielle pour les pauvres et solidarité, liberté religieuse, économie au service de l’homme, écologie intégrale.

Il est assez facile de constater que non seulement aucun parti ne correspond pleinement aux exigences éthiques de l’Evangile, mais que tous s’y opposent peu ou prou. Il est grand temps que nous acceptions la réalité et que nous réalisions que les catholiques ne représentent plus qu’une minorité. L’engagement du chrétien dans les situations imparfaites le conduit à garder une position critique et une liberté par rapport à certaines options auxquelles il ne peut souscrire. La politique reste souvent « l’art du possible ».

Une élection, choix ouvert

Quid des élections à venir ? Que les deux candidats soient baptisés ne nous aide pas beaucoup, ni que leur situation matrimoniale soit « imparfaite » … Ce ne sont pas des critères déterminants, puisque nous cherchons à élire un « bon et compétent président » plutôt qu’un « bon catholique ». Il est toujours nécessaire de prier avant de voter, pour notre pays d’abord, puis pour celui qui aura la charge de le gouverner.

Chacun est appelé à se forger un jugement de conscience. Le Magistère récent du Pape François fournit des éléments à ceux qui n’auraient pas eu le temps de se former. Il est assez radical lorsqu’il parle de la place de l’homme dans l’économie, du règne du dieu-argent et du marché, de la culture du déchet… Mais également des populismes, de l’accueil de l’étranger ou du souci des plus pauvres. Aucun des deux candidats ne peut prétendre honorer toutes ces dimensions… On peut même se demander lequel s’en éloigne le plus.

C’est là qu’il nous faut accepter que nos choix divergent : rien d’étonnant à cela ! La stratégie, le choix des instruments et des modes d’expression politiques sont par définition contingents. Toutes ces injonctions à voter pour lui ou pour elle deviennent insupportables à partir du moment où l’on n’accepte pas que plusieurs options légitimes existent. Il n’est pas étonnant que l’on retrouve des catholiques des deux côtés.

L’Eglise ne donne pas de consigne de vote

Le pape François fait l’éloge de la conscience et nous serions devenus incapables de respecter le choix de nos concitoyens, même s’il ne nous plaît pas ? Où est donc passé ce respect pour l’adversaire en qui je ne vois plus le frère. Et même s’il s’agissait de mon ennemi, ne devrais-je pas encore l’aimer ? Il est probable que nous vivions ces prochaines années avec à nos côtés l’un ou l’autre qui n’a pas voté comme nous. Allons-nous nous haïr pour des questions controversables ?

Certains souhaiteraient que l’Eglise, à travers ses pasteurs, s’expriment plus clairement. Mais quelle crédibilité auraient-ils s’ils entraient dans le débat électoral ? C’est la vocation des laïcs, dont le propre est précisément le caractère séculier, de s’engager sur ces questions. Non, les évêques n’ont pas peur et les prêtres ne se dérobent pas. Si certains affichent leur choix, je ne suis pas sûr qu’ils aident à les autres à mieux se décider. Et ce n’est pas le pape François, toujours à l’affût du cléricalisme, qui dira le contraire.

En l’absence de « déclarations partisanes », on assiste à un curieux phénomène où des laïcs disent prendre le relai et assumer leur responsabilité, qui ressemble à s’y méprendre à un nouveau genre de cléricalisme. Tout y passe : critiques, intimidation et menaces ; tout est bon pour rééduquer celui qui ne pense « pas comme il faut ». La culture du mépris semble avoir pris le pas sur le dialogue raisonnable. En réalité « personne n’a le droit de revendiquer d’une manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise » (Gaudium et Spes, 43).

Est-ce le génie français qui porte à absolutiser, voire à diviniser, ce vote, comme si le salut du monde en dépendait ? Pour nous, le Sauveur est déjà venu et nous n’en attendons pas d’autres. M. Macron n’est certainement pas le Messie et Mme Le Pen n’est pas Jeanne d’Arc. De la même manière, ceux qui, se croyant dans Père Elijah, voient en l’un l’Antéchrist, et dans l’autre le Diable, n’aident pas beaucoup au discernement. Le mot est prononcé : à l’heure où le pape invite au discernement dans les situations complexes, on assiste à un triste appauvrissement des argumentaires et à une simplification extrême des positions.

Voter blanc ou s’abstenir

Enfin, à côté de ceux qui iront voter pour l’un des deux candidats, il y a ceux qui préféreront s’abstenir ou voter blanc. Il faut accepter que le jugement de conscience en certaines circonstances puisse en conduire plusieurs à ne pas choisir. Ils auront estimé que les deux candidats étaient gravement inaptes à exercer cette responsabilité. Certes, il y aura quand même un vainqueur de ces élections. Mais le vote reste de l’ordre des moyens. Il y a d’autres systèmes politiques que celui de la démocratie, tout aussi compatibles avec la foi chrétienne, où il n’y a pas d’élections. Quel que soit le mode de désignation de celui qui gouverne, nous savons que toute autorité vient en définitive de Dieu.

Le chrétien est respectueux des institutions et vote généralement. Il peut se faire que sa conscience ne le lui permette pas. Ce serait un moralisme de fort mauvais goût que de lui parler de faute là où il n’y a pas matière à pécher.

Quant aux chrétiens qui pensent déjà à la reconstruction et qui parlent de recomposition, qu’ils réfléchissent bien avant de le faire autour de leur panache blanc, excluant de facto, comme « n’ayant rien compris » ou « infréquentables », tous ceux qui « n’auront pas bien voté ».

  • Ermort

    Respecter la conscience… c’est très joli à dire.

    Je trouve plus intéressant d’inviter les gens à éclairer leur conscience.

    Pour cela il me semble du devoir de diverses instances d’indiquer des éléments pour nourrir la réflexion.

    Laisser les gens à leur conscience, c’est une forme de lâcheté et d’abandon.

    Les critères publiés par Alliance Vita et Liberté Politique peuvent aider à discerner.

    Et ce petit article, écrit par le père Jean-Benoit Casterman:

    http://ripostelaique.com/amis-cathos-ne-pas-voter-marine-cest-laisser-passer-macron.html

    Ne pas voter, ou voter blanc, c’est laisser passer le pire.

    C’est comme ça qu’on a eu Hollande en 2012. Plein de bons cathos (autoproclamés tels) ne voulaient pas choisir, pas se salir les mains. Grâce à eux, on a eu le pire.

    Et trop de gens encore aujourd’hui n’ont pas compris. Et grâce à eux, nous aurons Macron. Et ils diront: « je n’ai pas voté pour lui. » Mais ils n’auront rien fait pour l’éviter non plus.

    Blanc ou abstention, c’est de la lâcheté et de l’hypocrisie.

    • Bruno Gery

      Votre conclusion n’est pas à la hauteur du reste de l’exposé. Avez-vous pris conscience du fait que Macron sera élu avec environ 60% des voix, aussi surement qu’il a obtenu 24% au 1er tour. Or il est préférable de réduire cette majorité; non pas en votant MLP mais en votant blanc ou en s’abstenant. Nous aurons par contre l’occasion de voter selon nos convictions lors des législatives.

      • Ermort

        C’est votre avis, et vous avez bien lu que j’en ai un autre.

        • Bruno Gery

          Maintenant je comprends que vous draguez pour MLP. C’est votre droit, mais un peu étrange sur un site OSP!

          • Ermort

            Je n’ai jamais encore voté pour le FN, et le ferai avec regret.
            Je ne cherche pas à faire de propagande. J’exprime un avis.
            J’observe divers éléments fournis par quelques contributeurs sérieux, et me fais une idée que je partage.
            Vous pouvez ensuite interpréter ça comme vous voudrez. Vous tromper ou pas.
            Mon avis est que tout vote qui ne sera pas donné à Le Pen sera en fait en faveur de Macron, et je pense que Macron a le pire programme entre les deux finalistes.
            Et je ne prévois pas de voter FN aux législatives.

          • Bruno Gery

            Votre raisonnement serait valable si les 2 candidats étaient très proches de 50% chacun; mais l’analyse des résultats du 1er tour et des sondages montre qu’il est impossible d’empêcher Macron d’être élu.

          • Ermort

            Raison de plus pour voter au maximum pour le challenger. Plus ce dernier aura de voix, moins légitime Macron sera.

            Je ne comprends pas votre raisonnement.
            Le blanc et l’abstention n’étant pas comptabilisés, en quoi un blanc massif aurait-il une influence? Tout ce qui est blanc ou abstention augmentera le pourcentage du gagnant.

      • Ermort

        Et je ne cherche pas à tout prix à voter selon ma foi.
        Garder les mains pures à tout prix… c’est finalement ne pas avoir de mains du tout.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux