Université d’été de la Sainte-Baume : 25 Août

Université d’été de la Sainte-Baume : 25 Août
25 août 2018 Dorothée Paliard

Université d’été de la Sainte-Baume : 25 Août

 

En ce jour de la Saint Louis, la messe de l’aurore au Saint Pilon ne pouvait être célébrée exactement sur la ligne de crête, un vent trop violent interdisait de s’y tenir. Une quinzaine de mètres en contrebas, nous étions protégés. En plus de la France, le thème de cette université d’été nous obligeait aussi à prier pour l’Europe.

Christophe Baudoin, docteur en droit, devait plancher sur l’histoire de l’Union Européenne, qu’il subdivise en 3 périodes. La première, celle de la page blanche, de l’hésitation, où les fondateurs en train d’inventer un modèle se disaient que l’esprit dominera la lettre. Les juges ont vite occupé les béances laissées par les politiques. Puis, dans les années 1970, est venu le temps des subversions, des transgressions où se consolidait la prééminence du droit européen sur ceux des nations. Enfin a suivi le temps de l’explosion, celui où la gouvernance prend le pas sur le gouvernement, celui où le politique s’efface devant le gestionnaire. Nous y sommes encore. La novlangue manageriale s’y parle couramment. Les décisions y sont prises en réseau. Les traités y sont vus comme de simples procédés destinés à favoriser l’union. Le monde s’y réduit à des flux de personnes, de capitaux, de biens ou de services. Les autorités indépendantes s’y multiplient mais restent soumises à une idéologie progressiste qui s’affiche dans les différents dessins des billets européens : au fur et à mesure que la valeur faciale des coupures s’apprécie, les ponts, les portes et fenêtres y sont plus modernes. Mais la résistance contre les carences démocratiques de cette gouvernance émerge, et des peuples témoignent de leur volonté de ré-enracinement.

La feuille de route de Patrick Louis, ancien député européen, était formulée ainsi : « l’Europe, projet chrétien ou tour de Babel ? L’Union Européenne à la lumière de la Doctrine Sociale de l’Église. » Il commence par fustiger ce terrorisme du langage qui assimilerait l’Union Européenne à l’Europe elle-même. Cette UE n’est certes pas chrétienne, reste dans l’ambiguïté et n’affiche pas l’idéologie qui l’anime, l’individualisme. Elle est bien contrariée d’un Brexit qui vient contredire sa doxa d’un sens irréversible de l’histoire allant vers un progrès futur. La Doctrine Sociale de l’Église est une boussole qui indique 4 points (nécessairement) cardinaux. Force est de constater que l’UE leur tourne le dos ! La dignité de la personne humaine cède le pas à l’intérêt de l’individu. Le sens du bien commun est nié puisque l’économisme en vigueur ne parle que d’intérêt et que les corps intermédiaires sont attaqués : ils créent du commun. Il se trouvera toujours un objectif fondamental pour s’opposer à toute revendication qui se prévaudrait de la subsidiarité. Enfin, l’UE se refuse à concevoir qu’existent des devoirs induits par la propriété, ainsi que l’expose la destination universelle des biens. Le bateau ivre de l’UE a sans doute un cap, mais la synarchie qui gouverne l’UE le garde secret. Il faut donc comme chrétien ne pas fuir, ne pas avoir peur et s’engager.

Une citation d’Hubert Védrine clôturait opportunément cette matinée : « Dans le monde, a part en Europe, tout le monde est souverainiste. »

Guillaume de Prémare animait la table ronde sur l’avenir de l’Europe et celui de la France en son sein où intervenaient Max-Erwann Gastineau, Ghislain Knepper et Hadrien Desuin. Le pape François appelait l’Europe à une refondation de l’Europe, à un retour aux sources originelles du projet. L’Europe de Visegrad, portée par des pays libérés de la tutelle totalitaire communiste, s’oppose au relativisme qui semble être l’option idéologique de l’UE : Ils sont attachés à une souveraineté vulnérable et veulent préserver un héritage culturel fragile. Mais l’UE est prise dans une sorte de piège : si elle remédie à son déficit démocratique, elle s’expose à un non des peuples ; si elle reste aussi technocratique, elle ne soignera aucun de ses maux. Le décrochage affectif de l’Europe au sein des peuples est patent. D’un point de vue géostratégique, une des impasses majeures est l’ancrage jusqu’à présent irréversible de l’Allemagne à l’OTAN et l’Europe de la défense s’interdit d’exister. Mais d’un point de vue culturel, l’Europe a créé une pépite avec Erasmus.

Jacques Sapir nous a parlé de l’Euro, en commençant par retracer l’histoire monétaire. Suite à l’abandon de la convertibilité avec la fin de Bretton Woods, la spéculation sur les monnaies a été rendue possible. Cet épouvantail de la spéculation a servi à vendre l’idée politique de l’Euro, ainsi que l’espérance d’en faire un cheval de Troie pour un agenda politique. Mais une monnaie unique sans harmonisation fiscale et sociale, ni budget de transfert important est vouée à l’échec. Sans ces prérequis, la spéculation a migré sur les taux d’intérêts. Jacques Sapir impute à l’Euro une grande part des chômeurs et un gigantesque déficit de l’activité qui aurait considérablement réduit les déficits publics. Il faut donc sortir de l’ Euro, si possible avec l’Italie : il n’avantage qu’une Allemagne qui a parié sur une croissance alimentée par les exportations.

Le chœur de Philanthropos nous a ensuite donné un concert pour terminer cette journée dans des chants de louange.

Rémy Mahoudeaux

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