Université de la Sainte Baume 25 août

Université de la Sainte Baume 25 août
26 août 2017 Dorothée Paliard

Université de la Sainte Baume 25 août

L’effacement des limites pourrait être l’un des dénominateurs communs aux interventions de Matthieu Bock-Côté et Frère Ceslas Bourdin o.p. Avec cet inimitable accent de la belle province, Matthieu nous conduit à la conclusion que le multiculturalisme, dès lors qu’il conduit à la dissolution de la démocratie libérale, ne peut être libéral. Sa lecture décrypte les moyens dont use   l’idéologie multiculturaliste pour s’imposer : relecture culpabilisante de l’histoire, promotion d’une sociologie anti-discriminatoire, et gouvernement des juges concourent à l’instauration d’une société autoritaire où la nation d’accueil perd son droit à persister dans son essence. Les chasses aux sorcières par la diabolisation des conservatismes, la psychiatrisation et l’ostracisme institutionnalisé des opposants sont mises en œuvre contre les réfractaires à ce nouvel ordre social.

Frère Ceslas nous a parlé de néolibéralisme culturel, prenant pour point de départ la pensée de Hobbes. La place que donne Hobbes à la religion, conscient de l‘insuffisance d’un état conçu comme la résultante de multiples contrats, reste cependant soumise à cet état. Il fait un parallèle entre les carences démocratiques des experts scientifiques et de l’autorité de l’Église. Illustrant son propos de l’épisode mariage pour tous, il dénonce comme Matthieu le fait qu’un désir devienne un droit. La norme qui relie semble la solution à opposer au libéralisme qui fragmente, aidé en cela d’une technique qui ne reconnaît aucune limite. Pour lui, l’Église peut et doit incarner ce socle stable dont ne peut se passer une société, et la personne doit se substituer à l‘individu.

Lors des questions nous sera donnée cette définition du néo-libéralisme : celle d’un un libéralisme auto-référentiel.

Cette abolition des limites nous conduit à la guerre du chacun contre chacun dont René Girard nous dit qu’elle conduit aux crises mimétiques : sommes nous en train de (re- ?)devenir une société archaïque ? Quelle sera l’issue de cette crise mimétique dès lors que nos puissances de destructions que confèrent nos techniques sont démesurées ? Ou aurons nous la sagesse et les outils de refonder ce qui doit l’être ?

L’homélie de la messe de la Saint Louis était prononcée par frère Paul-Marie Cathelinais o.p. Il a opposé la gratuité du don de notre saint roi, dans la prière, dans ses œuvres de charité, dans sa prise de risque personnelle en se croisant, à la logique d’échange du libéralisme, où l’on ne se sépare de l’investissement que dans un espoir raisonnable d’un fruit multiplié. Mais est-ce si différent du chemin que nous propose l’Evangile ? N’attendons nous pas une récompense qui « sera grande dans les cieux » ?

La table ronde de l’après-midi animée par frère Paul-Marie réunissait Bernard Cherlonneix, Christophe Geffroy et Guillaume de Prémare autour de la question « le libéralisme est-il un appauvrissement anthropologique ? » Débat très touffu, où s’opposaient l’idée d’un libéralisme anthropologiquement neutre à ceux qui ne le pense pas (score 1 – 2 à la fin du temps réglementaire). Arbitrairement choisis, voici quelques points jugés saillants.

  • Une présentation de la modernité : la liberté est supérieure à la vérité, l’homme s’émancipe de Dieu et de la morale, puis de la nature, enfin de la culture pour devenir auto-construit ;
  • Le libéralisme politique achoppe sur la question du bien commun et il s’exonère de résoudre le problème « en passant le mistigri » à la sphère économique qui ne parlera que d’intérêts ;
  • Le libéralisme aboutissant aux concentrations de multinationales parvient à tuer la liberté d’entreprendre.
  • Une société fondée sur anthropologie chrétienne où l’homme exerce sa liberté en responsabilité vis à vis du bien commun est nécessairement plus complexe, moins stable qu’une société basée sur anthropologie normative et régulant les moindres détails.

« Je voudrais retrouver comme un enlacement de douces dépendances », Michel Houellebecq cité de mémoire. Accepter nos limites ne serait-elle finalement que la seule utilisation de notre liberté qui puisse nous rendre heureux …

Pour la dernière intervention de la journée, Serge Papin, PDG de Système U et patron chrétien était interrogé. Dans sa pratique du management, il prône une éthique et une bienveillance et souligne que le rapport de force ne fonctionne plus. La confiance donnée induit une plus grande responsabilité et permet l’épanouissement du salarié. Les écarts de plus en plus choquants entre le sommet et la base porte en germe une révolte. Il faudra résoudre ce problème par plus de partage et plus de régulation.

Rémy Mahoudeaux

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