Une école pour apprendre à prêcher

Une école pour apprendre à prêcher
14 novembre 2018 Dorothée Paliard

Une école pour apprendre à prêcher

Séminaire de la Castille

« Donner ton trésor et demeurer en Lui », entend-on scander. Derrière cette porte en bois, un cours d’interprétation et d’incarnation animé par deux frères, l’un catholique, l’autre protestant. Ils dispensent une formation au séminaire de la Castille, dans le cadre de l’école de prédication. Depuis 2014, elle ouvre ses portes six jours par an aux séminaristes de second cycle et aux diacres du diocèse de Fréjus-Toulon. Chacun d’entre eux s’entraînera, pendant trois années consécutives, à prêcher durant une semaine.

« Si ta pensée est dans ton corps tes gestes seront plus vivants et plus dessinés », conseille Vianney Ledieu, 33 ans, comédien-chanteur et théologien. Il se lève, saisit un pupitre. Son frère, Augustin, comédien-chanteur aussi, lui vient en aide. Ils dévissent la tige qui joint le pied et la tête de l’objet. Le séminariste qui s’entraînait alors à donner plus de corps à son propos est sommé de (tenter de) briser cette branche en métal au moment où il lance une expression de son homélie : « couper court ». « Rassemble ton énergie pour plier ce bâton en deux », mime Vianney. Exécution. « Maintenant, tu vas reprendre sans ce morceau de pupitre et tu vas essayer de convoquer la même sensation en toi », reprend le professeur. Silence. Le séminariste se recentre, comme ils disent. 10, 20, 30, 40 secondes, une minute même. On entendrait presque le frottement des ailes des oiseaux si la pluie ne cessait d’arroser les vignes qui encerclent le séminaire. Le futur prêtre démarre puis termine sa prédication. « C’est très bien mais tu peux aller encore plus loin et plus profond. A tous, vous devez parvenir à rester, pendant votre prédication, centrés intérieurement », insiste Vianney en désignant le thorax.

« Il n’y aura pas de nouvelle évangélisation sans un authentique renouveau de la prédication » Père Stéphen

Au suivant. Dans ce cours ils sont trois. « C’est assez intime ce qui se passe ici. Nous ne pouvons pas être trop nombreux », chuchote Augustin.  » Incarner sa pensée pour la prédication, c’est livrer quelque chose d’intime. C’est avec tout mon être que je dois parler », confie un des participants de la séance.

« Cette formation porte des fruits au-delà de la prédication. Elle exige un travail sur soi », assurent Axelle Brugerolles et le père Gabriel Dabezies qui dispensent eux aussi, des cours. Huit formateurs interviennent dans cette école de prédication : prêtres, consacrées, et laïcs travaillant dans le domaine des arts et de l’enseignement. A l’origine de cette formation : une prise de conscience du père Stéphen, curé de La Farlède-Solliès-Ville : « Prêcher n’est pas inné et bien prêcher est fondamental parce que, comme le dit saint Paul, « la foi naît de ce qu’on entend ; et ce qu’on entend c’est l’annonce de la parole du Christ. » (Rm 10, 17) Les Pères de l’Eglise, qui avaient une très vive conscience de cela, n’ont jamais négligé la prédication. Il n’y aura pas de nouvelle évangélisation sans un authentique renouveau de la prédication. Jésus se sert de la prédication pour entrer dans les cœurs ; c’est une folie, mais c’est sa folie à lui, et c’est encore saint Paul qui le dit ».


A la fin de la formation, théologie et spiritualité de la prédication, production vocale, gestion du corps, argumentation, structure et style du discours, prise de conscience des mentalités contemporaines sont des compétences qui doivent être acquises.

A 12 heures c’est la messe. Martial, diacre et étudiant à l’école de prédication, prêche : « La croix est le lieu de l’amour du Christ…. ». Papier et stylos en main, les professeurs notent. L’évaluation a commencé.

Marie Théobald

Pour soutenir l’école, cliquez ici 

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux