Trouble dans le genre

Trouble dans le genre
20 février 2014 webmaster

Trouble dans le genre

Par le Père Louis-Marie Guitton.

Et si nous en restions au lumineux plan de Dieu sur la famille ?

La rencontre nationale des DDPF (délégués diocésains à la pastorale des familles) a lieu cette année le 19 mars, jour de la fête de saint Joseph. Jusque là rien que de très normal : placer cette journée sous le signe du chef de la Sainte Famille est une excellente idée. Se retrouver et faire le point après une année très chargée en actualité familiale et en perspective de deux Synodes consacrés aux questions d’évangélisation de la famille, c’est même indispensable. En revanche, le programme proposé réserve quelques surprises. Y figure en bonne place la philosophe Fabienne Brugère, qui doit intervenir sur « la dimension sociale du soin de l’autre ». On ne peut imaginer qu’elle ait pu être invitée dans ce cadre, sans connaître les positions pour le moins radicales qu’elle défend.

Cette proche de Martine Aubry est en effet une spécialiste du care. Elle a développé une éthique de la sollicitude et prêche pour une nouvelle politique de l’individu. Il est évidemment toujours possible, voire souhaitable, de susciter des débats contradictoires où l’on peut découvrir et approfondir les positions adverses. Mais la rencontre annuelle des DDPF est-elle le lieu adapté pour subir l’exposé de celle qui revendique son « féminisme ordinaire », dans la lignée de celui de Carol Gilligan et de Judith Butler, selon elle « la grande philosophe du XXI° siècle », mais surtout chef de file des gender studies ? En effet, sa philosophie de la sollicitude s’inscrit et s’indexe, d’après elle, sur ce discours des gender studies. « Dans le système de domination masculine qui postule une complémentarité des genres, les sexes sont assignés à des tâches et à des places inchangeables. » Il est vrai qu’on ne peut pas lui reprocher de nier l’existence de théories liées au gender.

Fabienne Brugère est une grande admiratrice de Christiane Taubira, dont elle loue le courage et la hardiesse, défile volontiers avec Oser le féminisme… Mais pourquoi diable l’avoir invitée ? Avons-nous vraiment besoin d’écouter cette ardente « défenseure » du droit à l’avortement et chantre de la déconstruction… puisqu’il faut bien « sortir du marquage sexué de la sollicitude »? Devons-nous l’entendre nous expliquer qu’il est urgent pour les femmes de sortir de l’aliénation du maternage ? Doit-elle nous apprendre comment se bâtit une nouvelle éthique féministe, libérée des présupposés hérités du christianisme ? Mais n’avons-nous pas eu assez de débats douloureux cette année ? L’urgence n’est-elle pas l’annonce à frais nouveau de l’Évangile de la Famille ?

Une feuille de route a pourtant été récemment été donnée par le Pape : « Nous chercherons à approfondir la théologie de la famille et la pastorale que nous devons mettre en œuvre dans les conditions actuelles… Il nous est demandé de mettre en évidence le lumineux plan de Dieu sur la famille et d’aider les conjoints à le vivre avec joie dans leur existence. » Construire plutôt que déconstruire, éclairer le chemin des familles et affermir les époux dans leur vocation plutôt qu’entrer dans le trouble du genre !

Alors que la famille est malmenée et qu’elle fait l’objet d’attaques particulièrement violentes, n’aurions-nous pas plus besoin de nous enrichir mutuellement sur nos expériences d’évangélisation de la famille ou d’approfondir ensemble le message lumineux de l’Église sur ce thème ? Fabienne Brugère prépare les armes idéologiques qui servent à combattre l’anthropologie chrétienne ; elle n’a sans doute pas sa place dans une journée de formation sur la famille… Nos évêques de France se sont engagés généreusement cette année dans la défense de ce patrimoine commun et précieux de la famille. A l’heure où le Pape François se dit favorable à l’exercice d’une vraie subsidiarité dans l’Église, il est à craindre que les vieux démons du gallicanisme ne soient pas tout à fait morts. Les « services ou commissions », fussent-elles nationales, ne sont pas « l’Église de France ». Quand nous mettrons-nous à travailler sur les vraies questions plutôt que de nous mettre à la remorque d’idéologies qui ont déjà montré leurs limites et leur nocivité ? Prions intensément l’Esprit Saint, comme le demande le Pape François aux familles, pour qu’en acceptant de sortir résolument de nos singularismes français, nous nous mettions à l’écoute de Pierre et de la tradition vivante de l’Église, biblique, patristique et magistérielle !

 

Photo : Pastorale Familiale du diocèse de Namur

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