Travail dominical : perdre sa vie à la gagner (1)

Travail dominical : perdre sa vie à la gagner (1)
26 février 2015 OSP

Travail dominical : perdre sa vie à la gagner (1)

Le gouvernement Valls a donc fait adopter la loi Macron, qui, entre autres choses, élargi le champ d’application du travail dominical. Il a pour cela recouru à l’article 49-3 de la constitution, qui permet de faire passer un texte sans vote à l’Assemblée.

S’il avait choisi la voie législative classique, M. Valls aurait pourtant eu le soutien de plusieurs députés de droite, tant ces réformes libérales sont dans la continuité de celles initiées par M. Sarkozy. Par exemple, le député UMP Hervé Mariton a expliqué avec une certaine cohérence que les parlementaires de son camp seraient bien malvenus de voter contre des textes presque identiques à ceux qu’ils préparent pour 2017, dans l’éventualité de leur retour au gouvernement.

Les gouvernements qui se succèdent au pouvoir, droite ou gauche, s’appliquent donc avec constance à démanteler une législation datant du siècle précédent.

À l’époque de la révolution industrielle, en effet, les entrepreneurs favorable au libéralisme économique sont à l’origine de l’essor du travail dominical, en particulier pour le monde ouvrier. En 1880, la IIIe République supprime le repos dominical. Pour les républicains, en effet, le dimanche chômé est un héritage du catholicisme et de la monarchie. Désormais, l’entrepreneur a la liberté de décider des jours de repos pour ses employés. En 1906, suite à la catastrophe de la mine de Courrières, où 1100 mineurs sont tués lors d’un monumental coup de grisou, grèves et incidents, parfois sanglants, se multiplient. Sous pression de la rue, pour calmer la colère des mineurs et appaiser les relations avec l’Église, les députés votent une législation qui restaure le repos dominical. Elle continue de s’appliquer aujourd’hui, avec des dérogations de plus en plus nombreuses.

L’un des principaux arguments pour dérèglementer le travail dominical est celui de la consommation. Pour relancer l’économie, il faut soutenir la consommation et donc permettre aux grandes enseignes d’ouvrir leurs portes le dimanche. La question du travail dominical en amène donc une autre. Quel sens peut avoir le loisir dans une société où le travail comme la consommation font l’objet d’un culte absolu ?

Luc Richard

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