Transhumanisme et contrôle de la reproduction

Transhumanisme et contrôle de la reproduction
6 décembre 2014 OSP

Transhumanisme et contrôle de la reproduction

Par Pierre-Olivier Arduin

 

La procréation sera-t-elle dans un proche avenir entièrement dominée par la technique ? Aux Etats-Unis, les géants de l’informatique Apple et Facebook viennent d’annoncer qu’ils prendraient désormais en charge à hauteur de vingt mille dollars l’autoconservation des ovocytes de leurs salariées. Microsoft le faisait déjà depuis plusieurs mois tandis que Google suivra l’année prochaine. La mesure consiste à offrir la possibilité à de jeunes femmes prometteuses de se consacrer entièrement à leur ascension professionnelle en leur permettant de se faire prélever et congeler des ovocytes quand leur fertilité est maximale (par une technique récente de congélation ultrarapide ou vitrification) pour les récupérer après la quarantaine et les féconder in vitro avant réimplantation des embryons obtenus. La nouvelle a fait le tour du monde, saluée bruyamment comme un progrès en faveur de la parité homme-femme. Il s’agit en fait d’une mesure incroyablement cynique de la part d’entreprises qui n’ont pas envie de payer pour remplacer des femmes talentueuses interrompant leur travail pour donner naissance à un enfant. Les intérêts de l’entreprise doivent primer ; par conséquent la fertilité féminine est réduite à une variable d’ajustement managérial tandis que l’enfant est présenté comme un obstacle à l’épanouissement professionnel. A terme les employées récalcitrantes qui ne « profiteraient » pas de ce nouveau contrat de travail seront-elles écartées ? Quant à celles qui y souscriraient, les DRH seront-ils amenés à vérifier l’efficacité de leur couverture contraceptive pour être certains qu’elles ne tomberont pas enceintes de manière naturelle au « mauvais moment » ?

Au-delà de cet asservissement évident des femmes, on peut lire dans cette mesure le début d’un contrôle de la procréation humaine. En France, la loi de bioéthique votée par la droite en 2011 a largement préparé le terrain à cette évolution en légalisant la vitrification et autorisant de jeunes femmes qui donneraient leurs ovules en faveur de tiers à en conserver une partie pour leur convenance personnelle. S’engouffrant dans la brèche, le très honorable Collège national des gynécologues et obstétriciens réclame à son tour la légalisation de l’« autoconservation sociétale des ovocytes » pour toutes les Françaises. Que sur ce sujet les prises de position d’une société médicale et des entreprises informatiques les plus en vue sur le marché coïncident à ce point montrent que la reproduction artificielle s’est fortement banalisée dans les esprits et pourrait devenir un jour le mode principal de procréation.

La Silicon Valley californienne est aujourd’hui l’épicentre de cette révolution. Et dans ce domaine, malgré les effets d’annonce d’Apple ou Facebook, c’est bien Google qui mène l’offensive. Le célèbre moteur de recherche est en effet l’un des fers de lance du transhumanisme, cette idéologie qui promet de transformer la nature humaine grâce à la technologie et repousser les limites biologiques de l’homme en augmentant ses capacités par tous les moyens à sa disposition (regroupés sous le nom de code NBIC pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). Outre les études sur l’intelligence artificielle, un des axes de recherche privilégiés par Google dans une stratégie qui reste en grande partie secrète, est la mise au point d’un contrôle scientifique de la « reproduction du genre humain » permettant de produire à l’avenir des êtres moins défectueux qu’aujourd’hui[1]. Google a ainsi créé 23andMe, une société qui travaille sur la sélection génétique des cellules sexuelles humaines grâce à des calculs complexes réalisés par ordinateur. Autres filiales appartenant au géant du web, la société Calico (California Life Company) dont l’ambition est de combattre le vieillissement et augmenter de plusieurs décennies l’espérance de vie de la prochaine génération ainsi que le laboratoire ultra-moderne Google X Life Science dont l’objectif est de créer une gigantesque base de données sur l’ADN afin de déterminer le programme génétique type de l’être humain en bonne santé doté des capacités intellectuelles les plus intéressantes. La collecte des informations a déjà débuté, le co-fondateur de Google, Larry Page ayant annoncé il y a quelques semaines le recrutement d’une centaine de chercheurs à très haute valeur ajoutée pour un investissement de quatre milliards de dollars. Pour Laurent Alexandre, expert en technologies du futur et fin connaisseur du mouvement transhumaniste, une des étapes suivantes sera la sélection embryonnaire en fonction des séquences d’ADN identifiées, les fécondations in vitro étant appelées à devenir inéluctablement le mode normalisé de fabrication de la vie humaine. La cryoconservation des ovules et la procréation artificielle représentent ainsi pour ces technofirmes un terrain d’application majeur de leurs recherches, montrant une connivence évidente au sein du high-tech californien. « Pour moi, ajoute Laurent Alexandre, la percée de l’idéologie transhumaniste est la chose la plus fulgurante actuellement sur le plan politique : on va vers un clivage entre transhumanistes et bioconservateurs alors même que 99% des Français ne savent même pas ce qu’est le transhumanisme [2]».

 

[1] Bertrand Vergely, « Ovocytes congelés par Apple et Facebook : bienvenue dans le meilleur des mondes », Figarovox, 15 octobre 2014.

[2] Laurent Alexandre, « La congélation d’ovocytes est un pas de plus vers la sélection des embryons », Les Echos, 16 octobre 2014 et « La stratégie secrète de Google apparaît », JDD, 9 février 2014.

  • Vergeron

    Bravo …. mais NE PEUT ON PAS PARLER DES SUCCÈS BIOGÉNÉTIQUES EN MATIÈRE DE CLONAGE HUMAIN ? Exemple entre 1000 : http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/premiere-creation-de-cellules-souches-embryonnaires-humaines-par-clonage_1249139.html……………………………………….. Le plus grand danger ( et pas seulement menace – à venir- comme pour le transhumanisme ) est DE NE PAS EN PARLER Et quand donc parlera t on du clonage humain qui est pratiqué ( succès parus dans la presse scientifique et biogénétique) et libéralisé ( totalement en France en 2013 )Il n’est pas une menace il est Le Danger le plus inédit que notre histoire ait connue , ainsi que son Camouflage exceptionnel et réussi . Son PLUS grand DANGER ne pas en parler …… le fichier pdf ( lien ci après ) donne acces à un bilan des explications déposés par articles successifs , avec de nombreux liens en sus :
    Fichier Alerte 20 , réalisé au 1er trimestre 2013 , avant le vote de juillet 2013 qui consacrera que les, maternités PMA sont libres d’accès a ce mode de procréation dans la mesure ou il est autorisé . Comme l’Institut Nazareth l’a décrypté publiquement de nombreuses failles existaient dejà en 2004 (la condamnation de conception d’embryon cloné pour le thérapeutique est très ambiguë et faisait déjà l’objet d’une dérogation pour 5 ans ) , failles qui se sont amplifiées en 2011 -révision de la Loi Bioéthique qui sort de la définition du clonage humain et de son interdiction pénale , ceux réalisés à partir d’embryons non nés et sans projet parental – … et dans le vote de juillet 2013 c’est complètement permis dès lors qu’en « matière première  » la PMA peut utiliser librement et sans controle des embryons humains ,Voici le fichier Alerte 20 ou du moins son lien sur le web
    http://catholiquedu.free.fr/2013/Alerte20.pdf

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