Tous Politique : pour tout l’homme et tous les hommes.

Tous Politique : pour tout l’homme et tous les hommes.
12 juin 2018 Dorothée Paliard

Tous Politique : pour tout l’homme et tous les hommes.

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, donnait la dernière conférence de l’année du cycle « Responsabilité politique de la Foi » à l’Espace Bernanos de la paroisse Saint Louis d’Antin.

Tugdual Derville s’assume comme un homme politique sans mandat, quelqu’un qui n’a pas franchi ce pas. Il dresse un portrait sans concession de la passion politique française où nous montrons trop d’attentes, trop de fascination, puis trop de mépris. Nous sommes déresponsabilisés par cette attente fréquente de l’homme providentiel qui nous fait adorer puis brûler d’éphémères idoles. Il est vrai que ceux qui briguent et obtiennent des mandats s’abandonnent souvent au relativisme, pratiquent le double-langage, adoptent des postures en fonctions d’intérêts du moment, jonglent avec les antagonismes. L’impasse devient évidente, le rapport de force se substitue au rapport de conviction qui devrait prévaloir.

Mais ces hommes politiques sont confrontés au réel dans l’exercice de leurs responsabilités. Cela leur impose une souplesse et un pragmatisme dicté par les circonstances. Ils peuvent au quotidien aimer les gens qu’ils administrent. Et ils sont entrés en politique parce qu’ils ont eu des convictions, même si le réel les a parfois conduit à les ranger sous le boisseau.

Et nous, sommes-nous, à notre échelle, les praticiens d’une irréprochable gouvernance dans nos familles, dans nos entreprises, dans nos vies associatives, partout où nous exerçons la moindre responsabilité ? Ne profitons-nous pas, parfois, de systèmes de pouvoir malsains ? Sommes-nous toujours animés par la quête de la justice ?

Alliance Vita préconise d’agir dans la rencontre. Avec ceux qui souffrent pour tenter de les soulager, et avec les décideurs. Le sujet de la vie et de la mort (qu’il s’agisse d’un avortement ou d’une fin de vie, dans la vieillesse ou la maladie) est devenu tabou dans notre monde, il mérite mieux que des silences ou des slogans réducteurs et trop simplistes. Il faut affronter le réel dans toute sa complexité et former des artisans de vie, qui soient des experts, des militants et des témoins. Une démocratie [authentique] fait monter les compétences des citoyens.

Les enjeux d’aujourd’hui sont de nature anthropologique. Qui est l’homme est une question majeure à laquelle nous sommes confrontés, face aux tentations transhumanistes d’échapper à notre corps, au temps et à la mort. Il nous faut préserver ces frontières entre l’homme et l’animal, entre l’homme et le robot. En clair respecter la dignité de « tout l’homme et de tous les hommes1 » (Cette formule du Bienheureux Paul VI est une boussole). Cela nous impose de n’exclure personne de notre devoir de solidarité.

Tugdual Derville prend l’image du mycélium pour parler de la résilience et de l’action politique du chrétien dans le monde : créer des oasis de vie dans vérité sans chercher de confrontation directe et brutale avec le pouvoir dominant, en tentant de vivre à hauteur d’homme, en subsidiarité. Puis relier ces oasis entre elles à la façon des champignons qui ne sont que la manifestation visible de ce réseau souterrain du mycélium, afin d’échanger et d’enrichir leurs prophétismes respectifs. Enfin investir tous les lieux sclérosés pour y cultiver la vie dans la vérité. Mais est-ce seulement de la résilience ?

Merci à Tugdual Derville pour cette conférence d’une grande densité, merci à Philippe de Saint-Germain pour l’organisation de ce passionnant cycle de conférences, et merci au Père Xavier Lefebvre, Curé de Saint Louis d’Antin et notre hôte. Espérons qu’un nouveau cycle sera programmé l’an prochain !

Rémy Mahoudeaux

1Populorum progressio, 1967-03-26, §42

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