Top model

Top model
9 mars 2018 Dorothée Paliard

Top model

« Les héros sont des alibis, mais les saints sont des modèles »
Gilbert Cesbron

En lisant le carnet du jour de mon inénarrable journal local, j’oscille souvent entre rires et larmes en découvrant les prénoms des nouveaux nés de la semaine, visiblement choisis dans le générique de GOT ou lors du dernier casting de The Voice. Me vient alors spontanément ma bonne et habituelle réflexion de vieux rouillé : « ha bha bonjour les modèles ! Gros païens apatrides, les voilà leurs héros ! Voilà ce qu’il se passe quand on bute les rois et qu’on brise les statues des saints ! Ils se battaient pour la France et vivaient en visant le Ciel et les voici qui projettent leurs enfants dans les Anges de la Télé-réalité et souhaitent qu’il gagne Koh Lanta ! Pauvre France… etc…»

Bref, un bon énervement de canapé pour ma part, toujours efficace et utile, au moins pour relancer mes aigreurs.

Histoire de prendre un peu de recul et d’adoucir mon œsophage, l’angle sociologique m’est apparu bénéfique. En effet, le fait de baptiser (!) ses enfants de prénoms de stars du moment ou de héros de cinéma démontre que, quoi qu’on en dise, l’humanité a besoin de modèles, de référents qui lui semblent supérieur en qualité. Si on supprimait la télé (sisi, ça viendra – mais sûrement après la guerre, enfin ne dévions pas), sûr que de nouveaux modèles émergeraient et avec, de nouveaux prénoms.

La situation étant ce qu’elle est, que faire ?

Une première option, tout droit sortie de mon canapé acide, consisterait à prendre les parents entre 6 yeux et à tenter de leur mettre en face des trous la profondeur abyssale de leur crétinerie. Au moins ça défoulerait. Mais bon, on l’élimine car, après tout, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne pour répondre au besoin viscéral d’être tiré vers le haut. Alors deux autres possibilités me viennent :

Deuxième option : au lieu de lutter contre les modèles qu’ils se sont choisis ou qu’on leur a attribué, il peut être astucieux de souligner dans ces modèles ce qui relève de la véritable vertu et engager alors l’enfant à suivre cette partie de la vie de son saint patron. Je vous accorde qu’il peut être difficile de trouver la vertu mise en œuvre par certains mais challenge accepted !

Troisième option : présenter des modèles qui en soit vraiment. Le genre héroïque, généreux, combatif, bon, intelligent, altruiste ou pire : catholique. On peut présenter les saints. Ça peut le faire. Faudra juste leur mettre pas mal de rouge à lèvres pour attirer l’attention des accrocs d’Instagram.

Sinon j’ai pensé à vous. Ça met un peu la pression mais dans la bonne direction. Allons-y franchement et jusqu’au bout : à combien d’enfants donnera-t- on votre prénom en espérant qu’ils deviennent ce que vous êtes devenu ?

La Mouche du Coche

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux