Une soufflante de l’esprit saint

Une soufflante de l’esprit saint
18 mai 2016 Dorothée Paliard

Une soufflante de l’esprit saint


Par  Mahoudeaux.

Certaines admonestations (qui peuvent être aussi des corrections fraternelles) sont intelligentes et d’une forme sympathique. La Conférence des Évêques de France, avec sa vidéo pour la promotion de la Miséricorde sur internet, a trouvé le ton juste (l’humour) sans altérer l’exigence, la précision et la pertinence du message. Il faut que le catholique montre le plus possible de miséricorde dans son discours sur les réseaux sociaux.

Ne nous y trompons pas : l’univers virtuel des facebook, twitter et autres est certes une terre de mission à évangéliser. C’est aussi un champ de bataille et des vraies guerres s’y livrent. Des guerres politiques et des guerres culturelles principalement. Des guerres où s’affrontent de vrais combattants dont le seul objectif est la victoire. Le chrétien devrait s’y distinguer par son refus d’employer tous les moyens pour y livrer bataille.

Prendre publiquement position, c’est s’exposer aux assauts de trolls, ces créatures qui polluent l’internet en y cherchant à grand coups de provocations une castagne virtuelle où tous les horions sont généralement possibles sinon permis. C’est aussi troller soi même parfois, pas toujours en défense d’une agression, et se livrer à la critique qui peut aller jusqu’à l’invective brutale, au procès d’intention, à l’amalgame, à la diffamation, à la menace.

La démocratie suppose l’existence de l’agora, le goût du débat, le respect de l’autre, de son opinion et de sa parole et surtout le respect de la décision qui découle du meilleurs consensus. L’agora existe indubitablement et elle est fantastique : elle démultiplie à l’infini la possibilité de débattre : commentaires des articles, forums en tout genre, réseaux sociaux, etc. Supposer de ceux qui interviennent sur internet qu’ils ont le goût du débat est logique, même s’il est aussi possible d’envisager que l’addiction puisse primer sur le goût au bout d’un certain temps, où que certains s’estiment devoir intervenir, mais le font à contre-cœur. Pour le respect, c’est plus compliqué.

Abordons d’abord le respect des personnes, parce que derrière des écrans, des pseudos, des avatars, il y a des hommes et des femmes. Si je ne suis pas capable de reconnaître dans le troll qui s’oppose à moi un des visages du Christ, alors qu’au moins je me souvienne de ce qu’il est infiniment, éperdument, gratuitement aimé par Dieu, sans considération aucune pour ses mérites ou ses péchés, ni plus ni moins que le plus saint des hommes ou que le pire des criminels. Tout comme moi, en fait. Comment dès lors lui manquer de respect si j’en suis conscient ?

Poursuivons avec le respect des opinions et de leur expression. Respecter ne veut surtout pas dire souscrire, acquiescer, abdiquer par principe, déjà parce que certaines opinions sont de telles transgressions qu’elles sont intrinsèquement, objectivement mauvaises et parfois même illégales. Pour que le débat puisse se tenir, il faut que les idées et les arguments puissent être exprimés, puis critiqués voire réfutés par la partie qui les reçoit, l’objectif étant de le convaincre par la justesse des arguments et des raisonnements. Cela passe bien sûr par l’observation objective des faits, la maîtrise du langage et de la logique, et que ces outils soient utilisés de part et d’autre de bonne foi. La chausse trappe la plus courante consiste à repérer chez l’adversaire la trace de sa mauvaise foi (fût-elle insignifiante) pour justifier d’y succomber soi-même, en s’auto-absolvant rapidement d’un « c’est le troll qui a commencé ». Les croyances de l’autre, ou sa décision de (prétendre ?) ne pas en avoir, doivent aussi être respectée, même si la conversion doit être un but. Enfin, l’opinion comme quoi la démocratie n’est pas le bon cadre de décision politique est et doit rester licite : un état qui se prémunirait contre l’accession au pouvoir par une voie démocratique de personnes dubitatives ou hostiles à la démocratie cesserait de facto d’être un état démocratique.

Passons au respect de la vérité, « qu’est-ce que c’est vérité » demande Pilate à Jésus. Nous, nous savons que c’est Jésus lui même, et qu’Il nous l’a dit : « je suis la route et la vérité et la vie ». Mais notre qualité de chrétien ne nous donne aucun monopole sur elle. Nous pouvons nous tromper, l’autre peut avoir raison. Parce que nous sommes faillibles et conscient de l’être, nous devons plus que tous les autres la chercher avec humilité, et douter de jamais la maîtriser en entier, ce qui serait par ailleurs de l’orgueil. Cependant, et c’est essentiel, cette éloge de Pilate et du doute ne doit pas faire de nous des chantres du relativisme. Et chaque fois que nous croisons le mensonge, nous devons le dé-mentir, surtout quand il est à l’œuvre chez ceux qui devraient être les serviteurs les plus zélés de la vérité : chrétiens, journalistes, juges, policiers …

Confiteor. Il m’arrive d’être un troll qui peut amalgamer, ridiculiser, invectiver et in fine manquer à la charité. Se borner à la seule critique des faits et des idées est un idéal, et les occasions de dérapage existent pour un esprit polémique et engagé. Alors nonobstant le sourire que procure cette vidéo, j’accuse réception de la soufflante en bonne et due forme. En ce week-end de Pentecôte où je rédige ce billet, que mes frères trolls catholiques et moi nous ouvrions à l’Esprit-Saint ; usons de ses dons plutôt que de les laisser sous le boisseau : l’internet a besoin de discernement et de miséricorde : Mehr Licht !

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