Sortir de l’économie. Quelques ennemis du meilleur des mondes

Sortir de l’économie. Quelques ennemis du meilleur des mondes
15 janvier 2014 webmaster

Sortir de l’économie. Quelques ennemis du meilleur des mondes

Par Falk van Gaver.

Les éditions Le Pas de Côté publient une sélection revue et corrigée des meilleurs articles de la revue Sortir de l’économie, créée en 2007 [1].

Inspiré aussi bien des marxistes hétérodoxes de la « critique de la valeur » (Robert Kurz, Moishe Postone) et des « nouveaux anthropologues » anti-utilitaristes (Pierre Clastres, Marshall Sahlins) que des « personnalistes gascons » critiques de la technique et de l’État (Jacques Ellul, Bernard Charbonneau), proche des courants anti-industriels et décroissants, le projet de cette revue est de dénaturaliser l’économie. C’est-à-dire, montrer que l’économie n’est pas une donnée naturelle, comme voudraient nous le faire croire la plupart des économistes, mais une construction historique, une vision du monde déterminée et traduite dans l’espace comme dans le temps. Bref, au sens large et premier, une idéologie.

Ainsi, la « réalité économique » n’est pas «  une sphère naturelle et trans-historique qui serait propre à toutes les sociétés humaines et à l’activité humaine en tant que telle », mais « ce n’est qu’avec la naissance du capitalisme à partir des 15e-16e siècles que l’on peut dire qu’il y a constitution, sous le nom d’ « économie », d’un ensemble d’activités sociales spécifiques (production, distribution, échanges, consommation) qui vont structurer la reproduction des rapports sociaux comme simples rapports économiques ».

Au contraire de son étymologie qui désigne la sphère d’activité domestique (oïkos), le déploiement de l‘économie comme idéologie sociale se traduit par celui de la sphère marchande qui colonise à la fois l’existence et le monde, jusqu’à devenir l’ « économie-monde » contemporaine où tout rapport social est subordonné à l’échange marchand. Concrètement, comme le décrivait en 1973 Bernard Charbonneau pour son Béarn natal dans Tristes campagnes, récemment réédité [2], le monde de l’économie a avalé celui de l’autonomie, et « sortir de l’économie » signifie avant tout reconquérir notre autonomie.

L’autonomie, c’est justement ce qui caractérise, selon une belle anthologie « vélocipédique » [3] et la réédition d’un roman « cycliste » oublié de Maurice Leblanc, le père d’Arsène Lupin [4], la bicyclette, la « petite reine », un des rares véritables progrès du XIXe siècle que concédait Gandhi, avec la machine à coudre Singer à pédale, animée comme le vélocipède par la seule énergie humaine.

Comme quoi le vélo, c’est beaucoup plus que le Vélib’…
[1] Sortir de l’économie, Le Pas de Côté, 2013, 222 p., 12€
[2] Bernard Charbonneau, Tristes campagnes, Le Pas de Côté, 2013, 246 p., 15€
[3] Les bienfaits de la vélocipédie, Le Pas de Côté, 2013, 254 p., 16€
[4] Maurice Leblanc, Voici des ailes, Le Pas de Côté, 93 p., 7€

« Sortir de l’économie », Éditions Le pas de côté, 12 euros, cf. site web

sortirdeleconomie.org

 

Photo : jacquette du livre « Sortir de l’économie »

 

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