Si on insulte ma mère, attention au coup de poing !

Si on insulte ma mère, attention au coup de poing !
19 janvier 2015 OSP

Si on insulte ma mère, attention au coup de poing !

Par Frédéric Nissac

« La liberté d’expression ne donne pas le droit d’insulter la foi d’autrui. » Le Pape François s’est ainsi exprimé le 15 janvier, lors d’une conférence de presse dans l’avion qui le conduisait de Colombo à Manille aux Philippines. Il répondait à une question d’un journaliste sur Charlie Hebdo.

De son côté, la Conférence des évêques de France a déclaré que « la liberté de la presse, quelle que soit cette presse, reste un des signes d’une société solide, ouverte au débat démocratique, capable de ménager une place digne à chaque personne dans le respect de ses origines, de sa religion, de ses différences. […] Le temps viendra où nous devrons avoir le courage de nous interroger pour savoir comment la France a pu voir croître en son sein de tels foyers de haine. »

Telle est en effet la question qui se pose aujourd’hui. Il faut, pour cela, repartir des manifestations de dimanche 11 janvier. Alors que les médias célébraient « l’unité nationale » dans la « diversité » et appelaient les foules à descendre dans la rue, certains observateurs ont constaté que seule une partie du peuple avait foulé les pavés. Frédéric Lordon, par exemple, sur son excellent blog, constatait que « le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain [c’est-à-dire] la bourgeoisie éduquée. » L’envoyé du Monde à Lyon terminait son papier en déplorant brièvement que les « banlieues » n’aient pas été plus présentes. Nous-même avons constaté la même chose lors de la manifestation de Toulon. Pour faire bref, globalement, les musulmans sont restés chez eux.

Mais comment s’en étonner ? Aurait-il pu en être autrement, à partir du moment où les foules étaient mobilisées sous le slogan « Je suis Charlie » ? Comment demander aux musulmans de France de s’identifier à un journal qui prend régulièrement pour cible Mahomet, et parfois les musulmans eux même. Prenons par exemple la Une de Charlie le 8 février 2006, qui représente Mahomet s’exclamant « C’est dur d’être aimé par des cons ! » Avec en surtitre « Mahomet débordé par les intégristes ». Certes, les intégristes musulmans sont désignés dans le surtitre. Mais il est facile d’admettre que de nombreux musulmans, qui ne se réduisent pas aux « intégristes », se soient senti insultés par ce dessin, et par bien d’autres.

N’oublions pas que l’insulte ne peut manquer de susciter la haine, et que l’un comme l’autre ferment toute possibilité de dialogue ou d’apaisement. Il ne s’agit pas ici de dire, comme certains internautes, qu’ils « l’ont bien cherché ». Tuer au nom de Dieu reste une aberration, selon les mots du pape. Mais comme ce dernier le disait encore jeudi dernier, « si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal ». Certains de nos frères humains athées militants feraient bien de ne pas oublier que ce sentiment existe chez chacun d’entre nous, et que s’ils ont légitimement le droit de combattre les croyants, ils ne pourront pas toujours les insulter impunément. En tant que chrétiens, nous ne pouvons que le déplorer.

 

 

 

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