Se libérer du libéralisme?

Se libérer du libéralisme?
20 octobre 2014 webmaster
Mains enchaînées

Se libérer du libéralisme?

Enquête en partenariat avec La Nef

EDITORIAL : Source : La Nef N°263 OCTOBRE 2014

Par Christophe Geffroy

« Depuis la crise financière de 2008, crise qui a permis de mieux mettre en lumière à la fois la financiarisation de l’économie et l’abandon du politique face à des marchés financiers surpuissants guère contrôlés, la question de la perversité du libéralisme, dans le contexte de la mondialisation, est de plus en plus souvent posée. Question complexe, car le mot recouvre différentes acceptions : il est habituel de distinguer parmi les libéralismes, le politique (la démocratie libérale issue de Tocqueville), l’économique (le libre marché autorégulé par la « main invisible » d’Adam Smith), voire le philosophique (à chacun sa vérité, maxime de nos modernes relativistes). Et à l’intérieur de ces catégories, l’homogénéité est loin d’être la règle, les divergences pouvant être notables et variées – entre les libéraux nationaux et les libéraux mondialistes, par exemple.

Bref, c’est précisément parce que nous avons affaire à une réalité ambivalente complexe, qu’il nous a paru nécessaire d’engager une vaste enquête pour recueillir les analyses argumentées d’un nombre significatif de penseurs concernés par cette réflexion. Ainsi démarre ce mois-ci notre série « Se libérer du libéralisme ? » avec le premier article de Falk van Gaver qui pose les jalons de notre consultation. C’est en effet l’ami Falk qui a eu l’idée de cette série et c’est lui qui en est le principal maître d’œuvre, il était donc normal que cet honneur lui revînt. Cette enquête est menée en partenariat avec l’Observatoire socio-politique (OSP) du diocèse de Fréjus-Toulon, sous la responsabilité du Père Louis-Marie Guitton, et nous tenons à le remercier ici pour cette fructueuse et originale collaboration. Une quarantaine de personnalités ont été contactées, principalement des chrétiens ayant sur le libéralisme des analyses très différentes, allant de la critique la plus radicale au soutien le plus inconditionnel. Nous publierons chaque mois dans La Nef un ou plusieurs textes, et ce durant une année entière ; nous ne pourrons cependant pas passer tous les articles reçus, mais ceux-ci seront systématiquement mis en ligne progressivement sur le site de l’OSP (1) et le blog de La Nef (2). Nous espérons, à l’issue de cette série, publier un ouvrage reprenant au moins la partie la plus substantielle de ces interventions, afin de contribuer, à notre modeste place, à un nécessaire débat d’idées sur la question incontournable du libéralisme.

Je disais que le libéralisme recouvre des réalités multiples. Il existe néanmoins un critère qui justifie les liens qui existent entre eux : tous, dans leur domaine, font de la liberté la fin poursuivie : liberté politique, liberté économique, liberté des mœurs… Il y a donc entre eux une parenté difficilement niable, même s’il est vrai, encore une fois, que l’on peut revendiquer un libéralisme et pas un autre : beaucoup sont, par exemple, favorables au libéralisme politique et critiques sur le libéralisme économique, de même que ce dernier se conjugue fort bien avec la dictature politique comme le Chili de Pinochet – avec ses fameux « Chicago boys » – l’a bien prouvé.
En ce qui concerne notre série, nous avons centré la question sur le libéralisme économique, d’une part pour mieux cibler notre réflexion, d’autre part parce que c’est lui qui aujourd’hui nous interpelle et représente pour beaucoup un danger mortel.

Il pourra paraître curieux à certains de voir un danger dans le libéralisme économique quand, en France, tout semble désigner le socialisme comme le système qui dévore notre énergie et enfonce ce pays dans la crise – sans parler de la menace de plus en plus pressante d’un islamisme violent et criminel qui pourrait sévir bientôt jusque chez nous. Certes, qu’il nous faille sortir d’un socialisme étouffant est une affaire entendue : la France croule sous une des bureaucraties les plus lourdes du monde, les prélèvements obligatoires y sont parmi les plus élevés (près de la moitié de la richesse produite), et à cela s’ajoute l’Union européenne qui est elle-même une invraisemblable « usine à gaz » contribuant encore plus à la complexité de notre système ubuesque. Qu’il faille sortir au plus vite de l’impasse socialiste est donc une évidence, mais non pas pour tomber dans celle de son frère ennemi, le libéralisme. Car, au-delà de la France, comment ne pas voir que l’idéologie qui gouverne le monde et oriente la mondialisation aujourd’hui est bien le libéralisme, celui qui réclame partout plus de liberté, mais une liberté indéterminée qui n’est plus soumise à rien, ni limitée par une quelconque notion de vérité ou de loi naturelle, liberté d’un homme sans contrainte ni racine, liberté des marchés qui est celle du loup dans la bergerie ? Ce grand mouvement qui s’est développé depuis les années 90 est un rouleau compresseur qui déracine les hommes de leur terre charnelle, de leur culture, qui lamine les identités, détruit les nations (obstacles au commerce mondial), sabote le politique au profit de la « gouvernance » (ce n’est plus un gouvernement qui dirige, mais des règles, principalement économiques, d’où le rôle des « experts »). Il est naïf de croire que le libéralisme défend la liberté d’entreprendre, la petite et moyenne entreprise familiale, la mondialisation aidant, il ne fait que conduire à une hyper concentration de mastodontes multinationales de plus en plus incontrôlables et donc finit par détruire la liberté économique qu’il prétend défendre.
Ce libéralisme nous mène non à l’élimination physique et violente comme le font le communisme ou l’islamisme – aucun libéral n’a jamais prôné des camps ou l’élimination en masse de ses ennemis –, mais à une autodestruction bien plus subtile et cependant bien réelle. »

Articles:

La statue de la liberté devant la tour Eiffel

Débat sur le libéralisme

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux