Salauds de pauvres !

Salauds de pauvres !
18 septembre 2014 webmaster

Salauds de pauvres !

Par Louis-Marie Guitton.

Il n’est sans doute pas nécessaire de revenir sur l’expression qui a été reprise jusqu’à l’écœurement ces derniers jours, dont on suppose qu’elle a pu être utilisée par le président de la République. Il y a quelque chose d’indécent, autant dans le fait de suivre la meute à l’heure de l’hallali, que dans celui de s’improviser accusateur public.

Mieux le bouc émissaire est désigné, plus il faudrait se méfier de cet engouement désordonné pour la curée : cela nous empêche de réfléchir. Peu importe que le président ait prononcé ou non la fameuse phrase. Son humour bête et méchant à l’égard des pauvres reflète malheureusement un trait d’esprit bien français. Si ce n’est lui, c’est donc toi qui l’as peut-être un jour pratiqué ! Notre façon de rire et de nous moquer des personnes plus que des situations, notre goût immodéré pour la dérision et l’ironie nous précède désormais, à tel point que certains disent nous reconnaître à cela.

Au-delà de l’homme, c’est celui qui nous représente tous qui est en cause ; et là, nous ne pouvons guère nous renier. C’est nous qui avons utilisé cette expression si peu amène. C’est notre humour français qui apparaît pour ce qu’il est : souvent une offense à la personne. Sourire et arrogance ne font pas bon ménage. A méditer sans doute…

Autre observation, à l’attention des catholiques tentés de se joindre à la meute. La Parole de Dieu nous invite d’une part à prier pour nos ennemis, à leur vouloir du bien, d’autre part à prier pour nos chefs d’État ou responsables politiques. Pas plus tard que le 15 août dernier, je proposais à l’assemblée des fidèles réunis pour fêter l’Assomption, de prier pour le président de la République, comme on priait pour le roi lorsqu’on célébrait notre Fête nationale à cette date. Il m’a été par la suite vivement reproché cette proposition et plusieurs se disaient même choqués qu’on puisse inviter à prier pour un « type pareil ».

Là encore, sommes-nous encore capables de prier pour notre président, indépendamment de ses opinions ou de ses choix politiques ? Alors que des catholiques ont pu lancer une chaîne de prière pour les bourreaux de l’État Islamique, nous ne serions pas capables de prier pour ceux qui nous gouvernent, même si nous ne les apprécions guère ?

Enfin, et même si l’on pourra toujours dire que la goujaterie de l’un est la cause de la perfidie de l’autre, le triste récit des amours de notre président nous montre bien que dans l’histoire blessée des relations entre l’homme et la femme il y a bien des archétypes masculins et féminins. Seules les rancunes ecclésiastiques dépassent sans doute en virulence les rancunes féminines. C’est peut-être cela la normalité : des rapports très stéréotypés, même lorsqu’on est président.

  • « Salauds de pauvres », c’est avant tout une citation de La traversée de Paris, dans la bouche de Jean Gabin, avec Bourvil…

    • plm

      tout à fait mon cher Thierry

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux