Retour sur la journée d’écologie intégrale à Toulon

Retour sur la journée d’écologie intégrale à Toulon
7 décembre 2015 Dorothée Paliard

Retour sur la journée d’écologie intégrale à Toulon

par Philppe Conte. Décembre 2015.

La journée d’écologie intégrale qui s’est tenue le 21 novembre 2015 à Toulon est le premier événement d’importance du diocèse sur l’encyclique Laudato Si

Organisée par l’Observatoire Sociopolitique et la revue Limite, elle répondait à l’appel du pape François à une « conversion écologique » des catholiques et à des « débats sincères et honnêtes » entre chrétiens et écolos. C’était aussi l’occasion d’initier une réflexion de fonds sur l’encyclique et d’analyser avec des intervenants extérieur au monde catholique de quelle manière cette encyclique avait été reçue. De ce point de vue la qualité et la diversité des intervenants ont été particulièrement marquant.

Olivier Rey, a enseigné les mathématiques à l’École polytechnique et enseigne aujourd’hui la philosophie à l’université Panthéon-Sorbonne. Il a ouvert la réflexion en interrogeant les postulats et les non dits de notre système de représentation. Particulièrement, montrant l’opposition entre une vision classique « rien de trop » et l’illusion moderne de la croissance, il a montré toute la richesse de la notion de limites. Puis, en écho à la notion très présente dans l’encyclique de « paradigme technocratique », il a noté que l’exclusion a priori des notions de bien et de beau du champ de la réflexion est déjà en soi un choix moral. Ce premier choix entraîne automatiquement des conséquences sur l’appréhension du monde ; l’utilité devenant le premier et quasi seul critère entraîne une relation de domination de la la technoscience sur la nature. Reprenant l’expression aujourd’hui classique d’anthropocène, il a également fait remarquer que la masse des déchets produite par l’humanité au niveau planétaire est aujourd’hui supérieure à la masse totale des sédiments issus de l’érosion à l’échelle du globe !

Enfin Olivier Rey met en évidence qu’une des raisons de la crise provient directement de la vitesse des mutations qui est en elle-même une source d’agression du milieu naturel accoutumé à des changements progressifs. Il notre également que l’optimisation des moyens qui est un des axes majeurs de nos transformation sociales et économiques engendre automatiquement une plus grande fragilité. Ainsi le risque de ce que l’on peut appeler « effondrement » s’accroît jour après jour. La conclusion de cette riche réflexion montrait que les seules solutions possibles impliquaient une dimension communautaire.

L’intervenant suivant était Thierry Jaccaud, ingénieur de formation et rédacteur en chef de la revue « L’Écologiste ». Dialoguant avec Luc Richard, délégué de l’Observatoire sociopolitique, il a fait remarquer que depuis des années sa revue avait à cœur d’étudier les rapports de l’écologie et des religions. De son point de vue, l’Encyclique constituait un virage majeur pour l’Église. Refaisant l’historique de la critique environnementaliste concernant l’origine biblique de la prise de possession de la création par l’homme, il a montré qu’une telle critique ne pourrait plus être réalisée dans le mêmes termes : « il y aura un avant et un après Laudato Si’ ». Il n’ a pas manqué de souligner certaines contradiction du mouvement écologiste dont certaines branches luttent contre l’artificialisation de la vie animale sans voir que le phénomène est de même nature chez l’homme (PMA ; GPA…).

Réalisant une explicitation extrêmement précise de l’encyclique, il a relevé, outre la réflexion générale de grande portée, l’attachement du pape François à prendre des exemples concrets et à proposer des solutions positives. Ainsi il note également le souci du saint Père pour la prise en compte des problématiques environnementales dans la prise de décision politique en encourageant les pratiques d’inventaires d’espèces ou d’étude d’impact et même dans la prise de décision individuelle (« l’achat est un acte moral »).

Il rappelle également que le saint Père demande aux catholiques de prendre à cœur les atteintes à la création comme des péchés et « des souffrances personnelles » ; ceci doit conduire à la prise de conscience de l’urgence et de l’impératif pour l’engagement dans ce combat.

La table ronde au titre volontairement provocateur  « La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? », était par Paul Piccarreta, directeur de la rédaction de la jeune revue d’écologie chrétienne Limite ; y participait, outre les premiers intervenants, Kevin Boucaud, économiste de formation, anciennement journaliste à L’Humanité et animateur du site Le Comptoir, Cyrille Frey, ornithologue chargé d’études dans une association de protection de la nature et Marie Frey, journaliste indépendante, collaboratrice à La Vie, Reporterre et Prier.

Kevin Boucaud a posé le cadre du débat, resituant historiquement le système capitaliste, son expansion, ses caractéristiques et les contraintes intenables à terme qu’il impose à l’environnement en particulier par le système de consommation de masse qui lui est consubstanciel. Cyrille Frey, a témoigné à partir de son expérience de terrain de la dégradation fulgurante à laquelle est soumise la biodiversité (depuis 1950, à l’échelle de la planète, 50% des vertébrés ont disparu, soit un rythme 140 fois supérieur à celui constaté paléontologiquement). Il a rappelé les conséquences funestes pour l’homme de la perte de la biodiversité dont il est un des éléments alors que les libéraux ont réussi à faire croire qu’il était un être hors-sol, déconnecté du reste de la création.

Marie Frey, a montré comment l’écologie, qui est avant tout une science, a été transformée en simple opinion politique. La confusion qui en a résulté a permis de disqualifier l’écologie scientifique et le travail des chercheurs en l’étiquetant idéologiquement permet aux politiques, toutes tendances confondues, de tenir pour quantité négligeable les études d’impact sur l’environnement. L’exemple de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est dans cette perspective particulièrement éloquent.

Thierry Jaccaud, est revenu sur la notion de développement et sur la manière dont celle-ci a été imposée comme unique modèle aux pays pauvres au sortir de la Seconde Guerre mondiale, par les États-Unis. S’appuyant sur les réflexion d’Ivan Illich il a montré qu’en remplaçant les besoins fondamentaux par des besoins commerciaux, ce modèle condamnait, dans un paradoxe apparent, toute une frange de la société à la misère.

Intervenant en conclusion Mgr Rey, enfin, a appelé à défendre la création. Rappelant un des axes principaux de Laudato Si, il a insisté sur le lien entre le souci des plus pauvres et les questions environnementales. Ainsi « contempler le mystère de la miséricorde » et contempler la beauté de la création sont deux « source de joie, de sérénité et de paix » complémentaires.

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