Relever le défi éducatif

Relever le défi éducatif
12 décembre 2013 webmaster

Relever le défi éducatif

Par Pierre-Olivier Arduin (article paru dans La Nef, n°254 de décembre 2013).

Que devons-nous faire après les Manifs ? Où s’engager tandis que nous venons de perdre une série de batailles législatives décisives (loi Taubira, recherche sur l’embryon en attendant l’euthanasie) ? Quels sont aujourd’hui les défis qu’il nous faut affronter pour rebâtir le bien commun ?

Sans s’essayer à dresser la liste de tous les chantiers qui requièrent légitimement nos énergies, il me semble que depuis quelques semaines un champ d’action prioritaire est en train d’émerger avec clarté de nos colloques et de nos écrits : l’éducation et la formation des nouvelles générations.

« L’éducation est à mon sens le domaine par excellence où doivent s’engager les personnes de conviction désireuses de servir la cité. »

Telle fut la belle et grande perspective qu’a tracée Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’École, lors du discours de clôture de l’université de rentrée de La Manif pour tous (1). C’est avec profit que les parents, éducateurs et élèves liront ce texte incisif et mobilisateur :

« On ne peut pas prétendre servir le bien commun, on ne peut pas prétendre être responsable, si l’on ne s’engage pas dans ce combat de l’éducation. Les meilleurs d’entre nous doivent s’engager dans la carrière professorale et dans la fondation de nouvelles écoles. […] Que les pères n’aient pas peur de conseiller à leurs fils de s’engager dans cette voie professionnelle. »

Intervenu également en séance plénière, le philosophe Thibaud Collin était sur la même ligne en demandant aux participants de « libérer l’éducation » (2). Ils se sont rejoints pour nous mettre en garde contre une focalisation excessive sur la question du gender et nous conduire plutôt à élargir notre vigilance à tout ce qui touche à la conscience des jeunes et au sens de la vie. « Travaillons à des programmes permettant à nos enfants de devenir des hommes ou des femmes responsables capables de s’engager pour la vie », a martelé le professeur de philosophie.

En faisant du « devoir urgent de la formation des nouvelles générations » l’un des axes essentiels de son pontificat, Benoît XVI, lui-même professeur passionné, apparaît aujourd’hui sur ce point comme éminemment prophétique (3). À ce titre, il est révélateur que lors du 40e anniversaire de la publication d’Humanae vitae, le pape émérite se soit attardé sur l’éducation des jeunes :

« L’urgence de la formation, à laquelle je fais souvent référence, voit dans le thème de la vie l’un de ses thèmes privilégiés. Je souhaite vraiment que l’on réserve, notamment aux jeunes, une attention toute particulière, afin qu’ils puissent apprendre le véritable sens de l’amour et se préparent pour cela à travers une éducation adaptée à la sexualité, sans se laisser distraire par des messages éphémères qui empêchent d’atteindre l’essence de la vérité qui est en jeu » (4). Déjà en 2007 devant l’Académie pontificale pour la Vie, il avait proposé d’inscrire dans l’itinéraire éducatif des enfants et des adolescents « un discours cohérent sur les valeurs morales qui concernent le corps, la sexualité, l’amour humain, la procréation, le respect pour la vie à toutes ses étapes, en dénonçant dans le même temps à l’aide de motifs valables et précis les comportements contraires à ces valeurs fondamentales » (5).

Pour Thibaud Collin, notre échec « politique » s’explique en partie parce que nous n’avons pas su rendre compte de cette « juste intelligence de la personne sexuée », minée depuis des décennies par une mentalité contraceptive envahissante, qui préparait l’instrumentalisation inouïe de la vie humaine à laquelle nous assistons aujourd’hui. Le corps sexué est devenu une matière inerte et insignifiante que l’homme manipule à ses propres fins par la technique, toute référence à une nature humaine comme expression de la Sagesse de Dieu ayant été méthodiquement écartée.
Les communautés éducatives de l’enseignement catholique, quel que soit par ailleurs leur statut sous contrat ou non, peuvent beaucoup pour répondre au programme que Benoît XVI nous a laissés. Le professeur de sciences de la vie et de la terre (SVT), pour ne citer que lui, possède ainsi une réelle marge de manœuvre afin d’honorer ce que le bienheureux Jean-Paul II appelait « une science libre dépendant uniquement de la vérité » (6) et ainsi éclairer droitement les consciences des élèves qui lui sont confiés (7). Cet enseignement des SVT pourrait même devenir l’un des tout derniers espaces de résistance pour défendre une écologie de l’homme authentique. Ce constat peut s’appliquer largement à l’ensemble des disciplines enseignées, chacune ayant vocation à déjouer les pièges mortels du prêt-à-penser idéologique actuel. Aussi, soyons convaincus de l’invitation d’Anne Coffinier : « La mission de celui qui s’engage dans l’enseignement, c’est d’être humblement et obstinément coopérateur de la vérité. Jeunes ou moins jeunes, je vous appelle solennellement à vous engager dans le métier de professeur car l’état de l’école conditionne l’avenir de notre société et, n’ayons pas peur de le reconnaître, de notre civilisation. »

 

(1) Anne Coffinier, « Assumer ses convictions, s’engager pour l’éducation », La Manif pour tous, 15 septembre 2013.
(2) Thibaud Collin, « Manif pour tous : une mission d’éducation », www.libertepolitique.com, 17 septembre 2013.
(3) Cf. sa Lettre au diocèse de Rome sur le devoir urgent de la formation des nouvelles générations, 21 janvier 2008.
(4) Benoît XVI, « Discours aux participants au congrès international pour le 40e anniversaire d’Humanae vitae », 10 mai 2008.
(5) Benoît XVI, « Discours lors de l’Assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la Vie », 24 février 2007.
(6) Discours du 28 octobre 1986 à l’Académie pontificale des sciences.
(7) Pierre-Olivier Arduin, « SVT et statut de l’embryon », www.liberte-scolaire.com, octobre et novembre 2013.

 

Photo : École de village en Forêt-Noire, 1856 Albert Anker, s.d.

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