Rapport de synthèse de l’Université d’été de la Sainte Baume 2014 « Cherchez le Royaume et sa justice »

Rapport de synthèse de l’Université d’été de la Sainte Baume 2014 « Cherchez le Royaume et sa justice »
13 octobre 2014 webmaster
Monseigneur Rey et l'équipe des Universités d'été 2014

Rapport de synthèse de l’Université d’été de la Sainte Baume 2014 « Cherchez le Royaume et sa justice »

Par le Fr. Joseph-Thomas PINI, op – 30 août 2014

Il est temps : de clore cette édition de l’Université d’été. Et comme fréquemment en pareille circonstance, les sentiments s’avèrent mêlés. La gratitude envers les intervenants de qualité, dont la participation amicale, au milieu de lourds engagements, a rehaussé la session, les organisateurs et surtout les gestionnaires et collaborateurs multiples, se joint à la satisfaction et à la reconnaissance pour la qualité de la réflexion conduite, comme pour celle des témoignages si frappants, divers et si unifiés, des échanges et rencontres, et des moments de vie commune de notre groupe, dans la louange, la prière et les sacrements, pour cette heureuse combinaison, dans un lieu spirituel et naturel d’exception, qui semble devenir une marque spécifique de l’Université d’été de la Sainte Baume organisée par l’OSP.

Y aurait-il quelque nuage dans un tel azur accordé au climat local ? Ce n’est pas tant ce qui serait un pincement au coeur de devoir partir (et surtout « rentrer ») : quoiqu’humain, ce mouvement ne serait pas totalement à la hauteur. La topographie comme la légende magdaléenne se suggèrent bien : il est effectivement question de hauteur, dans une véritable ascension dont nous sommes conscients qu’elle ne s’achève pas en cet instant, et que l’incomplétude, au-delà de l’ampleur du sujet retenu pour cette année et qui ne pouvait être traité en tous ses aspects, n’est qu’une facette d’un constat profond de limite, de nos vues devant la question si imposante et profonde de la justice, de nos forces devant la tâche à accomplir, mais qu’elle est ultimement un désir, une soif.

Comment s’étonner alors qu’il soit communément admis depuis Héraclite que c’est d’abord par les injustices que la question et la notion de la justice nous atteignent ?

C’est que la justice, telle que nous l’avons envisagée en nous appliquant à rendre sa hauteur, sa largeur et sa profondeur, et résolument placée sous les signes, la révélation et dans la perspective du Royaume de Dieu, amène rien moins qu’aux fondements anthropologiques et métaphysiques. Point d’appui et d’articulation, dans le coeur de l’homme comme disposition stable pour son entendement et son agir, et dans sa dimension sociale constitutive, du bien, du vrai ainsi que de l’unité traduite dans l’existence d’un ordre, fruit avant tout d’un unique dessein et qui engage à la communion, la justice reflète l’être et renvoie inévitablement, et quels que soient les faux-fuyants, les aveuglements et les détours, au principe premier. Comment s’étonner alors qu’il soit communément admis depuis Héraclite que c’est d’abord par les injustices que la question et la notion de la justice nous atteignent ?
La blessure, la morsure, y sont sans doute parmi les plus profondes et les plus vives.L’injustice a bien été l’un des ressorts les plus puissants de l’action humaine, et le meilleur et le pire qui continuent de s’y côtoyer témoignent de la force du sentiment comme de l’étendu des erreurs possibles.

Nous avons reçu une salutaire et constante invitation à l’élargissement et à l’approfondissement du champ de notre vision et de notre action. Elle va dans le sens même de l’exigence de la justice, qui ne saurait ni être segmentée, ni isolée de la vérité et du bien.Les divers et si beaux témoignages et exemples reçus et présentés d’engagement dans divers domaines, de l’action sociale à la mission internationale en passant par l’action civique, en tant qu’ils sont réconfortants et stimulants, sont autant d’encouragements.

Mais l’ampleur de la tâche et l’évidence de la conversion du regard et de l’agir qu’elle suppose également pourraient nous paralyser. D’une part, parce que tous les champs de l’action humaine sont concernés, mais aussi connectés et imbriqués, donnant matière à la plus belle analyse moderne de la complexité, et aussi, dans une approche plus classique, à l’exercice le plus délicat de la prudence, et l’interrogation antique et permanente des philosophes atteste que l’ouvrage demeure sur le métier. D’autre part parce que l’appréhension contemporaine de la justice, sans amour et sans communion repose sur une conception anthropologique, morale et métaphysique radicalement opposée à ce qui, du point de vue de la raison comme de celui de la foi, constitue la source et le sens véritable de toute justice, parce que la « loi de violence » a, dans ces conditions, logiquement supplanté la « loi de paix » de la nature, parce que l’articulation entre loi éternelle, loi naturelle, loi divine et loi humaine, seule à même de permettre de saisir le sens de la loi comme règle de droit en tant qu’elle a pour objet la justice.

Ce qui paraît alors inatteignable semble alors tout autant infranchissable, dans un système
épuisé, vermoulu et acculé, et résolu, dans ses derniers retranchements, à tenter de tout faire périr avec lui. Enfin parce que le renouvellement de nos schémas de pensée, face à la réalité dans ses changements, mais surtout dans sa pérennité, et la conversion, par la discipline et une patiente formation, de notre vie à la vertu de justice, nécessairement liée à toutes les autres (force, tempérance, prudence), et dans le cadre et sous la motion de la charité, n’est rien moins que la perfection morale d’une vie d’homme accompagnant le plein accomplissement de notre vocation surnaturelle : celle de notre déification en situation de dépendance interpersonnelle et avant tout dans notre état de fils et de filles, avec ses limites reçues, assumées et partagées.

Dans le tourment de justice pour toute personne humaine, comment ne pas voir le regard du Père des miséricordes et de Son Fils venu sauver tous les hommes ?

Mais le désespoir ou l’abandon seraient alors finalement la victoire du seul véritable adversaire. Elles seraient même, en définitive, injustes à l’égard de Celui qui nous donne de vivre dans Sa justice et nous a acquis la justification. L’apparente obscurité est un chemin de lumière, l’apparente incertitude une voie de vérité. Nous ne sommes pas laissés sans armes ni repères. L’enseignement de l’Eglise, dans le dépôt de la Révélation, nous donne déjà de sérieux appuis sur l’ordre de la justice, en soutien et avec le secours de la raison quant aux repères cardinaux d’un tel ordre. Mais surtout, en matière de justice, nous sommes immanquablement attirés vers le haut. Le sens ultime et premier de la justice pour l’homme est la justice du Dieu juste manifesté dans le Christ et qui nous éclaire sans cesse. Dans le tourment de justice pour toute personne humaine, comment ne pas voir le regard du Père des miséricordes et de Son Fils venu sauver tous les hommes ? Dans toutes les discussions sur la manière de discerner et rendre la justice, ou de s’appliquer à la fixer de la manière la moins inexacte dans des règles humaines et d’en offrir et garantir les meilleures conditions, comment ne pas voir l’aveu du sentiment de grandeur et de dépassement de tous ceux qui, souvent sans s’assumer, ne sont rien moins qu’une cléricature laïque agissant in persona justitiae, et en écho à la plus antique conception des ministres du juste ? Dans nos débats intérieurs sur la décision la plus juste à prendre et accomplir, comment ne pas percevoir notre reconnaissance (et la réticence qui l’accompagne chez les pécheurs que nous sommes) que la solution juste n’est pas autre que celle d’un sacrifice et d’un déchirement, celui du Juste au triomphe de Sa Croix, et en qui Seul nous portons un fruit qui demeure ?

Il est temps : de conclure, mais aussi d’avancer confiants sur le chemin tracé pour nous et dont la carte nous a été présentée. Pas d’autre issue que la route devant nous, pas d’autre destination que la plus haute. Et des hommes et des femmes relevés et attentifs, nourris et animés du bien et de la vérité, et coopérateurs du dessein de bonheur pour tout homme. Cela est bon, cela est vraiment juste.

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