Quelques souvenirs de la Reine Fabiola…

Quelques souvenirs de la Reine Fabiola…
8 décembre 2014 OSP

Quelques souvenirs de la Reine Fabiola…

 Par le père Nicolas Buttet.

C’était en 2006. J’étais invité par le Card. Danneels à intervenir dans la cadre de la grande rencontre Toussaint 2006. Nous étions dans la Basilique Koekelberg à Bruxelles. Quel ne fut pas mon étonnement de voir arriver dans l’église la reine Fabiola. Assise au premier rang, elle écoutait attentivement avec un regard pétillant et un sourire complice mes quelques explications sur le thème qui m’avait été imparti : célébrer l’Eucharistie.

Au terme de la conférence, nous échangions quelques mots et la Reine m’invita à poursuivre la discussion chez elle, au château de Stuyvenberg. Le rendez-vous fut fixé au lendemain. Accompagné d’un ami commun, nous commençons notre rencontre par l’essentiel : la célébration de l’Eucharistie dans sa chapelle privée, le cœur battant de la maison. La rencontre devait normalement se terminer par le repas en commun, la reine étant retenue par d’autres engagements durant l’après-midi… Je suis en fait ressorti vers 17h.00, étant moi-même pris en fin d’après-midi par une autre intervention ! Les rendez-vous de l’après-midi s’annulaient les uns à la suite des autres, au grand dam du secrétaire de la Reine ! Mon sentiment de gêne était vite dissipé par la joie et la profondeur de l’échange, la richesse du partage. Je découvrais cette Dame remplie d’une espérance invincible, d’un feu ardent. Un cœur d’enfant espiègle et fin. Le mot qui la définirait le mieux, c’est vraiment : espérance. Elle l’avait manifesté par sa tenue blanche lors de l’enterrement du roi Baudouin. Elle le manifestait dans toute sa vie par un regard théologal sur les réalités, y compris les plus difficiles.

Une deuxième rencontre eut lieu au chez elle un an plus tard. Dans la discussion, la Reine me confia qu’ils avaient décidé, avec son mari le roi Baudouin, de s’écrire tous les jours une lettre pendant 6 mois afin d’approfondir leur sacrement du mariage par cet échange épistolaire. J’imaginais l’ascèse que dut être cet exercice au milieu des mille activités officielles et en même temps la richesse d’une telle démarche. Soudain, la Reine me dit : « voudriez-vous lire les lettres que mon mari m’a adressée ? » tout intimidé mais passionné, je répondis : « avec joie, si ce n’est pas indiscret ». Elle me donna le précieux paquet de lettres. Je me plongeais dans cette correspondance. De longueur inégale, elles étaient cependant toutes d’une telle profondeur ! Les larmes baignaient mes yeux… tant de lumière, tant de délicatesse, tant d’amour… La lecture terminée, je lui dit : « c’est bouleversant… mais pour bien comprendre le message de votre époux, il me faudrait aussi lire les réponses de l’épouse ! » Avec son sourire malicieux mais déterminé la Reine Fabiola me dit : « elles n’existent plus… vous comprenez, elles n’avaient pas la même profondeur et la même valeur que celles de mon mari ! ». Depuis lors, je n’ai pas cessé de lui demander d’en permettre la publication… Cette correspondance est un trésor de théologique pratique du sacrement du mariage.

Je me trouvais chez elle à une autre occasion. Elle venait de perdre une parente et avait donc reçu beaucoup de messages de condoléance dont une lettre d’un souverain musulman pleine de compassion mais assez grandiloquente dans les termes utilisés… Elle me la fit lire et me dit : « je vais le remercier de sa gentillesse, mais j’aimerai tellement lui partager mon espérance de la vie éternelle de façon délicate… comment faire ? »

Un jour, elle me fit part de son désir de découvrir ce que nos vivions à la Fraternité Eucharistein. « Bienvenue », lui dis-je ! Sans grand espoir de la voir arriver un jour. C’était sans compter sur la parole donnée de la Reine. Quelques mois plus tard, un appel téléphonique : « C’est Avila, j’aimerai venir vivre 3 jours avec vous, mais incognito, tout simplement partager votre vie »… Rendez-vous est pris. Pour l’incognito, cela paraissait bien difficile. Il fallait donc préparer nos jeunes à cette rencontre. Une des personnes en accueil, 20 ans de rue et de violence, me dit : « quoi, une reine, ça va pas !? Je ne supporte pas ces gens-là ! » Comme il était passionné de jambee et que j’en avais vu un chez la Reine, un cadeau reçu lors d’un voyage en Afrique, le lui dit : « tu sais, cette reine, elle joue aussi du jambee » « Quoi !!! C’est pas possible, j’aimerai bien voir ! » A peine la Reine Fabiola arrivée, il la prend à parti et lui dit : « Vous, je ne sais pas comment on dit, Reine ? »… « appelez mois Avila, c’est plus simple ! » «  vous jouez du jambee ???? » « oui ! Comment vous appelez-vous ? vous aussi vous jouez du jambee ? Venez me montrer votre jambee et nous jouerons ensemble ! » Les voilà partis pour 30 minutes de percussion… avec cette réflexion de notre récalcitrant à la fin du concert : « Une reine comme ça, alors oui, elle est géniale ! » Et puis, il y avait le spécialiste des alpagas et celui des chèvres. Il fallait donc faire le tour du cheptel…

Notre voisine avait gardé un souvenir lumineux du mariage de la Reine. Elle avais suivi l’événement à la télévision et en était resté marquée. Je le dis à la Reine : sur le champ, elle va trouver la voisine et la remercie de son attention…

Le moment touchant était de la voir durant les temps de prière et d’adoration à la chapelle. Simple devant le Seigneur… comme le plus simple de nous ! C’est cela sans doute, la vraie noblesse !

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