Quand les cloches ne sonneront plus…

Quand les cloches ne sonneront plus…
20 avril 2015 Dorothée Paliard

Quand les cloches ne sonneront plus…

 

 Par Thierry Fournier de Meyere.

C’était sous le ciel ensoleillé d’un jeune siècle, encore tout étourdi par tant de progrès. C’était au beau milieu de la troisième république. On avait connu des guerres, mais pas encore celles qui allaient venir. Les lampes à incandescence brûlaient dans le ciel de Paris. Ah ! La Belle Époque ! Sous les ors du palais des lois, on se préparait à une naissance, ou plutôt à une séparation des plus chirurgicale, ciselée à la plume de flamboyants députés. On allait mettre d’un côté l’épée, et de l’autre la croix. La France millénaire, celle des rois et du Concordat, achevait de se briser en deux. Le 09 décembre 1905, la loi de séparation de l’Église et de l’État était promulguée.

Quelque cent dix ans plus tard, les églises sont encore bien là, mais on ne conduit plus le nouveau né au pied du baptistère. Tandis que la France peine à se rappeler qu’elle n’était, il n’y a pas si longtemps, la fille aînée de l’Église, tandis que les jeunes parents ne savent plus quoi dire à leurs enfants au sujet de Dieu et de la foi, le plus grand pays de l’Union Européenne compte deux mille cinq cent mosquées et lieux de culte musulmans. Ici, le ramadan est devenu populaire, les entreprises s’adaptent sans bruit à la prière du vendredi, on ne sert plus de cochon dans les cantines scolaires, les films sur la vie de Jésus ne passent plus à la télé, on efface le nom des saints sur le calendrier, l’histoire de France n’est plus enseignée, et les crèches sont retirées des édifices publics. Et bientôt, oui bientôt, les cloches ne sonneront plus.

Tandis que la France tourne gentiment le dos à son histoire, une charia clandestine redessine peu à peu le pays. Une nouvelle séparation est à l’œuvre, entre les français de souche, de tradition chrétienne oubliée, et les français musulmans d’origine maghrébine, dopés par un islamisme galopant. Ici, le racisme est interdit, et l’assimilation aussi. D’un côté et de l’autre de la route, deux mondes se retrouvent face à face et font semblant de ne pas se voir. Les quartiers sont des territoires. Le hijab affronte le décolleté. La femme aux avant-postes d’une fracture de civilisation, la France se fragmente.

Pour ses premiers pas dans le troisième millénaire balbutiant, les pieds de la République sont restés figés dans le sol ; la loi de 1905 est périmée. Le problème n’est plus de séparer les religions de l’État, mais de réduire leur influence sur la société. En mettant un peu d’argent dans la construction des mosquées et en prétendant former les imans à la laïcité, on caresse le doux vœu de faire de l’islam « de France » une officine bien sage et obéissante, à la solde du contribuable. Car, décidément, toutes les religions sont suspectes. Alors, il faut les amadouer, à défaut de pouvoir les éradiquer. Et puisque les signes religieux n’ont plus droit de cité à l’école depuis 2004, année depuis laquelle les élèves ont appris à dissimuler leur croix de baptême (aujourd’hui remisées dans leur écrin), la France peut s’enorgueillir d’avoir réussi à cantonner le christianisme à la sphère privée tout en exacerbant le prosélytisme islamique sur tout son territoire. Et l’État de continuer en si bon chemin… Drapeau et devise au fronton des écoles, charte de la laïcité distribuée à grand frais en kits de propagande et, pour finir, hymne national en guise de Notre Père. La France a comme un arrière-goût de République Populaire et met au pas ses petits Chinois. Si vous croyez en Dieu, que vous l’appeliez Yahvé, Jésus ou Allah, taisez-vous ! Car celui-ci est source de discorde et de violence entre les hommes.

Face à ce qui apparaît désormais comme un péril mortel, l’État progressiste nous exhorte à nous convertir au… laïcisme. Dans cette utopie d’un monde sans Dieu, on s’accommode, paraît-il, sans mal. Il est vrai que l’amnésique n’a jamais vraiment conscience de ce qu’il a oublié. La France s’était rêvée la tête de pont d’une Europe moderne et affranchie d’une histoire mal assumée. L’Union allait cicatriser les plaies du passé et nous permettre de tout recommencer. Mais la nouvelle Europe est aussi craquelée que les frontières qui la composent. Sur cette vieille terre de vingt-huit nations asséchées par l’oubli, l’eau s’est retirée.

« France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » interrogeait Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980. Quelque vingt-trois ans plus tard, dans les dernières années de son pontificat, le même pape, aujourd’hui saint parmi les saints, prophétisait encore : « L’Europe ne peut se construire si elle n’assume ses racines chrétiennes. Ces dernières constituent une dimension essentielle de son identité. » Dans l’intervalle, le même homme avait accompli l’exploit glorieux d’ouvrir une nouvelle fois la Mer Rouge en libérant la moitié du peuple d’Europe… du communisme, dont l’onde de choc provoqua en même temps l’effondrement du bloc soviétique.

Il n’est pas trop tard !

Agenouillé face à mille cinq cents ans d’histoire, je prie la France de se lever et d’inscrire au cœur de la constitution « ses racines chrétiennes ». L’Europe suivra, et avec elle, la réconciliation de tous les croyants avec leurs démocraties. L’eau vive irriguera à nouveau les terres ensommeillées.

Faisons-le, avant que le ciel ne s’obscurcisse. Sinon, les cloches ne sonneront plus.

 

 

 

 

www.fournierdemeyere.fr

 

1er avril 2015

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux