Procréation eugéniste

Procréation eugéniste
21 avril 2015 Dorothée Paliard

Procréation eugéniste

Par Pierre-Olivier Arduin.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la fécondation in vitro (FIV) a retiré l’être humain à peine conçu de la protection maternelle, l’exposant à un contrôle qualité toujours plus sophistiqué.

Tri sélectif

Depuis qu’elle a été transférée de l’animal dans l’espèce humaine par Robert Edwards en Grande-Bretagne, les biologistes de la reproduction n’ont eu de cesse de chercher à améliorer la « qualité humaine » de l’embryon produit en laboratoire. Edwards avait anticipé cette évolution dès la naissance le 25 juillet 1978 de Louise Brown, premier « bébé-éprouvette » au monde : « Après le développement embryonnaire au stade blastocyste, j’ai observé qu’il serait possible d’en dissocier les cellules (…) Nous avons le droit d’éviter les naissances d’enfants porteurs de maladies. Et je suis favorable à l’usage de ce qui pourrait conférer de meilleures aptitudes aux embryons fécondés et cultivés in vitro… Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches scientifiques sur l’embryon ». Classer, trier et sélectionner les meilleurs embryons en empêchant la venue au monde de ceux qui ne satisfont pas les critères retenus sont bien les piliers d’un projet eugéniste qui est la marque de fabrique des fécondations in vitro. Deux événements récents viennent le confirmer.

FIV à trois parents

Le premier est la légalisation en février dernier par le Parlement britannique de la « FIV à trois parents » qui consiste à créer in vitro un embryon humain moyennant l’apport de l’ADN de trois personnes différentes. L’objectif est de faire naître un enfant exempt des maladies génétiques transmises par l’ADN véhiculé par les mitochondries, les centrales énergétiques de toutes nos cellules. Lors de la fécondation, l’embryon hérite des mitochondries de sa mère transmises uniquement par l’ovule (le spermatozoïde en est dépourvu). En transférant le noyau (contenant les chromosomes) d’un ovule de la femme ayant des mitochondries déficientes dans un second ovule prélevé chez une donneuse afin de bénéficier de ses mitochondries non mutées (ovule préalablement débarrassé de son noyau), on obtient un ovule hybride qu’il ne reste plus qu’à féconder avec le spermatozoïde du père. L’embryon obtenu possède donc un patrimoine génétique provenant de trois personnes, même si les gènes mitochondriaux en constituent une part infime. Cette technique, si elle représente une nouvelle transgression dans l’atteinte à la dignité humaine, n’est en fait qu’une étape supplémentaire dans la logique eugéniste intrinsèque aux procréations artificielles ; elle est ainsi en germe dans notre loi de bioéthique, avec le diagnostic préimplantatoire bien sûr, lequel permet de produire en série des embryons pour éliminer ceux qui portent des gènes défectueux, mais également avec le don d’ovule, autorisé certes au profit de femmes stériles, mais encore en cas de risque de transmission d’une maladie génétique par une femme parfaitement fertile. La « FIV à trois parents » autorisée par le Royaume-Uni correspond donc déjà au cadre libéral de notre propre législation et on ne voit pas très bien ce qui pourrait s’opposer à ce qu’elle soit légitimée chez nous dans les années qui viennent. A partir du moment où l’embryon est livré à la puissance biotechnique, aucun argument ne peut s’opposer à la fuite en avant : diagnostic préimplantatoire, bébé-médicament, et à présent FIV à trois ADN,…

Embryon 3 D

Le second fait qui doit nous interpeller est la modélisation du premier « embryon humain 3D » par l’équipe de biologie de la reproduction du CHRU de Montpellier, objet du dépôt d’un brevet international. Depuis plus de trois décennies, les embryons produits dans une FIV classique sont sélectionnés sur leur morphologie. En routine, les embryons ayant un faible potentiel implantatoire sont donc détruits ou livrés aux chercheurs, un tri sélectif qu’ignore largement l’opinion publique. La nouvelle technique consiste à reconstituer l’image de l’embryon en trois dimensions – et non plus en un seul plan microscopique – pour traquer plus efficacement les anomalies qui échappent encore à l’œil du technicien. Comme l’annonce fièrement le communiqué de presse du CHRU montpelliérain, « imprimer en 3D l’embryon humain conçu in vitro (…) permet une amélioration significative du choix de l’embryon à replacer dans la cavité utérine [1]». Aujourd’hui des pans entiers de la recherche procréative sont consacrés à détecter les marqueurs métaboliques et cellulaires des embryons les plus aptes de manière à éliminer à l’avance ceux qui seront jugés déficients. La nouvelle loi de bioéthique du 6 août 2013 votée en toute hâte en plein été par la majorité actuelle avec le soutien du gouvernement et du Président est d’abord une loi en faveur des biogénéticiens de la reproduction dont l’objectif a toujours été « d’identifier l’embryon ayant les meilleurs chances de conduire à la naissance d’un enfant en bonne santé » (Pierre Jouannet, juin 2011). Ce nouvel eugénisme pourrait finir par concerner un jour tous les couples en cumulant des contrôles de normalité du génome avec l’appréciation de la viabilité de chaque embryon.[2] A sa manière, le Pape François a mis sévèrement en garde nos sociétés contre ces stratégies sanitaires de sélection et d’élimination : « Nous vivons une époque d’expérimentations avec la vie humaine.  Fabriquer des enfants au lieu de les accueillir comme un don. Jouer avec la vie. Attention, cela est un péché contre le Créateur : contre Dieu Créateur [3]».


[1] Communiqué de presse du CHRU de Montpellier, « Première française : reconstitution et impression en 3D de l’embryon humain préimplantatoire », septembre 2014.

[2] Cf. Jacques Testard, « Le nouvel eugénisme est dans l’œuf », Futuribles, janvier-février 2015.

[3] Pape François, « Discours à l’Association des médecins catholiques italiens », 15 novembre 2014.

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