Prochaine étape: l’euthanasie? État des lieux d’un combat sur le point d’être perdu

Prochaine étape: l’euthanasie? État des lieux d’un combat sur le point d’être perdu
18 mai 2016 Dorothée Paliard

Prochaine étape: l’euthanasie? État des lieux d’un combat sur le point d’être perdu

Par Clotilde Brossolet. Mai 2016.

Nous pourrions nous croire à l’abri. La loi fin de vie a été votée et l’aide active à mourir n’est pas passée. Exit les amendements sur l’euthanasie et le suicide assisté, oublié l’engagement de campagne de François Hollande. On s’est fait peur mais ouf, l’interdit de tuer est maintenu !
Le gouvernement est même allé jusqu’à mettre en place un plan de développement des soins palliatifs débloquant 190 millions sur trois ans :
Des unités de soins palliatifs seront créées dans les territoires qui en sont dépourvus, avec l’objectif que d’ici 2018, chaque région dispose d’au moins un lit de soins palliatifs pour 100 000 habitants.
La ministre de la Santé a aussi annoncé la création d’un Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Ce nouveau Centre, issu de la fusion du Centre national de ressources en soins palliatifs et de l’Observatoire national de la fin de vie, sera chargé de l’exploitation et de la mise à disposition des données sur les soins palliatifs et la fin de vie en France.

La fin de vie est devenue un sujet sérieux, les outils et les moyens sont mis à la disposition des spécialistes pour qu’ils puissent enfin faire leur travail correctement.
Chacun peut donc rentrer se coucher, la conscience tranquille : ce n’est pas dans sa dernière année de pouvoir que la majorité reviendra sur le sujet et la droite, une fois élue est claire.

Tout va donc pour le mieux.

Mais c’est trop vite faire confiance au gouvernement. Trop peu nombreux sont ceux qui ont entendu le double discours de Manuel Valls et de Marisol Touraine dans l’hémicycle lors des débats. Pourtant, ils ont été clairs demandant aux députés de considérer la loi sur la fin de vie comme une étape. Oui, cette loi n’ouvre pas l’aide active à mourir, oui le gouvernement s’oppose à tout amendement au suicide assisté et à l’euthanasie mais jamais les deux ministres n’ont dit qu’ils y renonçaient définitivement. Bien au contraire, Manuel Valls a laissé la porte ouverte à une évolution ultérieure dans ce sens et Marisol Touraine a invité les députés à continuer leur travail. Les avertis ont compris le sous-entendu : une proposition de loi en faveur de l’aide active à mourir qui arriverait plus tard, ne serait pas rejetée : le gouvernement préfère la politique des petits pas.

Les pro-euthanasies ne baissent pas les bras, Les digues s’effondrent les unes après les autres.

La droite devient poreuse.
le 26 octobre dernier, les Jeunes Actifs Républicains de la Nièvre recevaient en conférence publique Christophe Michel de l’Admd, principale association militante en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté, pour un débat sans contradicteur. Une pétition sur Citizen Go, portés par les Electeurs de Droite désabusés avait alors récolté plus de 6000 signatures en moins de trois jours. Sans effet ! Nicolas Sarkozy qui s’était jusque-là toujours opposé à l’euthanasie est resté silencieux, bien que chaque signature soit assortie d’un mail à son secrétariat.
La droite semble avoir d’autres préoccupations et son silence est éloquent.

Les catholiques deviennent poreux.
Nombreux ont été les journaux et les médias catholiques à faire la promotion du livre « Vous me coucherez nu sur la terre nue » de Gabriel Ringlet : pleine page dans un quotidien catholique, émissions de radio diverses et variées. L’auteur a même été invité à une conférence-dédicace dans une librairie religieuse, conférence dédicace organisée sous l’égide de l’aumônerie de la santé d’un diocèse français. Le Père Ringlet a eu ainsi à l’automne dernier une véritable couverture médiatique catho. Il n’a pas trouvé sur le chemin de promotion de son livre beaucoup de personnes pour lui rappeler que l’euthanasie est condamnée par l’Eglise. Pourtant Gabriel Ringlet est un prêtre catholique belge qui accompagne spirituellement des personnes en fin de vie et plus particulièrement des personnes demandant l’euthanasie. Lui aussi est devenu poreux : il donne le sacrement des malades à des personnes en attente de leur euthanasie, n’attaque jamais frontalement cette pratique qui tue, mais étouffe les consciences par une complicité compatissante, sans repères moraux et spirituels comme si l’amour immense du Père n’imposait pas de limites. A trop fréquenter l’euthanasie, il est devenu poreux et des catholiques, en France, ce sont fait les porte-paroles de son ambiguïté morbide.
Vendredi 29 avril, la rédaction locale d’une grande radio chrétienne recevait Jean-Luc Roméro. Invité sans contradicteur, le président de la principale association militante pour l’euthanasie, y déballait son argumentaire sans personne pour rappeler que l’euthanasie est « moralement irrecevable ». (article 2277 du Catéchisme de l’Eglise catholique). Pire encore, le journaliste a terminé son interview plus que complaisante en demandant au porte-étendard du combat en faveur de l’euthanasie «  Comment pouvons-nous vous aider ? »
Une radio chrétienne qui fait l’apologie de l’aide active à mourir à une heure de grande écoute ? Pourquoi ?
Au nom du débat, peut-être… Mais au nom du débat, les médias catholiques inviteraient-ils quelqu’un défendant l’inégalité des races ? La réponse est non car il est des débats qui n’ont pas lieu d’être, ce qui n’est plus le cas de l’euthanasie.

Les soins palliatifs sont devenus poreux.
L’idée d’euthanasie avance sous couverture de défense des soins palliatifs comme le montre la nomination du docteur Véronique Fournier à la présidence du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie. Ce cher Docteur Fournier est la candidate idéale pour la Ministre de la Santé pour un tel poste : cardiologue, elle n’est absolument pas spécialisée en soins palliatifs et le travail qu’elle a réalisé en éthique comme son livre paru au printemps dernier sont assez éloquents. Madame est pour l’avortement post-natal, l’euthanasie mais aussi une aide au suicide en général.
Ils sont quelques-uns à avoir montré leur opposition à une telle nomination, mais sans succès. Bénévoles, médecins, éthiciens, ils ont tous cru qu’ils pourraient défendre les soins palliatifs sans entrer dans le combat contre l’ADMD. Ils ont laissé le combat contre l’euthanasie aux pro-vie, aux cathos, aux réacs par peur des étiquettes. Ils ont cru qu’il serait plus consensuel de se limiter à la défense des soins palliatifs. Les résultats sont là, c’est un échec. La nomination de Véronique Fournier leur a donné tort mais c’est trop tard : c’est une fervente revendicatrice de l’aide active à mourir qui est désignée pour promouvoir les soins palliatifs.
D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre des bénévoles en soins palliatifs dire que parfois l’euthanasie serait une bonne solution… Et l’ADMD a fait de la promotion des soins palliatifs un véritable cheval de bataille, seuls garants de la liberté du choix ultime.

L’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité ne lâche rien.
La fin de vie ne fait plus la une des médias mais l’ADMD milite encore et encore sur le terrain. Jean-Luc Roméro, président de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité continue ses conférences publiques relayées dans la presse quotidienne régionale. Il sait faire l’actualité, loin des rédactions nationales, chaque conférence lui offre au moins une demi-page dans la presse locale. Et cet adepte de la transgression ne peut que jubiler quand le micro d’une radio chrétienne participe de cette médiatisation douce de son action. A raison de deux ou trois conférences par semaine, avec en moyenne trente personnes, l’ADMD est un véritable rouleau compresseur qui formate les opinions en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté. Jean-luc Roméro et ses fidèles sont les tenaces artisans qui ont fait que l’opinion publique est aujourd’hui à 96% favorable à la dépénalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.
D’ailleurs, cette idée s’est tellement banalisée que l’expression « mourir dans la dignité » n’est plus accolée de guillemets dans la presse. Elle n’appartient plus uniquement au langage des militants, elle est devenue synonyme d’aide active à mourir. L’ADMD a réussi la dédiabolisation de sa revendication… Si je veux mourir digne, je dois pouvoir choisir ma mort…
L’euthanasie est donc en embuscade et ses opposants semblent déclarer forfait.

Alors, cher catholique, si tu fais encore partie des 4% qui refusent cet interdit de tuer, il est urgent d’être vigilant et de dénoncer toutes les infiltrations qui banalisent.

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