Pourquoi l’écologie humaine

Pourquoi l’écologie humaine
23 avril 2014 webmaster

Pourquoi l’écologie humaine

Par Falk van Gaver.

Respect de la vie :
écologie humaine, écologie chrétienne, même combat ?

« Un chrétien aujourd’hui, s’il n’est pas révolutionnaire, n’est pas chrétien. » (Pape François)

Mis en avant par Jean-Paul II et ses successeurs, le concept d’écologie humaine a été repris en 2013 par le mouvement éponyme, le « Courant pour une écologie humaine » fondé par Tugdual Derville, Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard-Dubreuil [1], et fait l’objet de l’excellent dossier « Pourquoi l’écologie humaine » dans la dernière livraison de la revue Képhas [2] (numéro 47 de juillet-septembre 2013).

Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita [3] , c’est à une véritable « mutation culturelle » que nous invite l’écologie humaine, écologie intégrale inscrivant et respectant l’homme dans la nature et la nature dans l’homme – et avant tout, l’homme dans sa nature, la nature de l’homme.
Pour le journaliste Patrice de Plunkett [4], « prendre au sérieux les appels du Magistère en, faveur de l’écologie plénière, c’est agir aux côtés de tous ceux qui expérimentent de nouveaux arts de vivre, au contrepied d’un système économique qui mutile l’homme et la nature ». Si l’on veut déployer concrètement le concept d’écologie humaine, il ne s’agit pas moins que de « changer le monde » selon cinq orientations :

« 1. L’écologie humaine est une révolution copernicienne : elle appelle à changer de perspective sur le monde et soi-même, à s’apercevoir que l’on est à l’avant-garde et non à l’arrière-garde.
2. Les catholiques doivent prendre au sérieux l’orientation que leur donnent les papes et les évêques: regarder le système économique et social actuel non comme une chose à défendre, mais comme une chose à changer.
3. Comprendre aussi que l’on ne peut pas se plaindre de l’artificialisation des mœurs, si l’on ne comprend pas qu’elle est liée au système économique.
« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. » (Bossuet)
4. Les catholiques sont appelés à prendre part au mouvement naissant pour une révolution de la simplicité-sobriété. Ils sont même les seuls à pouvoir lui donner son sens plénier : celui dont l’époque a besoin, un sens à partager avec tous les défenseurs de la condition humaine – d’où qu’ils viennent.
5. Sous le signe du Poverello (révolutionnaire spirituel, fondateur d’un tiers-ordre urbain pour évangéliser l’économie) nous vient aujourd’hui le pape François : signe éclatant pour les catholiques et les non-catholiques de la planète. Le monde actuel se croit vieux ? Le Moyen Âge aussi se croyait vieux, à l’heure où François d’Assise est apparu.»

 

C’est à une défense de toute vie que nous sommes appelés, unissant écologie environnementale et écologie humaine, comme le souligne Gautier Bès de Berc, membre des Veilleurs [5]:

« Notre vigilance ne peut être schizophrénique. S’inquiéter des bouleversements législatifs et technologiques de la filiation sans se préoccuper de la mainmise des grands groupes industriels sur les semences agricoles, en situation de quasi-monopole grâce à la complicité des pouvoirs publics ? S’insurger contre les manipulations génétiques sur l’humain sans voir qu’elles participent d’une vaste entreprise de brevetage du vivant ? Manifester contre l’extension des PMA, la légalisation de la GPA ou l’introduction étatique de l’indifférenciation sexuelle à l’école, sans s’opposer de concert à l’intrusion du tout-technique et du tout-marketing dans l’intime de nos vies ? Tout est lié. […]
J’ai été extrêmement touché – et, je crois, tous les Veilleurs à qui j’en parlais – par les paroles d’une chanson d’un opposant historique à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dont le refrain est :

« Citoyen, sois résistant, car Notre-Dame-des-Landes c’est la terre de tes parents
Citoyenne, soit résistante, car Notre-Dame-des-Landes c’est la terre de tes enfants… »

Même souci de l’héritage et de la transmission, même souci d’une relation convenable, harmonieuse, de l’homme à son environnement, même souci de la responsabilisation civique : nous avons tant de choses à nous dire! »

Même s’il semble que les institutions ecclésiales, et spécialement cléricales, ont marqué un certain retard sur la question écologique au 20e siècle – mais une certaine avance en revanche par rapport aux grandes institutions étatiques et internationales -, les écologistes chrétiens ont œuvré sur le terrain avant même que le concept d’écologie ne naisse ; comme sur la question sociale au 19e siècle où les chrétiens sociaux ont précédé pendant de longues décennies de pratique sur le terrain la publication de la première encyclique sociale « Rerum novarum » de Léon XIII sur des « choses nouvelles » – plus si nouvelles en 1891 – qui encourageait le catholicisme social et le syndicalisme chrétien. Mais depuis Jean-Paul II et avec Benoît XVI et François, plus d’excuse : c’est à une véritable « conversion écologique », selon l’heureuse et vigoureuse expression de Jean-Paul II, que l’Église invite tous les chrétiens de la base au sommet. Conversion écologique qui est tout aussi difficile que le fut et l’est toujours la conversion économique, la conversion sociale pour une certaine sociologie du catholicisme, comme le rappelle énergiquement Jean Warren :

« Nous [les catholiques] préférons souvent nous en tenir à des formules commodes à propos de l’argent : « c’est un bien objectif… » –  « Il n’y a que des mauvais riches, pas de mauvaise richesse… » –  « Si l’argent est un mauvais maître, c’est un bon serviteur… » , etc. Nous nous en tenons à une vision individuelle des vices et vertus, préférant éviter de nous interroger sur les modes d’acquisition de la richesse. Dans certaines mouvances chrétiennes, l’argent sera vu comme une « bénédiction tombant du ciel » (peut-être sous l’influence – même mitigée – de la « théologie de la prospérité » marquant certains courants charismatiques protestants)… Le fait que certains « riches » et « très riches » financent des paroisses, des diocèses et des mouvements, constituera un frein supplémentaire à ce que nous réfléchissions à la conformité au bien commun de l’acquisition de certaines richesses, dans le contexte actuel du capitalisme tardif : et au lien possible entre des pathologies sociales et environnementales et l’accroissement de certains patrimoines, y compris chez des catholiques…
Plus fondamentalement : notre christianisme occidental reste marqué et blessé par diverses formes de dualisme philosophique et théologique, héritiers lointains de la rupture cartésienne qui chasse Dieu de sa création. Descartes a posé les bases de l’utilitarisme moderne et de l’exploitation sans frein des ressources de la terre : « comme maître et possesseur de la nature »,  disait-il, inaugurant ainsi, non plus une mise en valeur de la création, mais sa mise « en coupe déréglée, en rendement dévergondé qui pousse son exigence jusqu’à ce que la terre littéralement rende l’âme ». Ce faisant, les chrétiens ont oublié la nouveauté radicale introduite par le Christ, en qui la création tout entière (et non la seule humanité) est renouvelée jusque dans ses fondements. Nous en gardons dans nos cœurs et nos âmes, une dévalorisation du vivant et du « charnel »,  non plus livre ouvert dans lequel la bonté et la beauté de Dieu se donnent à contempler et à aimer, mais réservoir de matériaux dont l’homme peut abuser. Ce postulat philosophique et théologique a mené au cycle d’exploitation effrénée de la création, cause de certains développements matériels positifs, mais aussi d’effets tragiques émaillant le quotidien d’un nombre toujours plus important de nos semblables… »

C’est à une véritable révolution de la relation entre la créature humaine et la création divine que nous sommes tous invités – conversion personnelle aussi bien que collective.

 

[1] www.ecologiehumaine.eu
[2] www.revue-kephas.org
[3] www.alliancevita.org
[4] plunkett.hautetfort.com
[5] www.les-veilleurs.eu

 

« Pourquoi l’écologie humaine », Képhas N. 47 Juillet-septembre 2013, 190 p., 15€
Abonnement (1 an : 50 euros) à envoyer accompagné d’un chèque à l’ordre de : Revue Képhas, 6 rue vauvert, 49100 Angers abonnements-kephas@orange.fr

 

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux