Pour le travail du dimanche

Pour le travail du dimanche
11 décembre 2014 OSP

Pour le travail du dimanche

« J’aime ma boite ! » dit la chanson. Les Français, comme leur Premier ministre, aiment l’entreprise. Mais c’est un amour contrarié. Il faut, pour libérer l’amour sans limite du travail, faire sauter les derniers obstacles imposés par l’État aux entrepreneurs. Il faut « supprimer les carcans en tout genre qui brident l’activité économique de nos entreprises ». Il faut libérer, déréguler, fluidifier, bref, briser tout ce qui empêche la liberté d’entreprendre. Les Français aiment tellement l’entreprise que chacun d’entre eux devrait se considérer lui-même comme une micro-entreprise, un partner qui contracte librement avec un autre partner, son patron, sans que les lourdeurs du droit du travail ou des traditions ne viennent freiner son élan à offrir ses services à tout moment et en tout lieu.

Identifions deux des dernières entraves à la fluidité du marché du travail : la famille et l’interdiction de travailler le dimanche. Les deux maux sont d’ailleurs liés. La famille est une entrave dans la mesure où elle freine la mobilité du travailleur/micro-entrepreneur. Un père de famille au chômage, en effet, aura des scrupules à chercher du travail dans un bassin d’emploi dynamique, loin de son foyer. Une mère célibataire dans la même situation ne pourra pas se permettre ces rétrogrades états d’âme. La famille traditionnelle, cette aberration persistante au cœur des sociétés de marché*, est l’une des dernières micro-féodalités où la gratuité est la norme, alors que la marchandisation des relations sociales est communément admise comme génératrice de croissance et d’emploi.

Il en est de même avec les restrictions au travail du dimanche, auxquelles notre ministre de l’économie, Emmanuel Macron, s’est attaqué avec courage. Il poursuit le travail de démantèlement tout aussi courageusement commencé, mais malheureusement inachevé, sous le quinquennat Sarkozy, avec la loi Mallié, en 2009.

Il est d’ailleurs incompréhensible qu’il ne reçoive pas, dans son combat, le soutien de l’opposition qui avait voté la loi Mallié. Citons parmi eux le valeureux Jean-Frédéric Poisson, président du PCD (Parti Chrétien Démocrate, fondé par Christine Boutin) qui, osant contrarier son électorat chrétien, avait soutenu, avec les autres parlementaires du PCD, ce progrès indispensable. Mais ces fermes convictions au service de l’économie semblent évanouies  depuis qu’il est dans l’opposition. Pour de pusillanimes histoires de clivage gauche-droite, Jean-Frédéric Poisson en est réduit à utiliser contre ses adversaires les mêmes arguments que ceux-ci usèrent jadis contre lui sur le même sujet !

Frédéric Nissac

Addendum : Cette chronique au ton très ironique a pour but de souligner les contradictions idéologiques des libéraux-conservateurs, c’est à dire, politiquement, des membres et sympathisants de l’UMP qui ont combattu la loi Taubira. Partisan d’une libéralisation maximale de l’économie (feu sur l’État-providence, les services publics, le protectionnisme ou sur tout ce qui freine les progrès du libéralisme économique – c’est à dire du capitalisme), ils déplorent les progrès simultanés du libéralisme sur le plan sociétal (« mariage pour tous », PMA, GPA, etc.) sans percevoir qu’il s’agit des deux faces d’une même pièce, et qu’aujourd’hui tout progrès du libéralisme sur son versant économique s’accompagne d’un ajustement sur son versant sociétal. Comme le disait Jacques Bénigne Bossuet (1627-1704) : « Dieu se rit de ceux qui déplorent des effets dont ils continuent de chérir les causes ». À ces progressistes qui s’ignorent nous conseilleront la lecture des ouvrages de Christopher Lasch (voir ci-dessous), de Jean-Claude Michéa : Le Complexe d’Orphée, La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (éditions Climat, 2013), d’Alexis Escudero : La reproduction artificielle de l’humain (éditions Le monde à l’envers, 2014) et enfin du remarquable petit essai  publié par quelques-uns des fondateurs du mouvement des Veilleurs, Nos Limites, pour une écologie intégrale (édition Le Centurion, 2014).

* Comme l’avait identifié le philosophe américain Christopher Lasch dans son livre Un refuge dans ce monde impitoyable : La famille assiégée, François Bourin Editeur, 2012.

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