Politique économique et bien commun

Politique économique et bien commun
22 décembre 2017 Dorothée Paliard

Politique économique et bien commun

Pierre de Lauzun a prononcé la troisième conférence du cycle de formation « Responsabilité politique de la foi » organisé par la paroisse Saint-Louis d’Antin et Philippe de Saint-Germain. Le thème était « Politique économique et bien commun à la lumière de la doctrine sociale de l’Église ».

La présentation des concepts de la destination universelle des biens appliqués à l’économie et leurs articulations respectives furent menées tambour battant. Notons cependant que l’approche de l’Église, compatible avec une économie de marché, pose tout de même une hypothèque sérieuse à la propriété privée : la destination universelle des biens. Le bien – objet, droit, argent, actif – doit servir le bien commun, qui est d’opportunité supérieure aux intérêts individuels. Ce n’est pas du collectivisme. En effet, la liberté d’entreprendre est préservée, et la rémunération des agents n’est pas uniformisée. La puissance publique est confrontée à d’ambivalents devoirs : l’État devrait servir le bien commun en respectant la subsidiarité et en assurant la solidarité. Cela passe par une monnaie stable, assurer des services publics et orienter des marchés. Mais la pensée libérale décline « bien commun » en « intérêt des parties » pour ce qui relève de la matière économique. Funeste réduction !

L’échange avec la salle était très tonique et stimulant. Ce n’est pas tous les jours que l’on présente à un auditoire chrétien la parabole du trésor dans un champ comme une métaphore sur l’arbitrage financier, et pourtant, c’en est une (il y a certes aussi une lecture spirituelle à laquelle Jésus nous convie). D’ailleurs, les Évangiles seraient les seuls livres sacrés où l’on parle d’économie : la parabole des talents illustre la nécessaire destination universelle des biens, celle du vigneron qui bâtit une tour résume la planification, celle du grain de sénevé nous parle de l’investissement et celle de l’économe fidèle de gouvernance économique. Celle des ouvriers de la dernière heure peut illustrer les concepts de justice commutative et de justice distributive, la première se satisfaisant de l’échange juste et consenti quand la seconde obéit à une logique de seuil en faveur du plus démuni.

L’Église se méfie de la dette depuis le Moyen-Age. Elle a raison, quand la dette sombre dans l’excès, elle est mauvaise, qu’il s’agisse de l’abus de pouvoir du prêteur au niveau le plus fin (taux usuraires, sécurités) ou de l’hypertrophie du recours à cette dette au niveau macro-économique. Mais c’est aussi cette pensée médiévale qui justifie une certaine spéculation : si les prix d’une denrée sont différents mais justes sur deux marchés, acheter sur le moins cher pour revendre avec profit sur celui où elle est plus chère ne pose pas a priori de problème moral.

Les échéances, voilà sans doute la pierre d’achoppement entre l’économie de marché et la doctrine sociale de l’Église. Les horizons de temps du trimestre pour les entreprises, du millième de seconde pour les transactions à haute fréquence, voilà ce qui pervertit l’économie en la dissociant du réel.

Dernière question : le Bitcoin est il une structure de péché ? L’électricité nécessaire pour faire tourner les fermes d’ordinateurs qui « minent du Bitcoin », l’usage qui en est sans doute fait par la pègre pour blanchir de l’argent sale et surtout les incertitudes sur la gouvernance des algorithmes qui le régissent tendent à faire répondre oui. Mais peut-être pas plus que les monnaies des banques centrales gonflées à grand coup de « quantitative easing » qui forment des bulles, cette forme nouvelle de l’inflation. La monnaie à l’effigie de nos modernes César n’est pas exempte de toutes critiques.

François-Xavier Bellamy sera le prochain conférencier, le 17 janvier, sur la question  Au nom de quoi faut-il s’engager ?

Rémy Mahoudeaux

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