Pédophilie : rompre le silence !

Pédophilie : rompre le silence !
6 mai 2014 webmaster

Pédophilie : rompre le silence !

Par Falk van Gaver.

C’est un sujet dont personne n’aime parler, et particulièrement pas les catholiques, échaudés par la révélation médiatique de nombreux crimes sexuels dans l’Église. Si les actes pédophiles dus à des clercs ont été trop souvent couverts par le silence, les évêques de France ont donné des normes claires : il faut non seulement « rompre le silence entourant les actes de pédophilie »[1], mais porter ces crimes devant la justice.

Si les cas de pédophilie sont plus nombreux qu’on ne le reconnaît (qui n’en connaît pas autour de lui?), il convient de se rappeler, autre tabou énorme, que sept cas de pédophilie sur dix ont lieu dans les familles, où la loi du silence s’impose encore très fréquemment. Il semble même qu’il y ait parfois dans les familles catholiques touchées par ces viols une grave confusion, pour le même acte, entre le péché et le crime, et entre la miséricorde et la justice.

Si l’attitude juste face au péché est le pardon, l’attitude juste envers le crime est la dénonciation en justice. Bref, ne pas dénoncer un crime sexuel commis sur un enfant est une grave complaisance envers le crime, et une grave injustice envers la victime. La loi sanctionne la non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur un mineur de moins de 15 ans, et comme l’Église de France l’a rappelé :

« Lorsque quelqu’un a connaissance de faits précis concernant des privations, des mauvais traitements ou des atteintes sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice. Dans cette hypothèse, il n’y a pas lieu de faire une distinction en fonction de la qualité de l’agresseur : peu importe que celui-ci soit membre de la famille de la victime, éducateur ou prêtre. La dénonciation s’impose à condition de bien voir qu’il ne s’agit pas de dénoncer d’abord une personne mais des faits. »[2]

Le droit français protège le secret professionnel pour les ministres du culte. Mais le respect du secret professionnel ne doit pas fonctionner comme un lieu de non-droit ou servir d’échappatoire devant les responsabilités de chacun :

« Ainsi, un prêtre qui reçoit les confidences de l’auteur d’un crime ou d’un délit doit tout mettre en œuvre pour que celui-ci assume ses responsabilités tant à l’égard de la victime qu’à l’égard de la société, et se confie donc à la justice. »[3]

Tout mettre en œuvre : si les confesseurs n’en sont pas exemptés, que dire de nous autres laïcs ?

 

Article paru dans La Nef N. 259 de Mai 2014

[1] Déclaration au sujet de la pédophilie lors de l’Assemblée plénière de la Conférence des Évêques de France de novembre 2000, 9 novembre 2000
[2] « Chrétiens dans le monde » – Revue N°479 – Septembre 2002
[3] Conférence des évêques de France, « Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs » (2003) Bayard-Cerf-Mame, 2010

 

Photo : par Dominique Martin, sur unsplash.com

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