Pédophilie : les victimes d’abord

Pédophilie : les victimes d’abord
23 mars 2016 Dorothée Paliard

Pédophilie : les victimes d’abord

Aucune blessure faite à l’Eglise ne justifie qu’on oublie les victimes des prêtres pédophiles.

« L’Eglise de France a été dans la tourmente médiatique à la suite de la révélation d’affaires de pédophilie concernant certains prêtres et religieux de l’archidiocèse de Lyon.

En cette année de la miséricorde, nous pensons en premier lieu aux victimes de ces agissements criminels, aux enfants qui ont été agressés et souillés.

Nous pensons également à toutes les autres victimes et à leurs familles, celles qui n’ont pas été entendues quand les faits se sont produits, qui n’ont pas reçu de l’Eglise des demandes de pardon, ni bénéficié d’un soutien pour se reconstruire.

Comment croire en Dieu quand ceux qui la représentent et qu’on appelle « père », ont trahi cette paternité, quand ce sont les mêmes mains qui donnent le Corps du Christ, et qui profanent le corps d’un enfant ? Comment accueillir la tendresse de Dieu dont parle le pape François, lorsque les gestes qui l’expriment sont pervertis, trahissent la confiance dans l’Eglise et dans ses ministres ?

Ces abus sont des coups de poignard donnés à des êtres innocents de la part de ceux qui devraient être des signes de l’amour de Dieu et du respect d’autrui. Réécoutons l’évangile de Marc : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits, il vaudrait mieux qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin et qu’on le jetât à la mer. » (Mc,9,42)

Ces scandales blessent aussi l’Eglise. Alors que tant et tant de prêtres donnent le meilleur d’eux-mêmes, donnent leur vie, leur corps, leur affectivité, leur temps, tout leur amour pour le service de leurs frères, voici qu’ils sont mis en cause, insultés par l’irresponsabilité meurtrière de quelques-uns.

Le buzz médiatique, prenant appui sur des faits avérés qu’il faut absolument dénoncer, cherche ainsi à décrédibiliser l’Eglise. En s’attaquant au sacerdoce ministériel, en salissant ceux qui font le choix du célibat à la suite de Jésus pour le donner au monde.

Ces événements tragiques appellent des mesures claires de la part de l’Eglise et des évêques : dénoncer les faits à la justice et travailler loyalement avec elle, privilégier l’accueil et l’accompagnement des victimes et de leurs familles en les invitant à porter plainte, engager des procédures canoniques contre les auteurs de tels actes … Il faut aussi assurer le suivi de ceux qui ont purgé leur peine, et prier pour eux, afin qu’ils trouvent un chemin de rédemption.

En amont, l’Eglise doit prendre des dispositions fermes sur le discernement des vocations, la formation des séminaristes et l’accompagnement des prêtres.

J’invite les prêtres, les paroisses à célébrer des messes de réparation à l’intention des victimes. D’habitude on célèbre une messe de réparation après la profanation d’un tabernacle qui est le lieu le plus sacré d’une église, car Dieu y est présent. Je voudrais que ces messes de réparation soient célébrées pour les victimes profanées en leur corps.

Prions pour les victimes, leurs familles. Prions pour nos frères prêtres fidèles et généreux dans leur engagement évangélique. Prions pour nos communautés chrétiennes et pour l’Eglise. »

  • Anarchrist

    Merci pour cette mise au point.

    Je viens de voir Spotlight (http://streamcomplet.com/spotlight/) – qui confirme à grande échelle ce que j’ai vu de l »Eglise et des familles catholiques à petite échelle (seulement une trentaine de cas d’abus sexuels sur mineurs dans mon entourage familial, amical, ecclésial, social, de la part de pères de famille, oncles, prêtres et chefs scouts).

    Je ne compte pas dans mon décompte mes curés tradis et aumôniers scouts homos morts du sida, ni les abus sexuels sur majeur(e)s (façon Labaky ou Roucy, mais qui n’entrent pas dans mon entourage).

    Ni les prêtres en ménage, etc., ce qui ne me choque en revanche pas du tout du fait de ma fréquentation de l’Orient chrétien.

    Le nombre de déviations (homosexualité) voire crimes et délits (abus sexuels, pédophilie) de la part de prêtres et religieux catholiques revêt des proportions significativement et statistiquement importantes, que l’on ne peut expliquer seulement par des raisons conjoncturelles (Mai 68) ni locales (Irlande arriérée, etc.) : il y a des causes structurelles à l’oeuvre. Il faut travailler là-dessus. Il faudrait une véritable enquête anthropologique, sociologique et psychologique de grande ampleur.

    Il me semble que le plus grand service que les laïcs catholiques – et notamment les journalistes – puissent rendre à l’Eglise est de mener l’enquête et de faire le grand ménage parmi le clergé et le laïcat.

    Il y faut beaucoup de courage, et ne pas avoir peur des ruptures.

    L’OSP a d’ailleurs déjà publié des articles sur ces sujets :

    http://osp.frejustoulon.fr/pedophilie-rompre-silence/

    http://osp.frejustoulon.fr/homosexualite-malaise-leglise/

    Pour ma part, ces histoires et surtout l’attitude du clergé et du laïcat catholiques (les familles…) sur ces affaires (discrétion, secret, omerta, loi du silence, pression, culpabilisation… des victimes !) ont nettement contribué à mon éloignement croissant de l’Eglise.

    Nombre de réactions autour de moi tombent typiquement dans la ligne défensive catholique bec et ongle qui est la pire de toutes.

    Pour ce qui est des saloperies chez soi et chez les voisins ou ceux d’en face, on tombe dans la ligne défensive habituelle des catholiques sociologiques : « il y a la même chose partout, il y a la même chose à l’école, il y a la même chose chez les juifs, chez les musulmans » : et alors ? Il y a la lapidation et la décapitation en Arabie Saoudite, donc tout est excusable chez nous si ce n’est permis ?

    Il faut commencer par balayer devant sa porte, par faire le ménage chez soi.

    Ce que j’ai commencé à faire vis-à-vis de nos familles et nos milieux – fin de la complicité, même passive – quoi qu’il en coûte – et il en coûte, en terme de confort, de ne plus avoir de famille ni de milieu.

    Je connais assez bien le monde non catholique, et même non chrétien, parce que j’y ai vécu en pleine immersion, que ce soit en Inde, en Chine, au Cambodge, en Palestine ou même en Polynésie ou l’inceste est une quasi institution – environ 20% des filles ici sont abusées mineures par un parent.

    Je connais assez bien l’horreur des enfants abandonnés, des enfants abusés, des familles pauvres, éclatées, etc., parce que je l’ai vu sur le terrain pendant mes années de volontariat humanitaire. Par exemple, 90% des enfants des rues de Calcutta dont je m’occupais avaient été violés avant l’âge de 7 ans, garçons ou filles. Ou les adolescentes anciennes filleules Enfants du Mékong de Banteay Chhmar que nous avons vues se prostituer le soir devant chez elle. Et dans nos enquêtes sociales, je ne compte pas les orphelins, les parents alcooliques, violents, drogués, sidaïques, absents, les femmes battues, les enfants battus, etc.

    Et ici, ça continue : plusieurs de mes élèves ont été abusées par un de leurs parents. J’ai aussi plusieurs élèves aussi déjà pères ou mères de famille, dès la seconde.

    Mais je n’ai pas à leur faire la leçon. Tout ce que j’ai à faire, c’est les aider comme je peux à améliorer leurs conditions.

    En revanche, c’est sur mon milieu que je peux agir, que j’ai une certaine légitimité à parler et agir. Et il y a une proportion non négligeable d’abus sexuels sur mineurs (et majeurs) dans ce milieu – d’autant plus inexcusable que c’est un milieu qui se veut moral, qui se veut supérieur aux autres, bourgeois, aristo, et en tout cas catho. Un milieu qui fait des leçons de morale à tout le monde, un milieu qui manifeste contre le mariage homo, etc. Tous les cas dont je parle (abus sexuels et agressions sexuelles) ont eu lieu dans ce milieu : ma famille, ma belle-famille, mes amis, les familles de mes amis, les amis de nos familles, les paroisses, les scouts… Un milieu qui n’a aucune excuse, un milieu aisé, favorisé, éduqué, cultivé, baptisé, communié, confirmé…

    Ma critique est avant tout une autocritique : j’ai fait partie de ce milieu, j’ai moi-même fermé les yeux, fermé les oreilles, fermé la bouche comme tout le monde, j’ai moi-même banalisé, relativisé, défendu bec et ongle, etc.

    C’est fini.

    A part en ça, je n’ai pas changé. Je me suis plutôt retrouvé. Je me retrouve, avant ma conversion et mon adhésion à l’Eglise – adhésion avant tout intellectuelle et spirituelle d’une part, caritative et engagée d’autre part – j’ai passé plusieurs années de ma vie au service des plus pauvres dans le cadre d’organisation ecclésiales ou catholiques (je ne dis pas que j’ai fait ça par pure charité et don de soi, non, plutôt par idéal et goût de l’aventure), j’ai même travaillé pour l’Eglise à l’OSP, etc. J’ai suffisamment fréquenté l’Eglise universelle de près dans ses différentes composantes et tendances pour comprendre son fonctionnement – ses qualités et ses travers.

    Je ne considère absolument pas que je sois meilleur que les autres. Je considère juste qu’il est de mon devoir de dire ce que j’ai vu et ce que je sais.

    D’autant plus que l’accusation d’exagération, de généralisation et d’extrapolation dans laquelle les cathos donnent est la stratégie typique des catholiques (et de toute institution – mais les chrétiens ont le devoir de confession des péchés et des crimes, d’auto-accusation, de repentance et de demande de pardon) : « ce ne sont que des exceptions, des brebis galeuses, etc. » Le problème, c’est que dès qu’on se donne la peine de fouiller un peu, les exceptions se multiplient et font système : partout, le même système de discrétion (si ce n’est de secret, d’omerta, de loi du silence) et de déplacement des prêtres – même Barbarin, quelle que soit sa responsabilité ou plutôt son irresponsabilité involontaire (et c’est là le problème) a été pris dans ce système.

    Malheureusement, même si c’est une minorité, ce ne sont pas des exceptions – mais ce qui est en cause ici ce ne sont pas tant les pédophiles et autres pervers sexuels en eux-mêmes que la façon dont l’Eglise (laïcs compris] a traité jusqu’à présent ce problème.

    Et là, tout se recoupe, de Boston à Lyon en passant par Dublin.

    Et Toulon ?

    Je dis juste que les catholiques doivent être, en matière de pédophilie comme en matière d’économie ou d’écologie, à la pointe des réformes profondes de l’Eglise, et non freiner des quatre fers de manière défensive-conservative en étant toujours moins papistes que le pape sur ces questions-là.

  • Anarchrist

    Je ne suis pas un accusateur public, et j’ai cité deux articles mesurés sur la question rappelant les normes et actions de l’Eglise. Et rappelant que plus de 70% des abus sexuels sur mineurs ont lieu dans les familles, dont plus de 50% par les seuls pères de famille. C’est un problème plus large que celui du clergé et la très grande majorité des cas que j’évoque sont le fait de laïcs. Quand je parle de l’Eglise, c’est clergé plus laïcat.

    Le climat de permissivité favorise sans doute les abus sexuels, mais je ne suis pas sûr que ce soit le bon angle – la faute à la société, à l’extériorité. D’autant plus que certains cas ont lieu plutôt dans des milieux conservateurs, traditionalistes, rigoristes – en tout cas la plupart des cas autour de moi du fait que ce soit mon milieu d’origine.

    Je ne m’attaque pas ici – comme dans mes articles publiés sur des médias catholiques – au fait que des catholiques clercs ou laïcs soient pédophiles – il y en a sans doute proportionnellement partout autant si ce n’est davantage, et j’ai justement évoqué dans mes messages les milieux défavorisés (catholiques ou non) parmi lesquels j’ai été engagé dans l’aide à l’enfance en difficulté où il y a de fait beaucoup plus d’abus sexuels que la moyenne et que dans « nos » milieux catholiques.

    Mes réactions sont dues aux réactions généralement défensives voire agressives, ou dubitatives, relativistes, indifférentes ou mutiques, de nombreux catholiques autour de moi – et sur les réseaux sociaux que j’ai quittés pour ne pas m’énerver – et qui ressemblent étrangement aux réactions montrées dans le film Spotlight – cachez ce sein que je ne saurais voir…

    C’est surtout la culture du mensonge – et la discrétion, le silence et le secret sont souvent du mensonge par omission – qui est ici en question. Pour ma part, notre curé et aumônier scout – qui n’était pas pédophile – était homosexuel et est mort du sida – bien sûr, officiellement pour la paroisse, c’était un cancer. Je n’aime cette culture du mensonge qui est anti-évangélique et non-chrétienne. Je pourrais multiplier les exemples autrement plus graves de cette culture du mensonge dans les familles et paroisses catholiques autour de moi.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux