Parlez vous allemand?

Parlez vous allemand?
1 octobre 2015 Dorothée Paliard

Parlez vous allemand?

Par Thierry Fournier de Meyere.

« Sprechen Sie Deutsch ? »

À cette question, combien de Français sont aujourd’hui capables de répondre : « Ja, ich spreche Deutsch » ?

Paradoxe français

Dans les années 50, au sortir de la guerre, l’Allemand était encore considéré comme l’ennemi, le « bosch », quand ce terme n’était pas accompagné d’un adjectif insultant. Et Pourtant, dans l’enseignement secondaire français, un élève sur deux apprenait la langue de Goethe, réputée être celle de l’excellence.

C’est certainement le Général de Gaulle qui a le mieux incarné cette parfaite connaissance de l’allemand. Alors que celui-ci effectue un voyage, aujourd’hui historique, à travers l’Allemagne, en septembre 1962, le voilà qu’il confie à son homologue et ami, le chancelier Konrad Adenauer, à sa descente d’avion : « Il existe, depuis des millénaires, entre votre pays et le mien (…) une parenté que nous n’avons pas oubliée. »  Au cours de sa tournée, il tiendra tous ses discours en langue allemande, dont un resté célèbre, devant la jeunesse du pays. Nous savons aujourd’hui que cet élan politique fut décisif dans la construction d’une amitié qui contribua à sceller l’Europe.

Qu’avons-nous fait de l’héritage ?

Tandis que la France reste la destination préférée de nos amis Allemands et que ces derniers prennent grand soin à bien parler français, nous leur rendons bien mal la politesse. Les Français ne visitent pas la belle Allemagne, et moins de deux collégiens sur dix en choisissent la langue, au profit de l’espagnol, réputée plus facile.

Contradiction ou… mensonge ?

Le ministère de l’Éducation Nationale communique à tout va pour dire l’importance de l’apprentissage de l’allemand dans les écoles. Il fait de belles circulaires et tient en la matière une rhétorique magnifique mais… trompeuse, car, dans le même temps, il fait exactement le contraire en supprimant les classes européennes et les dispositifs bilangues, dont on sait pourtant que ces derniers ont été créés, très précisément, pour sauver l’allemand, et qu’ils ont fait depuis, la preuve de leur efficacité.

Le gouvernement se veut pourtant rassurant. Il affirme que l’apprentissage de la deuxième langue vivante, avancé à la classe de cinquième à partir de la rentrée 2016, mettra désormais sur un pied d’égalité les langues frontalières. Une belle utopie ! Car il y a fort à parier que l’espagnol sera encore plus massivement choisi.

Tout le monde peut se tromper…

En vertu des relations millénaires tissées entre nos deux peuples d’Allemagne et de France, et de ce à quoi nous engage une amitié sincère et véritable voulue par tous les dirigeants successifs depuis l’après-guerre, j’appelle la ministre de l’Éducation Nationale à revoir sa copie et à considérer que l’enseignement d’une langue non romane (en l’occurrence l’allemand) doit nécessiter un démarrage plus précoce, c’est-à-dire dès la classe de sixième, ce qui sous entend la nécessité impérieuse du maintien des dispositifs bilangues anglais-allemand dans les établissements qui le souhaitent.

Mais je crains que l’idéologie gouvernementale, qui entend, une fois encore, uniformiser tous les parcours et faire marcher en cadence les jeunes élèves français, ne l’emporte, au mépris du bon sens et de l’histoire.

www.fournierdemeyere.fr

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