Pape François : « Le pain n’est pas une marchandise ! »

Pape François : « Le pain n’est pas une marchandise ! »
2 février 2015 OSP

Pape François : « Le pain n’est pas une marchandise ! »

Le pape poursuit son offensive contre le néolibéralisme. Samedi 31 janvier, recevant des représentants d’une fédération italienne d’agriculteurs, la Coldiretti, il les a exhorté à « repenser de fond en comble » l’économie agricole, rappelant qu’il ne fallait pas « plaisanter » avec la nourriture. « Comme nous le rappellent nos grand-parents, avec le pain on ne plaisante pas ! », a-t-il déclaré, dans un style très common decency que ne renierait pas George Orwell mais, ce qui est bon signe, fait dire au quotidien Le Monde que le pape parle comme un macho*. Le pape a notamment dénoncé la dictature du marché sur l’agriculture, ainsi que tous les facteurs qui entraînent gâchis, misère et souffrance pour tant de familles.

Déjà, en son temps, Guy Debord faisait mine de s’interroger sur les processus en apparence démocratiques : « Qui a voté sur la disparition du pain ? »** Des élections ont bien lieu, mais ceux qui les organisent sont aussi ceux qui choisissent les questions posées, et ce qu’il faut y répondre. Tout ce qui sape les fondements matériels et spirituels de nos modes de vie échappe au contrôle de citoyens dépossédés de leur existence même. Et le pain, substance visible et invisible de l’eucharistie, est le symbole même de notre civilisation, parce qu’il réunit en lui ses aspects charnels et immatériels. Ainsi, la destruction de la paysannerie, achevée dans la deuxième moitié du vingtième siècle***, a-t-elle entraîné celle de l’agriculture, remplacée par les productions hors-sol des multinationales de l’agro-alimentaire. Mais il est inutile de dénoncer Monsanto ou Nestlé si ce n’est pour regarder lucidement l’origine de processus plus anciens. Ceux-ci étaient déjà décrits au début du XIXème siècle par le poète William Morris lorsqu’il s’alarmait de la destruction des campagnes anglaises, hommes et paysages, et de l’avènement d’un « âge de l’ersatz ». Lui aussi parlait du pain ! L’industrialisation des campagnes causait alors ses premiers ravages.

Le pape a bien conscience de cela lorsqu’il affirme indispensable de « repenser de fond en comble le système de production et de distribution des produits alimentaires. ». Le pain « participe dans un certain sens à la sacralité de la vie humaine, et donc il ne peut pas être traité seulement comme une marchandise. » L’encyclique sur l’écologie que prépare François pour le printemps prolongera ces réflexions essentielles. En attendant, on reverra ici le très bon documentaire « We feed the world ».

Par Luc Richard

* « Evoquant, quelques jours auparavant, l’attentat contre Charlie Hebdo, il nous avait déjà gratifiés d’une formule à l’emporte-pièce, elle aussi plutôt bas de plafond et macho : « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. » Le Monde, 30 janvier 2015. Ceux qui critiquent le style direct du pape soit disant formaté pour complaire aux journalistes en seront pour leurs frais.

** Lire son texte de 1985 : Notes sur la « question des immigrés ».

*** Pour le grand historien britannique Eric Hobsbawm (1917-2012), la disparition de la civilisation paysanne fut le fait le plus marquant du XXème siècle.

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