Il n’y a pas de justice sans paix

Il n’y a pas de justice sans paix
16 octobre 2016 Dorothée Paliard

Il n’y a pas de justice sans paix

Par Philippe Conte. Octobre 2016.

Lire et comprendre

Depuis que le Pape François a été élu, un certain nombre de ses écrits et de ses déclarations ont déclenché dans la « catho-sphère » des débats qui n’ont pas toujours suivi les règles généralement admises. En effet, le respect dû au magistère romain fait obligation à tout fidèle catholique, non d’obéir ou de se soumettre sans examen aux déclarations ou aux écrits magistériaux mais de les analyser avec révérence en prenant en compte leur degré d’autorité.

Il faut rappeler que conformément aux décisions du concile Vatican I et à la « tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne » chaque catholique doit considérer que « le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra », à propos d’« une doctrine sur la foi ou les mœurs », « jouit (…) de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église » (« Pastor Æternus » ; 1er concile du Vatican, 18 juillet 1870).

Il va sans dire que de ce point de vue toutes les interventions du Saint Père ne sont pas revêtues de cette autorité impérieuse. Il convient donc de prendre en compte ces différentes déclarations toujours avec respect, mais en analysant avec discernement les arguments du Magistère, et en ayant à l’esprit ces nuances.

La violence.

Dans une déclaration à des journalistes (donc non sujet au dogme de infaillibilité) au retour des JMJ, le Saint Père a pu donner l’impression de mettre sur le même plan les violences des « faits divers » et la violence du terrorisme takfiriste. Ce parallélisme a provoqué de nombreuses réactions d’incompréhension dans les milieux catholiques. Pourtant comme nous l’avons vu ci-dessus, tout fidèle se doit de faire un effort de réflexion pour prendre en compte les propos du successeur de Pierre. « Un acte d’humilité et de révérence » écrivait à ce propos le Père Venard dans un article récent (fr.aleteia.org) où justement il faisait part de son incompréhension.

Si l’on veut bien prendre du recul et sortir de notre tropisme franco-français et que l’on regarde le monde que constate-t-on ? On est bien obligé de voir que les pays qui ont le plus haut taux d’homicides sont des pays de culture catholique ! Le rapport 2013 de l’ONU donne des ratios de meurtres pour 100 000 habitants : Le Honduras 91,4 – le Maroc 1,4 ; la Colombie 33,6 – l’Algérie 0,7 ; le Salvador 69,9 – la Jordanie 2,0 ; le Venezuela 37,8 – la Turquie 2,6 !

Devant un tel différentiel, on n’est plus devant des « faits divers », mais bien devant un véritable problème social propre à des sociétés de culture catholique que le saint Père ne peut ignorer. Comme il ne peut ignorer qu’en Italie, les sicaires de la ‘Ndrangheta, de la Camora , de la Cosa Nostra vont pour la plupart à l’église, participent aux processions, etc…

Il ne s’agit pas ici, on l’aura compris, d’excuser quoi que se soit, mais de faire comprendre au lecteur français que nos problématiques nationales ne sont pas celles du Magistère qui est en charge de l’Église Universelle. Mais il faut aussi comprendre qu’incriminer en permanence « un Islam intrinsèquement violent » n’apporte aucune solution. Les catholiques doivent faire l’effort de s’appuyer sur leur doctrine et pas uniquement sur leur jugement personnel, c’est ce qui les distinguent le plus profondément des autres branches du christianisme. Or notre doctrine pointe sans ambiguïté les sources de la violence : le péché originel au plan personnel, mais également les structures de péché au plan social avec comme conséquences l’injustice, source de conflits sans fin. « Il n’y a pas de paix sans justice » est un fil rouge du compendium de la doctrine sociale.

Rechercher ces structures de péché (et idéalement les combattre) conduit à ne pas faire l’impasse sur des questions aussi indispensables que celles de savoir qui finance, qui endoctrine, qui arme, qui encourage, qui soigne, qui forme militairement les assassins Takfiristes ? Et cela dans quel but ? Que le politique, ou l’économique et les structures qui les animent, instrumentalisent les religions pour le pire, n’est malheureusement pas une nouveauté et cela n’est pas propre non plus à l’Islam.
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