La nouvelle donne linguistique : les Enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO)

La nouvelle donne linguistique : les Enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO)
19 avril 2016 Dorothée Paliard

La nouvelle donne linguistique : les Enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO)

Par Marion Duvauchel, Professeur de lettres et de philosophie. Avril 2016.

Dans une très grande discrétion et dans l’indifférence générale, on a mis en place un nouveau dispositif dans nos lycées et collège de France: ce sont les enseignements de langue et de culture d’origine, ELCO. Objectif ? « entre autres ( ?) de valoriser les langues étrangères à l’école ».

Examinons la manière dont cet objectif va se mettre en place.

Quels sont les pays concernés ? Quatre pays musulmans : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Turquie. Trois pays méditerranéens chrétiens, qui jusqu’à jour, sauf erreur de ma part, n’ont posé aucun problème d’intégration : l’Espagne, l’Italie, le Portugal et deux pays d’Europe de l’Est, la Croatie et la Serbie.

Ces enseignements « sont mis en œuvre sur la base d’accords bilatéraux prenant appui sur une directive européenne du 25 juillet 1977 visant à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants ». Depuis près de quarante ans, il existe donc une directive européenne que jamais personne n’a jugé bon de mettre en œuvre jusqu’à aujourd’hui. .

Car nul ne l’ignore puisque nul n’est tenu d’ignorer la loi européenne : « les pays membres sont tenus de promouvoir un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays ».

Mais de quoi parle t-on? Des enfants des pays européens qui viennent en France ? Il est clair que ce ne sont pas les enfants d’Espagnols, de Portugais ou de Croates qui relèvent de ces dispositifs, mais les migrants de pays musulmans.

Quelle langue parlent ces migrants ?

Les Turcs parlent le turc, les Marocains le dialecte arabe du Maroc, les Algériens les dialectes arabes de l’Algérie, (les Berbères parlent l’amazigh). En Tunisie la situation est à peu près identique. S’il s’agit d’accueil des migrants, puisqu’il s’agit en réalité de cela, que fait-on des Afghans  (il y a plus de quarante langues en Afghanistan), des Soudanais, des Libyens. Que fait-on des Syriens ?

On a détruit la culture classique représentée par le latin et le grec, nos germanistes sont invités à se recycler, le russe est à peine représenté. L’espagnol, le portugais, l’italien comptent parmi les langues « romanes ». Où voit-on un enseignement lié à cette « romanité ? ». Il y a de cela plus de cinquante ans, Gaston Paris, remarquable médiéviste a essayé de le mettre en place : en vain.

En guise de développement des langues, on a surtout assuré la promotion de l’anglais, mis quasiment sur le même plan que la langue maternelle, le français (pour la plupart d’entre nous encore).

Il s’agit d’un habillage pour masquer le véritable objectif.

Car le plus joli, c’est bien sûr le public concerné : « Aujourd’hui,  ce sont des enfants qui ne sont pas locuteurs natifs de la langue concernée et s’intègrent progressivement dans l’offre d’enseignement linguistique ». Aujourd’hui. Ce qui signifie que cette « offre d’enseignement linguistique » sera progressivement étendue aux natifs de la langue française. Quelle chance !

Voici la suite : « Les enseignements de langue et de culture d’origine concernent principalement le premier degré. Ils sont organisés, dans la mesure du possible, dans les écoles, les établissements où une demande des familles existe. Ils sont ouverts à tout enfant dont la famille souhaite l’inscription, dans la limite des places disponibles ».

Attention : « Un programme commun de langue arabe a été élaboré pour les trois pays du Maghreb ».

Soit. Où se trouve ce programme commun de langue arabe élaboré pour les trois pays du Maghreb ? Tous les enseignants, proviseurs, recteurs de toutes les académies devraient exiger d’en avoir connaissance. Car, quelle « langue arabe » va t-on enseigner  en effet ? L’arabe classique ? A quelles fins ? Il n’est utile que pour lire la littérature arabe qui n’intéresse pas plus les élèves que celle de Molière ou de Marguerite Yourcenar n’intéresse dans notre propre culture. On a d’ailleurs beaucoup travaillé pour parvenir à ce désintérêt.

Mais le mieux est encore à venir : « Une évolution est actuellement engagée pour permettre une transformation des cours d’ELCO en cours de langue vivante étrangère dispensés aux élèves sur le temps scolaire. Cette évolution permettra de valoriser, par une plus-value pédagogique, l’apprentissage des langues concernées, tout en s’inscrivant pleinement dans le cadre d’une politique linguistique cohérente et diversifiée mise en oeuvre dans les cartes académiques des langues ».

La France a t-elle vocation à enseigner aux enfants de migrants leur culture d’origine ? A quel titre ? Avec quels bienfaits ?

Nous le savons,  – et si nous l’ignorons encore, il est temps de l’apprendre- la culture arabe ne se dissocie pas de la religion musulmane. Les « ELCO » ce n’est rien d’autre qu’un dispositif dissimulé d’arabisation et d’islamisation des enfants maghrébins, destiné à s’ouvrir, et très vite, n’en doutons pas, aux enfants français.

Par qui seront donnés ces cours ? C’est précisé : « par des enseignants des pays concernés mis à disposition par leurs gouvernements respectifs ou recrutés localement par les autorités consulaires ».

Il n’est pas difficile d’imaginer la suite : des enseignants de langue arabe mis à disposition par la Turquie, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, payés par la France, pour enseigner la « culture arabe ».

Croit-on vraiment que ces pays (qui ne sont pas membres de l’Europe) vont choisir les enseignants qui croient aux Lumières pour venir enseigner cette fameuse culture d’origine ?

Et, dernier détail, qui compte dans un pays surendetté, avec une jeunesse excédée, des contribuables désabusés, et une éducation nationale en plein désastre, oui, dernier détail: combien ça va coûter ?

 

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