Notes complémentaires sur « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » de Stanislas de Larminat

Notes complémentaires sur « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » de Stanislas de Larminat
11 août 2014 webmaster

Notes complémentaires sur « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » de Stanislas de Larminat

Suite à une relecture complète et annotée du livre « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » (Salvator 2014) de Stanislas de Larminat, à des échanges par téléphone et courriel et à une rencontre privée de deux heures avec ce dernier le lundi 21 juillet 2014, nous publions ici deux notes complémentaires à la Note de lecture collective déjà reçue d’un groupe de lecteurs et publiée ici.

Un problème de méthode

Par Philippe Conte.

   Les deux ouvrages de Stanislas de Larminat[1]  abordent de manière légèrement différente le même sujet : la contamination supposée de l’écologie comme science et comme problématique socioéconomique par « l’écologisme » idéologie à substrat mystico-religieux ; et de mettre en garde les chrétiens qui seraient les premières victimes de cette contamination. Il n’est pas faux de dire que certains courants s’affichant écologiques puissent ressortir de cette analyse et nul ne le contestera ! Mais en tentant de généraliser à la hussarde un phénomène marginal, ces deux ouvrages pèchent de la même façon sur plusieurs points !

Problèmes de méthode

   Un problème récurrent provient de l’absence de définitions précises de ceux qui sont visés par les admonestations de Stanislas de Larminat. : « un certain écologisme »(B. p 58), « certains écologistes » (B. p74), « à écouter certains »(B. p75), « un certain nombre de chrétiens » (B. p78), « pour certains théoriciens » (A. p152), etc. En fait Stanislas de Larminat construit de toute pièce un écologiste chrétien tel qu’il le rêve : un benêt qui adhère sans rien voir aux « contrevérités de l’écologisme ». Mais cet écologiste chrétien n’existe pas ! D’abord parce qu’il n’existe pas de mouvement structuré d’écologisme chrétien ; et surtout parce que les sensibilités sont extrêmement variées : de ceux qui suivent logiquement leur engagement dans la gauche sociétale, aux nostalgiques de la « terre qui ne ment pas ». Des mystiques qui voient dans l’émergence des questions environnementales la conséquence de l’abandon de l’ascèse et de la frugalité évangélique, aux anti-libéraux qui y trouvent la trace et la conséquence de l’inadéquation de notre système socioéconomique avec le règne social du Christ. Et d’autres encore,… avec toutes les nuances et influences réciproques !

   Une autre difficulté provient du mode de démonstration. Stanislas de Larminat ne démontre pas ! Il procède justement de la même manière que ceux qu’il condamne : par affirmations abruptes et par analogies vagues. Un bon exemple des limites de cette pratique est « l’exégèse biblique » (B. p 92 à 100 !) à partir de l’épisode des prêtres de Baal et du prophète Elie. Établir, comme le fait l’auteur, un parallèle entre les scientifiques qui pensent de bonne foi avoir établi le lien entre l’activité humaine avec le dérèglement climatique et les prophètes gesticulants d’un faux dieu, c’est offensant pour le travail fourni par ces experts. Mais c’est surtout déraisonnable car un même parallèle peut être fait avec n’importe quel courant d’idées, du moment où on les croit fausses ! Multiplier ainsi les citations, les points de vue, les parallèles pourrait finir, comme par impressionnisme, par décrire un tableau d’ensemble convainquant faute d’être démonstratif ! Las, des formules comme : « produire des fruits bio dans les fermes de monastères (…) ne revient-il pas à manger des viandes immolées aux idoles ? »(B. p 353), décourage le lecteur le mieux intentionné !

   Il est vraisemblable que l’auteur ait essayé de remédier à ces lacunes en tentant de dégager des principes généraux comme celui de syncrétisme qu’il définit comme « [amalgame] des savoirs et des croyances incompatibles » (B p 30). Mais ce concept, comme ceux de messianisme, de dialectique restent, pour le coup, trop généraux et peu opératoires. En effet, tels qu’ils sont définis ils sont applicables à n’importe quel courant de pensée.

Problème de critériologie

   Pour espérer parvenir à la vérité nous avons impérativement besoin de règles qui nous permettent de discriminer le vrai du faux. Parmi ces règles ou critères, celui d’argument d’autorité. Pour que celui-ci soit recevable encore faut-il que l’autorité de l’émetteur soit reconnue. Or de manière systématique Stanislas de Larminat y recourt avec une dissymétrie totale et permanente !

   Le rapport du GIEC affirme le lien entre l’activité humaine et le dérèglement climatique et celui du « NIPCC  » (A. p62) le nie. Bien sûr c’est le « NIPCC » qui est dans le juste (A. p73) ! Pour quelle autre raison que de conforter l’argumentaire de l’auteur ? Nul ne le saura jamais. Il aurait fallu pour cela mener une véritable étude sur les luttes d’influence, sur les lobbies à l’œuvre non seulement dans les deux panels d’experts mais également dans les équipes porteuses des études en cause.

   Dans le deuxième gros sujet technique traité par l’auteur, les OGM, on se heurte au même type de difficulté. L’auteur dénonce le conflit d’intérêt prétendu du Professeur Séralini membre du CRII-GEN association au budget anecdotique (A. p83) et ne verrait pas de problème dans la carrière de Mme DiánaBánáti passée sans état d’âme de la présidence du conseil d’administration de L’EFSA (en charge de la sécurité des consommateurs !) à la direction de l’ILSI Europe (lobbyiste officiel de l’agro-industrie). Là encore, la seule raison qui permette à l’auteur de citer les conclusions de l’EFSA c’est qu’elles confortent ses propres positions.

   Il est évident que notre société de défiance a de plus en plus de peine à définir une vérité commune. L’individualisme absolu des valeurs conduit inévitablement à la perte de toute référence certaine. La notion de consensus a ainsi fait l’objet d’une mutation mise en évidence par Mg. Schooyans (« la dérive totalitaire du libéralisme » Paris 1995). On ne tombe plus d’accord sur ce qui est vrai, on considère que la chose est vraie parce qu’on est d’accord ! D’où tout ce débat sur le consensus et l’acharnement des « anti-réchauffistes »comme Stanislas de Larminat à mettre en cause ce consensus ! Pourtant pour un catholique cohérent cette question de consensus est bien moins importante : c’est le lien de la théorie avec le réel qui est central. C’est ce lien qui est le critère de la vérité. De ce point de vue, Stanislas de Larminat est bien post moderne et néo scientiste. Le meilleur argument en faveur du « point de vue du GIEC » c’est sa cohérence ; cohérence avec les autres aspects de la crise générale de notre société, et à un niveau supérieur, avec la responsabilité de l’humanité dans l’irruption du mal dans la création. C’est ce qu’on appelle le principe de non contradiction.

Retour au concret

In fine la bonne question est de savoir si la position de Stanislas de Larminat devait prévaloir quelles en seraient les conséquences ? Le réchauffement étant vu comme un leurre, nous persévérerons dans un développement centré sur les énergies fossiles et le transport quasi gratuit. Développement qui (outre les dégâts environnementaux objet du débat) a des conséquences sociales et économiques désastreuses (sans doute plus de 5 millions de chômeurs dans notre pays).

   Les OGM, devenant un progrès, l’agriculture s’enferrera dans le modèle productiviste imposé à la fin de la dernière guerre et qui a conduit à la disparition de la ferme, de la polyculture et a en conséquence détruit des millions d’exploitations en France ! Il est même probable que pour des raisons juridiques que j’ai déjà évoquées ici, l’agriculture que nous connaissons disparaisse également à terme. De plus contrairement à ce qu’à l’air de croire l’auteur, il n’y a pas de solution de continuité entre les techniques « agricole » et « médicale »: lorsqu’on aura « prouvé » l’efficacité des manipulations génétiques pour les végétaux et les animaux, pourquoi exclurait-on l’humain de tous ces avantages ?

   En fermant le livre de Stanislas de Larminat, on aurait tendance à se dire « business as usual« , on continue sur cette lancée ! Or ce modèle socioculturel est fondamentalement anti-chrétien. Son extension basée sur les 7 péchés capitaux a, dans les faits, éloigné nos compatriotes de toute pratique religieuse : le nombre de personnes sans religion est ainsi passé en trente ans de 10 à% à 35% ; et ce n’est pas fini !

   La mission de ceux qui, dans le monde catholique, se sont donné à tâche de nourrir la réflexion collective, devrait être prioritairement de tracer des pistes de sortie de ce monde sécularisé à outrance, de défricher des terres nouvelles, de conduire vers le large et non de conforter un édifice boiteux et néfaste par des controverses peu fécondes.

 

Les contrevérités de l’écologie chrétienne ?

Par Falk van Gaver.

   Si, à la suite de son précédent ouvrage (« Les contrevérités de l’écologisme », Salvator, 2011), dans lequel il identifiait l’écologisme à une idéologie et une « culture de mort », Stanislas de Larminat s’en prend à « un certain écologisme » aussi vague que fourre-tout (mais essentiellement « onusien »), il resserre plus spécialement ses critiques sur le risque selon lui de « syncrétisme » entre écologisme et christianisme au sein même de l’Eglise :

« Il nous faut dépasser nos différentes sensibilités en matière d’écologie, si nous voulons rester en Église. » (p. 19)

« N’avons-nous pas une forte propension à nous tourner vers la déesse Gaïa, notre mère la terre ? » (p. 23)

« Tous chrétiens que nous sommes, notre foi n’est-elle pas un peu obscurcie par la tentation de céder à certains rites écologiques très actuels ? » (p. 25)

« N’assistons-nous pas, actuellement, à de réels risques de syncrétisme en adorant à la fois Dieu et Gaïa ? » (p. 29)

Le ton, alarmiste, est donné dès le début. Les coupables ou du moins les responsables sont vite désignés :

« Il ne faut pas retirer, à beaucoup de chrétiens qui se disent sensibilisés par les questions écologiques, le crédit de leur bonne volonté. Mais c’est à la lumière de cette mise en garde qu’il faut se demander si les discours et propositions qu’ils relaient ne risquent pas de vider le catholicisme de son contenu. » (p. 42)

« Il est urgent de lancer un appel de mise en garde contre une certaine forme d’écologisme qui joue du christianisme pour le transformer en un syncrétisme déformateur de la vérité évangélique. » (p. 85)

« Les conférences épiscopales parviendront-elles à contenir un certain syncrétisme qui les menace de l’intérieur ? » (p. 292)

Qui sont ces « écologistes chrétiens » soupçonnés de « syncrétisme »?

   Ceux nommés dans le livre sont essentiellement le théologien dominicain Jean-Michel Maldamé, le journaliste catholique Patrice de Plunkett, le botaniste chrétien Jean-Marie Pelt, le journaliste assomptionniste Dominique Lang, le théologien jésuite François Euvé…

   C’est aussi Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président du groupe de travail « Ecologie et environnement » de la Conférence des évêques de France, équipe auteure d’ »Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » (« Documents d’Eglise », Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, 2013).

   Ce sont Arnaud du Crest et Loïc Laîné, rédacteurs de « Simplicité et justice : Paroles de chrétiens sur l’écologie » (Service de formation du diocèse de Nantes, 2013).

   C’est Ghislain Gomart, membre du Courant pour une écologie humaine fondé à l’initiative de Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance VITA et porte-parole de La Manif pour tous.

   C’est encore l’auteur de cette note, Falk van Gaver, conseiller de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon et auteur de « L’Ecologie selon Jésus-Christ » (L’Homme Nouveau, 2011).

   De chacun, il ne cite généralement que de courts extraits de conférences ou d’articles disponibles sur internet : tout laisse à penser qu’il n’a pas lu leurs ouvrages, d’ailleurs généralement absents de sa bibliographie.

Contre eux, l’auteur réitère la mise en garde du Christ lui-même :

« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces. » [2]

Il cite aussi à la rescousse saint Ignace d’Antioche :

« Il est des imposteurs, qui, ayant sans cesse le nom de Jésus aux lèvres, ne font que l’outrager dans leurs actions. Évitez-les comme des bêtes sauvages. Ce sont des chiens enragés, ils mordent sournoisement. Et méfiez-vous des blessures qu’ils infligent : elles guérissent difficilement. »[3]

Les écologistes (enragés ou non) ?

   Sa seule référence en la matière, plus que le livre de Patrice de Plunkett « L’écologie de la Bible à nos jours » (L’œuvre 2008) qu’il écorne à plusieurs reprises, semble être la pseudo enquête de Laurent Larcher « La face cachée de l’écologisme » (Cerf, 2004) qui dans une sorte de pendant chrétien de l’essai « Le Nouvel ordre écologique » de Luc Ferry (Grasset, 1992) prophétisait « le bras de fer entre l’écologisme et le christianisme ».

   Bref, pour l’auteur, les catholiques, clercs comme laïcs, doivent abandonner toute accointance avec l’écologisme, identifié à l’idolâtrie et au paganisme d’après une exégèse douteuse de saint Paul.[4]

Utiliser du pain et du vin bio dans l’Eucharistie, réintroduire la fête des rogations dans la liturgie, produire des fruits et légumes bio dans les monastères… : « Tout cela ne revient-il pas à manger des viandes immolées aux idoles, à être crédule quant aux idéologies de notre temps, dont l’écologisme ? » (p. 353)

Bref, les chrétiens sont invités à serrer les rangs, contre l’écologisme.

   Est-ce à dire qu’ils doivent se ranger sur les positions de l’auteur, qui ferraille contre le bio pour les OGM, contre l’éolien pour le nucléaire, etc., et qui s’en prend avec plus ou de moins de bonheur aux notions de biodiversité, de développement durable, de démocratie participative, de gouvernance mondiale, de principe de précaution, etc. ?

   Son cheval de bataille est surtout la lutte contre la thèse majoritaire de la cause humaine du réchauffement climatique, qui est celle du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui semble être sa bête noire.

   Sans prendre parti ici pour les « réchauffistes » contre les « climatosceptiques », nous nous interrogerons sur le degré d’expertise de l’auteur :

Est-il un expert ?

   Non, avoue-t-il lui-même.

   Alors qu’est-il de plus qu’un laïc plus ou moins bien éclairé, comme ceux dont il dénonce la présence et l’influence au sein des diocèses et des conférences épiscopales ?

« Attention aux laïcs, qui sont proches de leurs évêques et qui les conseillent dans les disciplines environnementales, de ne pas être les initiateurs de ce péché. «  (p. 355) [5]

Tout en étant lui-même invité à faire des conférences par des instances ecclésiales, comme le précise Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles :

« J’ai fait la connaissance de Stanislas de Larminat lors d’une brillante causerie qu’il a faite pour une sous-commission de la CCEE [6] qui s’occupe des questions concernant la sauvegarde de la création. »[7]

   Son livre lui-même est bancal, indéfinissable, décousu, mêlant en une sorte de patchwork les différents niveaux de discours, si bien que le lecteur même bien intentionné a du mal à saisir le statut du propos : théologique ? scientifique ? personnel ? etc.

Sources et références

   De plus, nombre de citations et de références sont mal attribuées ou introuvables, notamment celles du Magistère : est-ce le signe d’un travail bâclé ? Cela favorise en tout cas une impression de confusion.

   Sa théologie de la Création est indigente et les références en la matière déficientes : il aurait pu au moins lire et citer la somme récente de Médard Kehl « Et Dieu vit que cela était bon – Une théologie de la Création » (Cerf, 2008) ou les livres de Jean-Michel Maldamé « Création et providence » (Cerf, 2006) et « Création par évolution » (Cerf, 2011).

   Déplorant l’absence d’une parole d’évêque sur la question, il ne cite nulle part la « Lettre pastorale sur l’écologie » de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, parue en 2012.[8]

  La vision de l’auteur, ingénieur agronome né en 1946, est marquée par un anthropocentrisme très moderne qui a fait florès dans les milieux catholiques dans les années de l’après Seconde Guerre Mondiale : « La Création ne mérite respect que parce qu’elle est faite pour l’homme. » (p. 299)

   Non ! La Création est faite pour le Christ, dans le Christ et par le Christ, pour Dieu, en Dieu et par Dieu ! Une simple lecture de saint Paul le rappellerait !

  Mais la culture biblique de l’auteur est très sélective et restrictive : ainsi, il trie soigneusement dans la Genèse tout ce qui va dans le sens de l’anthropocentrisme, laissant de côté la bénédiction divine primordiale donnée aux animaux [9]  l’épisode de l’arche de Noé lui-même (!) et du salut des animaux [10] et bien sûr l’alliance divine avec l’homme et les animaux ensemble a sortir de l’arche.[11]

   Pas besoin pourtant d’avoir lu l’ensemble de la Bible du début à la fin, crayon en main, pour saisir la dimension cosmique du salut mise en avant par Joseph Ratzinger dans « L’Esprit de la liturgie » (Ad Solem, 2001) et qui court à travers toute la tradition de l’Église, comme l’ont montré entre autres les nombreux ouvrages de Jean Bastaire depuis « Le Chant des créatures » (Cerf, 1996).

   Mais il est vrai que le livre de Stanislas de Larminat ne comporte guère de références bibliographiques d’ « écologistes chrétiens » – par crainte de contamination ?

   Sa principale référence est le Magistère de l’Église, et notamment le Compendium de la doctrine sociale de l’Église.
Paradoxe, puisqu’il distingue les différents degrés d’autorité du Magistère – ce qui est légitime – pour ensuite trier ce qui convient à sa vision de l’écologie – ce qui l’est moins.
Ainsi, les propositions « écologistes » ou « réchauffistes » émanant des plus hautes autorités vaticanes sont systématiquement minorées – simples paroles de prélats manipulés et sous pression – et les positions « climatosceptiques » ou critiques envers l’écologie – même émanant de simples clercs – systématiquement mises en avant.
Bref, au lieu d’en saisir la cohérence écologique d’ensemble, l’auteur saucissonne le Magistère et les déclarations émanant de diverses autorités ecclésiales pour les jouer les unes contre les autres.

   Or, c’est plutôt à une écologie intégrale que nous invite Benoît XVI dans sa grande encyclique sociale :

« Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres. C’est là une grave antinomie de la mentalité et de la praxis actuelle qui avilit la personne, bouleverse l’environnement et détériore la société.»[12]

   Mais, autre paradoxe, c’est dans son propre livre que nous trouverons nombre de citations des papes, comme la précédente, dont l’auteur ne semble pas avoir saisi toute la portée, voire même l’avoir systématiquement amoindrie.

Ainsi le pape François :

« Il y a d’autres êtres fragiles et sans défense, qui très souvent restent à la merci des intérêts économiques ou sont utilisés sans discernement. Je me réfère à l’ensemble de la création. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas les simples bénéficiaires, mais les gardiens des autres créatures. Moyennant notre réalité corporelle, Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure, que la désertification du sol est comme une maladie pour chacun ; et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation. Ne faisons pas en sorte qu’à notre passage demeurent des signes de destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures.

   En ce sens, je fais mienne la belle et prophétique plainte, exprimée il y a plusieurs années par les évêques des Philippines : « Une incroyable variété d’insectes vivait dans la forêt et ceux-ci étaient engagés dans toutes sortes de tâches propres […] Les oiseaux volaient dans l’air, leurs brillantes plumes et leur différents chants ajoutaient leurs couleurs et leurs mélodies à la verdure des bois […] Dieu a voulu cette terre pour nous, ses créatures particulières, mais non pour que nous puissions la détruire et la transformer en sol désertique […] Après une seule nuit de pluie, regarde vers les fleuves marron-chocolat, dans les parages, et souviens-toi qu’ils emportent le sang vivant de la terre vers la mer […] Comment les poissons pourront-ils nager dans cet égout comme le rio Pasig, et tant d’autres fleuves que nous avons contaminés ? Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ? »[13]

Ainsi Benoît XVI :

« Le respect pour l’être humain et le respect pour la nature ne font qu’un, mais tous deux ne peuvent grandir et avoir leur juste mesure que si nous respectons dans la créature humaine et dans la nature, le Créateur et sa Création. »[14]

Le Compendium de la doctrine sociale de l’Église souligne que le critère du développement économique et techno-scientifique réside dans cette solidarité intrinsèque de l’homme avec toute vie :

« Le point central de référence pour toute application scientifique et technique est le respect de l’homme, qui doit s’accompagner d’une attitude obligatoire de respect à l’égard des autres créatures vivantes. »[15]

En manière d’autocritique préventive, l’auteur finit son livre sur le commentaire d’une citation de Jean-Luc Marion :

« Si le baptisé demande qu’on lui reconnaisse un droit à l’erreur, toute prise de parole théologique par un laïc cléricalisé, au nom de prétendues évidences pastorales, scientifiques ou autres, ne peut susciter que la méfiance. »[16]

   S’il est de bonne foi, il ne s’étonnera donc pas de la méfiance critique que suscite son livre. On pourrait lui retourner la citation d’Ézéchiel qu’il utilise contre les écologistes :

« Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur propre inspiration et sans avoir rien vu ! »[17]

   Et malgré son interprétation restrictive du Magistère, des Écritures comme de la Tradition, il ne s’étonnera pas non plus de voir nombre de chrétiens s’engager sur la voie de la « conversion écologique » prônée par saint Jean-Paul II [18] et prôner avec saint François  l’amour de la Terre – non la déesse Gaïa, mais « sœur notre mère la Terre » :

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes. »
(Cantique de Frère Soleil, 8)

[1] Les contrevérités de l’écologisme, Éditions Salvator 2011 ; L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez, Éditions Salvator, 2014
[2] Matthieu 7, 15, cité p. 88
[3] Les Pères apostoliques, cité p. 241
[4] cf. 1 Corinthiens 8, 1-13
[5] Le péché désigne ici l’erreur de « s’attabler avec les dispensateurs d’idéologie, écologiste ou autre ».
[6] Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (Nous ignorons pourquoi Mgr Léonard féminise l’acronyme.)
[7] Déclaration de Mgr A.-J. Léonard à propos du livre de M. Stanislas de Larminat, La Vie 27/06/2014
[8] Mgr Dominique Rey, Peut-on être catho et écolo ?,Artège, 2012, dont Stanilas de Larminat donne un résumé sur son site.
[9] Genèse 1, 22
[10] Genèse 6-7-8, cf. 6,18-22 ; 7, 1-9 ; 8, 1 ; 8, 15-19…
[11] Genèse 9, 8-11
[12] Caritas in veritate, 51, cité p. 321
[13] L’Evangile de la joie, 215, cité p. 300 pour les trois premières phrases seulement, l’éloge de la biodiversité qui suit n’ayant pas dû plaire à l’auteur…
[14] Discours de réception de la Fondation SorellaNatura, 29 novembre 2011, cité p. 252
[15] Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, 459, cité p. 331
[16] Le voir pour le croire, Parole et Silence, 2011, p. 111, cité p. 356
[17] Ezéchiel 13, 3
[18] Jean-Paul II, Les Gémissements de la Création, Parole et Silence, 2006

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux