Bellamy : « Les chrétiens ont déserté les métiers de la culture et de la transmission »

Bellamy : « Les chrétiens ont déserté les métiers de la culture et de la transmission »
18 janvier 2018 Dorothée Paliard

Bellamy : « Les chrétiens ont déserté les métiers de la culture et de la transmission »

Au nom de quoi faut-il s’engager ? C’est sur ce thème que François-Xavier Bellamy était invité à prononcer une conférence dans le cadre du cycle de formation « La responsabilité politique de la Foi » organisée par la paroisse Saint Louis d’Antin et Philippe de Saint-Germain. L’orateur tirait des exemples concrets de sa vie d’édile, de catholique pratiquant, de professeur ou de spectateur de film populaires.

Le professeur de philosophie a choisi d’articuler sa réponse en nous parlant de l’application des vertus théologales en politique.

Foi

Notre engagement de chrétien ne doit pas être de défendre notre foi particulière, nos convictions, mais de servir la Vérité, cette conformité de l’intelligence au réel (St Thomas d’Aquin). Nous devons nous garder de parler de ce mot à la mode, les « valeurs », entaché de tant de relativisme qu’il dessert le bien commun. L’activité politique consiste à gérer ce bien commun dans la cité. Pour cela il convient de débattre : l’autre doit aussi accéder à la Vérité par le chemin de la raison, et ne jamais se satisfaire qu’Elle soit sacrifiée dans des rapports de force.

Charité

La politique est une des formes les plus élevées de la Charité (Paul VI), alors comment comprendre l’inquiétude et la crispation des chrétiens sur des sujets politiques, et surtout leur absence ? La réponse collective est sans doute que nous avons manqué collectivement à la Charité, par exemple en désertant les métiers de culture et de transmission : enseignants, médias, journalistes. En ce sens, nous sommes devenus matérialistes, nous avons perdu le sens de la gratuité, du don. Le « nous avons manqué au monde » (Bernanos) concerne la carence de ce que nous aurions dû lui apporter. En notre absence, les clientélismes ont prospéré. Présents, nous aurions pu les combattre.Compte tenu de notre marginalisation, revenir au monde ne peut passer que par une reconquête culturelle, et une action de terrain partout où nous sommes. Il faut bien sur accepter que différents moyens puissent servir un unique bien commun, même s’ils sont promus par d’autres chrétiens. L’écueil à éviter est de transformer un désaccord politique en condamnation morale. Montrons en outre de la gratitude envers ceux qui s’engagent en politique, ils en ont besoin !

Espérance

L’horloge tournait, mais la salle a insisté : François-Xavier Bellamy a renvoyé dos à dos l’optimiste et le pessimiste de Bernanos (encore lui !), tous deux des imbéciles, mais heureux ou malheureux. Notre Espérance est d’un autre ordre, c’est un combat intérieur qui n’a rien à voir avec l’optimisme béat et c’est le bon moment pour espérer, tant nous sommes marginalisés dans le débat public et les échéances qui pointent semblent menaçantes. Dans cette « crise de la raison » (Benoit XVI), les chrétiens ont quelque chose à apporter en politique. Ne manquons plus au monde …

Le prochain rendez-vous est fixé au 7 février avec Monseigneur Ravel, archevêque de Strasbourg et il nous parlera de laïcité.

Rémy Mahoudeaux

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