Monsieur le Président, ne vous trompez pas d’adversaire

Monsieur le Président, ne vous trompez pas d’adversaire
6 octobre 2015 Dorothée Paliard

Monsieur le Président, ne vous trompez pas d’adversaire

Par Thierry Fournier.

Tandis que le maître du Kremlin appelle à une coalition mondiale contre Daech et que son pays, possiblement en relation avec l’Iran, s’apprête à organiser une riposte à la barbarie du califat auto-proclamé, voilà que la France tergiverse et prend son temps. Le Parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour crimes contre l’humanité à l’encontre du pouvoir syrien et François Hollande semble déterminé à vouloir d’abord en découdre avec Bachar el-Assad, refusant d’emblée toute alliance qui pourrait bénéficier de près ou de loin à la défense des intérêts du régime de Damas.

Or, poser ce préalable à tout engagement sérieux de la France dans la coalition est non seulement une erreur stratégique, c’est aussi une faute politique commise par un exécutif qui refuse le réel. N’en déplaise au gouvernement français, les « rebelles anti Assad » sur lesquels il voudrait s’appuyer sont loin d’être innocents. Il s’agit de camps radicalisés et sans visage, qui n’obéissent à aucune chaîne de commandement. Les uns prônent un djihad islamiste et l’instauration d’une charia sunnite, quand les autres appartiennent au Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaida. Il est clair que ce n’est pas un « printemps arabe » qui se prépare. Aussi, en cas de chute de Bachar el-Assad, les minorités que constituent les alaouites, les chiites, les druzes, mais aussi les chrétiens, pourraient payer un très lourd tribut.

Monsieur le Président, ne vous trompez pas d’adversaire.

Quels que soient les actes que le pouvoir syrien ait commis au sein de son propre pays, celui-ci ne menace ni la France ni ses intérêts. Bachar el-Assad est, jusqu’à preuve du contraire, le président légitime de la république syrienne.

Aujourd’hui, l’ennemi déclaré du monde, c’est Daech. Mais tandis que vous continuez à tenir une posture offusquée face à vos homologues, la déferlante barbare que représente « l’État islamique » progresse et atteindra bientôt nos rivages.

Certes, nous n’ignorons pas les intérêts des Russes à agir. Mais, après tout, si ces intérêts rencontrent les nôtres dans la protection de ceux qui sont victimes de l’oppression, et si, in fine, cela peut favoriser le retour de millions de déplacés et de réfugiés (hommes, femmes et enfants) chez eux, dans leur village, dans leur maison, alors il n’y a pas une minute à perdre.

Laisser les Russes agir seuls, c’est se laver les mains du sang versé.

Monsieur le Président, mettez de côté les ego et les rapports de force traditionnels. Vladimir Poutine lance une invitation ; honorez-la au nom de l’historique amitié franco-russe. La France reste influente dans le monde. Aussi, la position de blocage qui est la vôtre est un frein à l’espoir d’une « union sacrée » contre Daech. Les Russes, et même les Iraniens, n’ont aucune chance de sortir l’Irak et la Syrie d’une situation de guerre extrêmement complexe où les conflits se superposent. La seule option qui vaille est celle d’une coalition occidentale sous mandat de l’ONU, associée à l’armée régulière syrienne (ce qui permettrait de la contrôler) et aux autres armées des pays arabes déjà engagés contre le « califat ». Ainsi que je l’ai écrit dans une précédente tribune, l’Égypte pourrait être appelée à jouer un rôle arbitral majeur.

Lorsque la page Daech sera tournée, et ce jour arrivera, la Syrie et ses voisins du Proche-Orient pourront à nouveau écrire leur histoire et décider de leur destinée.

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