Monseigneur Pontier au pape : « De grands débats animent la société française »

Monseigneur Pontier au pape : « De grands débats animent la société française »
15 mars 2018 Dorothée Paliard

Monseigneur Pontier au pape : « De grands débats animent la société française »

Alors que plus de 300 élus des diocèses d’Aix-en-Provence et Arles, Ajaccio, Avignon, Digne Riez Sisteron, Fréjus-Toulon, Gap et Embrun, Nice et Marseille se sont déplacés à Rome avec leur évêque, ils ont pu rencontrer le pape lors d’une audience privée, lundi 12 mars. Monseigneur Pontier, archevêque de Marseille et président de la conférence des évêques de France a prononcé un discours à l’adresse du Pape François.

 « Au nom de mes frères Évêques de la Province de Marseille et de tous les élus qui ont répondu positivement à notre invitation, je vous exprime notre profonde reconnaissance de nous avoir accordés cette audience privée. Nous vous remercions pour votre ministère, votre enseignement, votre témoignage qui rendent l’Evangile audible par le plus grand nombre.

La Province de Marseille comprend les diocèses d’Aix-en-Provence et Arles, Ajaccio, Avignon, Digne Riez Sisteron, Fréjus-Toulon, Gap et Embrun, Nice et Marseille. Les Évêques sont présents ce matin ainsi que des vicaires généraux de nos diocèses.

Avec nous, des élus, députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux, départementaux, métropolitains, municipaux, des hommes et des femmes en charge de la vie de nos départements. Ils portent de lourdes responsabilités et s’emploient à les exercer pour le service de tous. Ils sont des hommes et des femmes engagés dans cette belle responsabilité politique. Nous avons voulu venir ici à Rome pour vous rencontrer ainsi que certains de vos collaborateurs immédiats responsables des questions qui touchent plus directement la vie en société.

Notre Province a reçu l’Évangile très rapidement. De nombreuses traditions le rappellent. Lazare ; Marie-Madeleine, les Saintes Marie seraient venus jusqu’à nous. On peut dire que la culture locale est marquée par le catholicisme. Il y a sur ce territoire vingt-deux cathédrales pour huit diocèses actuels ! Saint Césaire d’Arles, Saint Jean Cassien, Fauste de Riez ont marqué avec bien d’autres l’évangélisation de nos diocèses. On peut encore nommer, entre autres, Sainte Dévote, Benoite Rancurel, Saint Honorat, Saint Eugène de Mazenod, le bienheureux Père Marie Eugène et l’Abbé Jean Baptiste Fouque qui sera béatifié à Marseille à la fin du mois de septembre prochain.

Notre territoire est frontalier de l’Italie dans sa partie alpine. Il est surtout marqué par le littoral de la Méditerranée. C’est une belle région, au climat agréable qui attire de nombreux touristes et de personnes âgées qui viennent y goûter la douceur du climat. La vie y est très différente selon qu’on parle de la zone alpine ou des bords de la méditerranée

Je me permets seulement de mentionner quelques réalités qui marquent nos vies quotidiennes.

L’autre rive de la méditerranée tient une grande place dans notre vie. Quotidiennement des bateaux et des avions permettent la rencontre et les visites, le commerce et les échanges. L’histoire de la colonisation et de la décolonisation marque profondément notre région. De nombreux rapatriés d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie s’y sont installés lors de leur retour forcé au moment de l’indépendance de ces pays. Sont également venus des citoyens de ces pays du Maghreb. Ils sont très nombreux chez nous. Beaucoup ont acquis la nationalité française. Pour d’autres la situation est plus difficile. Nos histoires communes nous ont rapprochés mais aussi opposés et dans les esprits les pensées de peur, de violence, voire de vengeance ne sont pas totalement effacées. De religion musulmane pour le plus grand nombre, ils ont apporté en France la présence nombreuse de personnes animées par une autre culture et une autre religion. Nous sommes donc conviés à inventer les chemins de la rencontre, de la confiance, du dialogue de la vie et du dialogue interreligieux. L’Institut de sciences et de théologie des religions de Marseille s’y emploie particulièrement. Dans notre région cet effort pour le vivre ensemble est marqué par les questions de sécurité aggravées par les attentats terroristes. Nice a payé un lourd tribu et Marseille a aussi connu son épreuve. C’est une question de société qui se débat à la lumière de conceptions contrastées au sujet de la laïcité et de la légitime expression publique des convictions religieuses. La question du rapport entre la vie en société et les convictions religieuses sont devenues premières, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé. Beaucoup nous demandent de les aider dans une réflexion prenant en compte cette réalité interreligieuse.

Aujourd’hui nous sommes également confrontés à la question des migrations contemporaines, migrations provoquées par les guerres, la misère, la corruption, les conséquences des évolutions climatiques. La Méditerranée, dont je parlais plus haut, est le théâtre de drames innombrables et indignes. Depuis quelques années trop d’enfants, de femmes, de vieillards y périssent. Nous sommes attentifs à vos paroles fortes invitant l’Europe à choisir une attitude généreuse et responsable. Même au sein de la vie de nos communautés chrétiennes on est loin d’être parvenu à une vision commune. De grands débats animent la société française. Vous le savez. De nombreux chrétiens sont engagés dans le tissu associatif qui s’efforce de vivre un accueil fraternel et humain. Les élus sont confrontés à de graves questions et à de courageuses décisions d’autant plus que les solutions à ces migrations forcées ne relèvent pas que du local. Elles sont européennes et mondiales.

Je pourrais bien sûr enrichir ce tableau d’autres aspects qui sont communs à tout notre pays. Ceux-ci sont plus particuliers à notre région. C’est dans ce contexte que les catholiques essaient de vivre comme des disciples missionnaires, témoins de la tendresse et de la miséricorde de Dieu, de la dignité de tout homme et prennent leur part dans la construction d’une société fraternelle, attentive aux plus défavorisés, généreuse et porteuse d’espérance.

Si nous étions demain, le 13 Mars, nous vous souhaiterions un joyeux anniversaire. Il y a cinq années, vous étiez élu Évêque de Rome et donc Pape de l’Eglise catholique. Nous vous assurons de notre prière filiale et nous formulons nos vœux les meilleurs pour votre ministère.

Comment ne pas renouveler notre invitation à venir visiter la France et à y inclure une journée à Marseille. Nous en serions ravis, la population également.

Nous venons à vous avec l’humilité enracinée dans la fragilité de nos engagements. Nous vous remercions pour les mots que vous voudrez bien nous adresser. »

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