Minoritaires ?

Minoritaires ?
14 juin 2015 Dorothée Paliard

Minoritaires ?

par Falk Van Gaver.

L’Eglise de France devrait sortir de sa mentalité minoritaire – même si véridique du point de vue de la pratique religieuse – et cultiver sa dimension majoritaire : du point de vue de la culture comme du nombre de baptisés les Français restent majoritairement catholiques – catholiques laïques, indifférents, agnostiques, incroyants, irréligieux, athées…, mais catholiques culturels, catholiques anonymes, catholiques sans le savoir. Ce n’est peut-être pas à l’Eglise en tant qu’institution, dont la mission est d’évangéliser, de s’occuper directement de cette dimension – et pourtant, si, reprendre pied, reprendre du terrain, se réapproprier les traditions populaires, les fêtes populaires, les cultures populaires « génétiquement » catholiques, c’est aussi évangéliser, réévangéliser.

Notre société pseudo-festive est en manque de célébration, de célébrations populaires. C’est aux catholiques qu’il appartient de relancer les grandes traditions populaires, souvent locales, municipales, régionales, liées au calendrier liturgique, aux saints : relancer dans chaque ville, village, quartier, métier, les fêtes patronales, les fêtes paroissiales, les fêtes votives de manière festive, conviviale et inclusive. Généraliser les agapes et pique-niques, repas paroissiaux, verres de l’amitié, cafés de sortie de messe, est nécessaire, indispensable pour renouer une socialité catholique – et avant tout paroissiale – de terrain, mais ne suffit pas. Il faut bénir : le rôle des prêtres est de bénir, dire du bien, appeler le bien sur les personnes, les familles, les maisons, les magasins, les ateliers, les champs, les bureaux… (N’oublions pas le bistrot d’en face !) Faire des tournées de (proposition de) bénédiction dans les paroisses, les villages, les quartiers… Si tous ne peuvent ni ne veulent participer aux sacrements, tout le monde peut recevoir la bénédiction du prêtre – sans exception. La bénédiction, c’est l’Eglise pour tous. Dans la foulée, ne pas hésiter à distribuer des images pieuses, médailles miraculeuses, chapelets, etc. Un christianisme populaire, « identitaire », qui réintègre nos compatriotes et nous-mêmes avec dans nos propres traditions éteintes : carnavals, mardi gras, fête des fous, mi-carême, Noël, Rameaux, Pâques, 15 Août, feux de la Saint-Jean, Chandeleur, Fête-Dieu, Christ-Roi… Un catholicisme processionnel et fleuri dans la vie triste, grise et repliée sur elle-même de nos contemporains. L’Eglise doit occuper la rue – processions, bénédictions, rogations, pèlerinages… On n’attire pas les mouches avec du vinaigre – mais avec du miel, et du vin. Les églises, même vides les dimanches, dont souvent pleines aux grandes fêtes : démultiplions-les toute l’année en faisant de chaque fête une grande fête – car, en vérité, chaque dimanche est une fête. Réinvestissons, ressuscitons les fêtes patronales, paroissiales, professionnelles, associatives, en faisant de chaque année liturgique une trame de célébrations, un tissu de bénédictions – ad majorem Dei gloriam. Disséminons la joie de l’Evangile comme le vin des noces de Cana. Un christianisme grand angle, une Eglise portes ouvertes. Sortons de nos Eglises pour y faire entrer ceux qui sont dehors. Bénissons, baptisons, communions, confirmons, confessons à tour de bras, sans restrictions. De ce terreau chrétien naîtront des vocations, et avant tout, des saints – et ce faisant, nous deviendrons, nous aussi, des saints, sans même nous en rendre compte. Il ne s’agit que de bénir. Benedicite

 

(Cet article est la version longue d’une chronique À rebours parue dans La Nef N. 271 de Juin 2015.)

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