Marion Maréchal le Pen : l’initiative de Mgr Rey

Marion Maréchal le Pen : l’initiative de Mgr Rey
2 septembre 2015 Dorothée Paliard

Marion Maréchal le Pen : l’initiative de Mgr Rey

Par , article paru sur http://terredecompassion.com/.

Inviter une députée à une table ronde politique semblerait quelque chose de tout à fait anodin. La polémique provoquée par la présence de Marion Maréchal le Pen à l’université d’été de l’observatoire politique à la Sainte-Baume montre que ce geste de Mgr Rey dépasse largement les limites du diocèse de Toulon et brise un certain nombre de tabous.

Le premier tabou concerne une dérive du système majoritaire qui permet depuis plus de trente ans de nier à une partie de la population ses droits civiques puisque près de 30% des électeurs français n’ont que 2 députés, Mitterrand ayant réussi à organiser le débat politique en fonction de l’exclusion du FN. La polémique actuelle montre qu’il était jusqu’alors tabou de proposer un dialogue « pour tous », ce qui est la contradiction même du système démocratique. Le « front républicain » qui exclut a priori du dialogue des opposants politiques sape le fondement même de la démocratie.

La deuxième tabou est davantage moral et s’appelle le manichéisme. Dans les différents débats qui ont émaillé la vie politique française ces dernières décennies, ce qui est frappant vu de l’étranger est cette culpabilisation à outrance de la part de l’opinion dominante. Le premier ministre actuel, évoque souvent la victoire du « bien », le « camps du progrès », l’esprit du 11 janvier, le « front républicain », etc… Ces slogans ont une grande force de rejet de l’autre, d’intimidation et de culpabilisation. Cette façon de faire la politique en fonction d’un ennemi à combattre, de décrire ses adversaires politiques non en fonction de l’efficacité et de la pertinence de leurs propositions mais à partir d’un manichéisme moral qui met les bons d’un côté et les mauvais de l’autre est profondément destructrice pour une démocratie.

Le troisième tabou est celui de la laïcité à la française qui a réussi à diviser et à opposer le domaine politique et le sens de la vie. La politique est ainsi limitée à la défense de « valeurs » et les catholiques ont le choix entre la solidarité d’un côté et le mouvement « pro life » de l’autre. Un symptôme de cette fracture est la désunion des chrétiens à l’occasion de la Manif pour tous où l’Institution était quasi absente. Cette « absence » s’étend aussi au débat politique où les chrétiens divisés sont livrés à leurs opinions et doivent se contenter de principes moraux abstraits et parfois tiers-mondistes, sans possibilité d’un véritable dialogue franc et ouvert. L’événement de la Sainte-Baume ouvre une porte pour une réflexion plus concrète sur l’apport des chrétiens en politique. Cette initiative bouscule les bastions et répond au désir des laïcs d’une vraie réconciliation basée sur la recherche bienveillante de la vérité.

Le quatrième tabou est celui de la division de la presse catholique. La polémique a été suscitée et alimentée par des journaux catholiques de gauche qui se sont offusqués tandis que d’autres ont d’abord regardé Marion Maréchal le Pen comme personne, comme catholique et comme toute politicienne recherchant le bien commun. D’un côté, la dénonciation, le dénigrement et le procès d’intention ; de l’autre un vrai souci, à la suite du pape François, d’écouter et d’accueillir avant de juger. Si les chrétiens ne donnent pas l’exemple de l’écoute miséricordieuse et du dialogue respectueux entre eux, quelles sont les valeurs politiques et évangéliques qu’ils prétendent apporter au reste de la société ?

Enfin le débat politique, en particulier avec le Front National, est souvent basé sur la provocation. Les personnes qui ont écouté Marion Maréchal-Le Pen ont été frappées au moins par sa liberté vis-à-vis de son propre parti et par la nouveauté de ses réflexions. Citant Benoît XVI, elle évite les clichés sur l’immigration en montrant que l’accueil « humaniste » et « généreux » de l’immigré dont parle souvent le pape François n’évacue pas une réflexion urgente aujourd’hui sur la politique migratoire. Si on peut contester certaines interprétations et opinions de Mme Maréchal le Pen, on ne saurait affirmer que sa démarche de foi soit « électoraliste ».

On ne peut que se réjouir de ce pas de réconciliation suscité par Mgr Rey, certes minime mais symbolique, et espérer qu’il soit suivi de beaucoup d’autres pour que la présence chrétienne en politique soit source de liberté, de dialogue et d’une prise en compte de tous les citoyens et de tous les aspects de la réalité.

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