L’urgence: la révolution de la Miséricorde ou la correction du Pape?

L’urgence: la révolution de la Miséricorde ou la correction du Pape?
4 octobre 2017 Dorothée Paliard

L’urgence: la révolution de la Miséricorde ou la correction du Pape?

Alors qu’une lettre adressée au Saint Père, intitulée « Une correction filiale concernant la propagation d’hérésies », a été rendue publique, il apparaît qu’un certain nombre de prêtres figurent parmi les signataires. Cette lettre affirme que le Pape, notamment dans son Exhortation Apostolique Amoris Laetitia, aurait soutenu directement ou indirectement des hérésies concernant le mariage et la réception des sacrements.

Il est regrettable que des prêtres se soient joints à cette initiative, jetant le trouble dans le cœur et l’esprit des fidèles, alimentant ainsi le désordre qu’ils accusent le Pape d’avoir créé. Comment prétendre éclairer les consciences en jetant le discrédit sur le Pape François et en prenant part publiquement à des accusations graves contre lui ? Comment se dire fils dévoués de celui à qui on fait si peu confiance qu’on le soupçonne rien moins que d’hérésie ?

Personne ne conteste que le Pape ait voulu susciter de légitimes discussions dans l’Eglise, qui ont pour but de favoriser une conversion missionnaire radicale, en particulier celle des pasteurs. C’est l’urgence de la mission et la révolution de la miséricorde qui devraient nous préoccuper, plutôt que de savoir si le Pape est vraiment catholique.

Nous devons recevoir l’enseignement du pape avec respect et gratitude : par sa voix, ce n’est pas un avis parmi d’autres qui s’exprime, mais celui du successeur de Pierre. Aussi on se gardera de contester la valeur magistérielle de ce texte en cherchant à le vider de sa substance. A cet enseignement est due la « soumission religieuse de l’intelligence et de la volonté » (1) . La perspective dans laquelle il doit être compris est celle de la continuité : il faut l’interpréter à la lumière du magistère de l’Eglise, qu’il approfondit et prolonge. Le Pape lui-même affirme « qu’on ne devait pas attendre de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas. » (AL 300) L’idée d’une norme générale changeant la discipline de l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés est considérée par le pape lui-même comme « un piège » ou une impasse.

Il prend « simplement » acte de l’obscurcissement des consciences et du relativisme ambiant. On peut affirmer que ce n’est pas la doctrine de l’Eglise qui a changé : c’est le monde dans lequel nous sommes chargés de l’annoncer.

Ne devrait-on pas appeler les prêtres signataires de cette lettre, conformément à leur profession de foi et au serment de fidélité qu’ils ont prêté en accueillant leur charge, à « se conformer par obéissance chrétienne à ce que les Pasteurs déclarent en tant que docteurs et maîtres authentiques de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église… » ? Une véritable attitude filiale ne peut conduire à ce genre de « Correction », qui tient plus de la mise en demeure ou du tir de sommation. Même si les signataires ne représentent qu’un groupe très minoritaire, on ne peut que regretter ce genre de procédé. Il est regrettable que des interrogations portant sur la doctrine ou des pratiques pastorales aient pu conduire à des propos si accusateurs à l’encontre du Saint Père.

Celui-ci n’entend manifestement pas répondre par le Droit à cette procédure… Il est pourtant prévu des peines pour ceux « qui excitent publiquement leurs sujets à la contestation ou à la haine contre le Siège Apostolique ou l’Ordinaire à cause d’un acte du pouvoir ou du ministère ecclésiastique, ou bien qui incite les sujets à leur désobéir » (Canon 1373).
Saint Paul demandait déjà de ne pas étaler sur la place publique les « litiges fraternels ». Gageons que les contestataires préféreront le chemin du dialogue… Et que les « frères aînés » n’abuseront pas de leur fidélité pour accabler les « prodigues ».

Père Louis-Marie Guitton

  1. « Cet assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence est dû, à un titre singulier, au Souverain Pontife en son magistère authentique, même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, ce qui implique la reconnaissance respectueuse de son suprême magistère, et l’adhésion sincère à ses affirmations, en conformité à ce qu’il manifeste de sa pensée et de sa volonté… » (Lumen Gentium, 25) Cf. CIC, can 752
  • Yves RAOUX

    L’urgence: la faim dans le monde ou la réforme liturgique?

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux