L’osp s’engage pour l’écologie intégrale

L’osp s’engage pour l’écologie intégrale
10 mai 2016 Dorothée Paliard

L’osp s’engage pour l’écologie intégrale

Ecologie

L’Observatoire sociopolitique vient de publier La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ? aux éditions Peuple libre, dans la collection Altercathos. Cet ouvrage collectif, auquel a participé Monseigneur Rey, est disponible en librairie depuis le 4 mai. Luc Richard, qui en a assuré la direction éditoriale, répond à nos questions.

Pourquoi publier ce livre ?

EcologiePour défendre le magistère dont les enseignements sur l’écologie sont affadis ou attaqués ouvertement, ce qui revient au même. Avec ce texte, l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Toulon donne un coup de pied dans la fourmilière en pointant la dimension politique, c’est à dire conflictuelle, des très graves problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Le pape François nous a montré la voie avec son encyclique Laudato Si, qui n’est pas seulement un texte spirituel. C’est aussi un texte très politique et beaucoup moins consensuel que ne l’ont laissé entendre les médias dominants. Laudato Si a été célébré par une partie de l’oligarchie mais ne soyons pas dupes. Sous la pression d’une hostilité croissante des peuples, la classe dominante n’hésite pas à récupérer la figure populaire du pape François pour bénéficier de son aura. Pourtant, ce texte heurte à angle droit les intérêts particuliers de cette classe dominante – dont le libéralisme globalisé est l’expression – en montrant clairement les liens avec la catastrophe environnementale et sociale en cours. Écoutez Nicolas Sarkozy défendre outrancièrement les intérêts des gros semenciers et des fermes industrielles de la FNSEA en attaquant l’agro-écologie comme une lubie d’illuminés. Ou Maud Fontenoy, déléguée à l’environnement à LR, promouvoir les OGM et le gaz de schiste en taxant de « donneurs de leçons culpabilisants » les défenseurs d’une écologie véritable. Cette dernière s’abstient prudemment de critiquer ouvertement le pape François.

Il m’apparaît beaucoup plus sain que les critiques envers l’encyclique s’expriment publiquement, comme le font Chantal Delsol, ou Jacques Garello, membre de l’Association des économistes catholiques. Cela a le mérite de clarifier les positions de chacun. Voilà aussi pourquoi il nous a paru important d’élargir l’audience Laudato Si avec ce petit livre de 80 pages, vendu 10 €. Pour une petite maison d’édition comme Peuple libre, le prix de 10 € témoigne d’un véritable effort militant pour aider à la diffusion du texte.

Parmi les participants on trouve Olivier Rey, Marie et Cyril Frey, Patrice de Plunkett, Kevin Victoire et Thierry Jaccaud. Et une postface de Monseigneur Rey dans laquelle ce dernier reprend et prolonge la réflexion du du pape François. Comment est né ce livre ?

L’idée de faire un ouvrage collectif est venue du premier « Dialogue de Toulon », la journée d’écologie intégrale organisée le 21 novembre 2015 par l’OSP et la jeune revue d’écologie chrétienne Limite. Il nous a semblé important de reprendre et de diffuser les interventions des participants car celles-ci étaient de très grande qualité.

Ou en est le dialogue entre catholiques et écologistes ?

Chez les écologistes, en général, on ne se soucie souvent que de l’environnement. Et chez les catholiques on limite souvent la réflexion écologique à la bioéthique. Or, ces frontières artificielles sont en train de sauter. Ainsi, on a vu récemment José Bové prendre position contre la PMA (procréation médicalement assistée), et Noël Mamère le soutenir. De leur part, c’est courageux, car ils ont été sévèrement critiqués dans leur camp pour s’être attaqué à un tabou. Cela doit être salué. Mais cela témoigne aussi d’une réflexion approfondie sur ces questions. Ce n’est au fond pas étonnant lorsque l’on sait que Bové comme Mamère puisent leur réflexion chez des penseurs d’inspiration chrétienne comme Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou encore Ivan Illitch.

Idem, chez les catholiques, des ponts sont lancés en direction des Zadistes de Notre Dame des Landes, avec des pétitions, des soutiens, ou bien encore à propos de la Ferme des Mille Vaches, alors que la droite libérale-conservatrice est vent debout pour soutenir l’urbanisation à outrance ou le système agro-industriel que symbolisent ces deux projets. Le succès d’une talentueuse revue comme Limite ou de journaux comme La Décroissance ou L’Écologiste sont aussi un signe de cette convergences des luttes.

Cela est nouveau. Notre livre est le témoin de ces rapprochements inédits, qu’a grandement favorisé le pape avec son encyclique. Son écologie intégrale témoigne d’un souci de l’homme et de la nature, trop souvent opposés.

Que voulez-vous dire ?

Lorsque l’on parle d’écologie intégrale, on évoque une écologie qui se soucie de l’homme et de l’environnement en même temps, car les deux sont liés. C’est chercher à comprendre les mouvements de fond qui sont à l’oeuvre dans la déstabilisation actuelle des sociétés humaines comme des écosystèmes. Et le mouvement de fond à l’oeuvre, ainsi que l’explique très bien le pape, est en grande partie économique. Ce qui est pointé, c’est la civilisation techno-industrielle et sa négation de la dimension spirituelle présente en chaque personne. C’est la dérégulation financière et le système du libre-échange mondialisé. Cette « économie qui tue » a des conséquences sociales et environnementales dramatiques. Elle plonge dans la misère des millions de personnes en organisant l’économie à travers les seuls échanges de marchandises et de flux financiers, sans qu’il n’y ait aucune limite, et quelles qu’en soient les conséquences. L’homme est considéré autant comme un stock à exploiter que comme un déchet dans les rouages de la méga-machine. Parallèlement, la nature est mise à sac au delà du soutenable par ce même système. C’est être réaliste d’affirmer que cela craque partout, et que tout est lié, de l’effondrement de la biodiversité au réchauffement climatique – qui est bien d’origine anthropique, comme le rappelle le pape, n’en déplaise aux climato-sceptiques. Et cette réalité est catastrophique, ainsi que le souligne François dans Laudato Si !

C’est la même logique à l’oeuvre lorsque l’on parle de gestation pour autrui (GPA) et d’exploitation sans limite de la forêt amazonienne ou des énergies fossiles, de procréation médicalement assistée (PMA) et semences génétiquement modifiées. La planète comme l’humain sont vu comme de nouvelles extensions à la logique du marché, des gisements à exploiter. Le système marchand, pour maintenir une croissance à un rythme soutenu, doit sans cesse étendre sa sphère d’activité. Ce qui était gratuit, comme la reproduction humaine ou les semences végétales utilisées par les paysans depuis des millénaires doit devenir payant. Le ventre des femmes (GPA) ou la reproduction humaine (PMA) sont de ce point de vue considérés par de nombreuses industries comme des réservoirs de croissance à exploiter sans limite. Tout cela nous conduit à plus ou moins brève échéance à une catastrophe aussi bien environnementale qu’anthropologique. Il est temps d’en prendre conscience.

Propos recueillis par l’OSP.

La catastrophe écologique, fruit pourri du capitalisme ?

Ouvrage collectif publié par l’Observatoire sociopolitique aux éditions Peuple libre, sous la direction de Luc Richard. 10 €.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux